EASL 2015 - Nouveaux traitements contre l’hépatite C : premières données d’efficacité en vie réelle

le 24/04/2015

Lors du 50ème congrès de l’Association européenne pour l’étude du foie (EASL) qui a pris fin à Vienne ce dimanche 26 avril ,deux grandes cohortes françaises, mises en place par l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites), ANRS CO22 HEPATHER et ANRS CO23 CUPILT, étaient à l'honneur: elles ont dévoilé pour la première fois les données d’efficacité en vie réelle de deux antiviraux à action directe: le sofosbuvir associé ou non au daclatasvir.

D'autres résultats présentés lors du congrès, cette fois-ci en recherche fondamentale, ont permis de mieux comprendre les mécanismes d'infection du virus de l'hépatite B mais aussi d’entrevoir le développement d'une nouvelle approche non seulement préventive mais aussi thérapeutique contre le virus de l'hépatite C.

Note de presse EASL 2015: Nouveaux traitements contre l’hépatite C : premières données d’efficacité en vie réelle

Deux grandes cohortes françaises, mises en place par l’ANRS (France REcherche Nord&sud Sida-hiv Hépatites), dévoilent pour la première fois les données d’efficacité en vie réelle de deux antiviraux à action directe : le sofosbuvir associé ou non au daclatasvir. Les cohortes ANRS CO22 HEPATHER et ANRS CO23 CUPILT, exceptionnelles par leur ampleur ou pour le type de patients qu’elles étudient, montrent d’une part que la combinaison de ces deux molécules est efficace chez les patients atteints d’hépatite C chronique de génotype 1 et d’autre part qu’il est possible de guérir l’infection virale C chez les patients les plus gravement atteints, les patients transplantés hépatiques présentant une réinfection de leur greffon.

EASL 2015 - Nouveaux traitements contre l’hépatite C : premières données d’efficacité en vie réelle

ANRS CO22 HEPATHER

VHC de génotype 4 : deux bithérapies efficaces

Chez les patients infectés par le VHC de génotype 4 les nouveaux antiviraux présentent une très bonne efficacité. C’est le résultat indiqué par l’analyse des données de 82 patients, dont 64 étaient au stade de cirrhose. Ces patients de la cohorte ANRS CO22 HEPATHER ont été traités par les bithérapies sofosbuvir + daclastavir ou sofosbuvir + simeprevir, combinées ou non à la ribavirine. En l’absence de cirrhose, une guérison a été obtenue chez tous les patients après 12 semaines de l’une ou l’autre des bithérapies. La combinaison de celles-ci avec la ribavirine a également permis de guérir tous les patients présentant une cirrhose après 12 semaines de traitement. Même s’ils demandent à être confirmés sur une population plus large de patients, ces résultats sont très encourageants pour les patients infectés par le VHC de génotype 4.

Efficacy of the oral sofosbuvir-based combinations in HCV genotype 4-mono-infected patients from the french observational cohort ANRS CO22 HEPATHER.H. Fontaine, C. Hezode 4, F. Zoulim et al. Abstract LB-4341.

VHC de génotype 3 : premiers résultats d’efficacité

Jusqu’à présent, les options thérapeutiques étaient limitées pour les patients infectés par le VHC de génotype 3. Des résultats préliminaires, en partie de la cohorte ANRS CO22 HEPATHER, portant sur 106 patients montrent un taux élevé de guérison avec la bithérapie sofosbuvir + daclatasvir, combinée ou non avec la ribavirine. Chez les patients sans cirrhose, un traitement de 12 semaines apparaît suffisant. Une durée de traitement prolongée à 24 semaines semble plus bénéfique chez les patients présentant une cirrhose.

Daclatasvir plus sofosbuvir with or without ribavirin in patients with HCV genotype 3 infection: interim analysis of a french multicenter compassionate use program.C. Hezode, V. De Ledinghen, H. Fontaine et al. Abstract LB-4337.

Des taux de guérison élevés avec le sofosbuvir

Le sofosbuvir est l’un des antiviraux à action directe (AAD) anti-VHC les plus prescrits chez les patients inclus dans la cohorte ANRS CO22 HEPATHER. Une analyse a été réalisée à partir des données de 619 patients ayant commencé un traitement associant le sofosbuvir à un ou deux autres médicaments (PegInterferon, daclatasvir, simeprevir ou ribavirine). Il s’agissait de patients traités en priorité compte tenu de la gravité de leur hépatite. Les résultats confirment la bonne efficacité des associations à base de sofosbuvir, avec des taux de guérison compris entre 77% et 100%. 8,5% seulement des patients ont présenté des effets indésirables sérieux et uniquement 3% ont interrompu prématurément leur traitement.

Safety and efficacy of sofosbuvir-containing regimens in the french observational cohort ANRS CO22 HEPATHER.V. De Ledinghen, H. Fontaine, C. Dorival et al. Abstract RS-3470.

Patients inclus dans HEPATHER : des différences selon les génotypes

Les patients porteurs d’une hépatite C (VHC) chronique de génotype 3 présentent plus souvent une fibrose sévère ou une cirrhose que ceux infectés par un VHC d’un autre génotype. C’est ce que confirme l’analyse comparée en fonction du génotype viral de 4.403 patients inclus dans la cohorte ANRS CO22 HEPATHER. Cette analyse indique également que les patients infectés par les génotypes 3 et 4 sont plus jeunes et sont plus souvent des hommes. Enfin, la proportion de patients encore jamais traités pour leur hépatite est plus élevée parmi ceux porteurs d’un génotype 2 ou 5.

Relationship between HCV genotype, liver co-morbidities and fibrosis in the french cohort ANRS CO22 HEPATHER. F. Carrat, G. Haour, H. Fontaine et al. . Abstract RS-3627.

Coinfections B et C : priorité à l’hépatite C

Chez les patients infectés à la fois par les virus de l’hépatite B et C, la priorité est de traiter l’hépatite C. La coinfection par le VHC a en effet un impact défavorable sur l’évolution de la fibrose tout en réduisant la réplication virale du VHB. A contrario, la coinfection par le VHB n’apparaît pas avoir d’influence sur la sévérité de l’hépatite C. Ces constatations sont issues de la comparaison, au sein de la cohorte ANRS CO22 HEPATHER, des caractéristiques de 92 patients coinfectés par le VHC et le VHB à celles de patients mono-infectés.

Negative impact of HBV/HCV coinfection on HBV or HCV monoinfection: data from the french cohort – ANRS CO22 HEPATHER. S. Pol, S. Lucier, H. Fontaine et al. Abstract RS-3450.

ANRS CO23 CUPILT

Premières données d’efficacité chez les patients co-infectés VIH/VHC

Pour la première fois, des données sur l’efficacité des traitements à base de sofosbuvir chez des patients transplantés hépatiques co-infectés par le VIH et le VHC sont présentées. Les analyses ont porté sur 16 patients de la cohorte ANRS CO23 CUPILT répondant à ces critères. Il s’agissait de patients difficiles à soigner car ils avaient une récidive de leur hépatite C et dans certains cas une hépatite fibrosante cholestatique. Les résultats montrent une réelle efficacité ainsi qu’une bonne tolérance de ces traitements à base de sofosbuvir. 14 (87%) patients sont maintenant guéris avec une charge virale indétectable 12 semaines après l’arrêt du traitement, 1 seul patient a rechuté à la fin du traitement.

Efficacy of sofosbuvir-based treatment regimens in HIV/HCV co-infected patients after liver transplantation: the ANRS CO23 CUPILT study. Teresa Maria Antonini, Audrey Coilly, Sylvie Radenne et al. Abstract RS-3650

ANRS CO13 HepaVIH

Premières données de tolérance et d’efficacité chez les patients co-infectés VIH/VHC et cirrhotiques

Pour la première fois, des données de tolérance et d’efficacité des nouveaux traitements anti-VHC sans interféron ont été présentées sur une population particulièrement difficile à traiter que sont les patients cirrhotiques co-infectés VIH-VHC. L’analyses a porté sur 142 patients cirrhotiques de la cohorte ANRS CO13 HepaVIH (participants co-infectés VIH-VHC) et traités hors essai thérapeutique par des schémas contenant du sofosbuvir associé à la ribavirine, au daclatasvir, au simeprevir ou au ledipasvir pendant 12 à 24 semaines en fonction notamment des génotypes du VHC. Les résultats sont très encourageants et montrent une réelle efficacité dans la vraie vie ainsi qu’une bonne tolérance de ces traitements. En effet, parmi les participants pour lesquels nous avons assez de recul, 100% ont une charge virale indétectable à la fin du traitement et 95% sont guéris du VHC avec une charge virale indétectable 12 semaines après l’arrêt du traitement. Ces traitements sont bien tolérés, ils n’ont été arrêtés que chez seulement 3 participants dont 1 seul pour intolérance. En revanche, des complications de la cirrhose sont survenues au cours du traitement ou du suivi, montrant la nécessité de la poursuite de la surveillance hépatique chez ces patients.

Safety and efficacy of all-oral DAA regimens in HIV-HCV coinfected cirrhotic patients from the prospective ANRS CO13 – HEPAVIH cohort. Philippe Sogni, Camille Gilbert, Karine Lacombeet al.

Premières données de la combinaison daclastavir-sofosbusvir en termes de tolérance et d’efficacité chez les patients co-infectés VIH-VHC à un stade pré- ou cirrhotique

Pour la première fois, des données sont disponibles sur la tolérance et l’efficacité de la combinaison sofosbusvir + daclastavir (+/- ribavirine) chez des patients co-infectés VIH-VHC avec une atteinte hépatique avancée. Cette étude a été mise en place par BMS dans le cadre de la demande d’ATU pour le daclastavir. Ces analyses intermédiaires ont porté sur 733 participants dont 71.4% sont cirrhotiques (29,4% pré-cirrhotiques) suivis dans 231 centres cliniques français (en collaboration avec la cohorte ANRS CO13 HepaVIH). Les génotypes majoritaires sont GT1 (69,3%), GT3 (13,1%) et GT4 (17,2%). Les données de fin de traitement sont disponibles pour 86 participants et sont encourageantes : 83% des participants (29/35) ont une charge virale indétectable 4 semaines après la fin d’un traitement de 12 semaines et 94% lorsque le traitement a été pris pendant 24 semaines (48/51). Ces traitements sont bien tolérés, ils ont dû être stoppés chez seulement 14 participants (1,9%) dont 4 pour effets indésirables et 3 cas de décès. Cette étude est toujours en cours et des données complémentaires impliquant plus de participants seront communiquées prochainement.

Daclatasvir plus sofosbuvir with or without ribavirin in patients with HIV-HCV co-infection: interim analysis of a French multicenter compassionate use program. Hélène Fontaine, Karine Lacombe, Catherine Dhiver et al.

Recherche fondamentale

GPC5, un nouveau facteur d’entrée du VHB identifié

Deux ans après la découverte du premier récepteur d’entrée du virus de l’hépatite B et de l’hépatite D (NTCP) au sein des cellules du foie, une étude dirigée par le Pr Thomas Baumert (Unité mixte de recherche 1110 Inserm/Université de Strasbourg "Institut de recherche sur els maladies virales et hépatiques") permet d’en savoir encore un peu plus sur les modalités d’attachement de ces deux virus à leur cellule cible. Parmi les protéoglycanes à héparane sulfate (HSPG), déjà identifiées comme jouant un rôle dans la liaison du virus à son hôte, la protéine GPC5 apparait être un facteur d’entrée important pour ces deux virus. D’autres études permettront de déterminer si l’interaction du virus avec GPC5 joue un rôle dans le développement des maladies hépatiques voire des cancers.

A targeted RNAi screen using a high-throughput infectious model system uncovers Glypican GPC5 as a host factor for hepatitis B and D virus entry. Eloi R. Verrier, Charlotte Bach, Laura Heydmann et al.

Cibler un récepteur de l'hôte plutôt que le virus: une nouvelle approche expérimentale contre le virus de l'hépatite C

Une collaboration internationale conduite par le Professeur Thomas Baumert (Unité mixte de recherche 1110 Inserm/Université de Strasbourg « Institut de recherche sur les maladies virales et hépatiques ») met en évidence qu’un anticorps monoclonal spécifiquement dirigé contre la claudine-1, une protéine du foie essentielle à l'infection par le virus de l'hépatite C (VHC), permet de prévenir et de traiter une infection chronique par ce virus dans un modèle animal. Cet anticorps, dont on savait qu’il inhibe l'entrée du VHC et empêche ainsi l'initiation de l'infection, se révèle également capable d’éliminer les cellules infectées. Cette découverte ouvre la voie au développement d’une approche non seulement préventive pour l'hépatite C mais aussi thérapeutique

Clearance of persistent hepatitis C virus infection in humanized mice using a claudin-1-targeting monoclonal antibody. Laurent Mailly, Fei Xiao, Joachim Lupberger et al. Abstract P0676

Pour en savoir: Communiqué de presse - Hépatite C: Cibler un récepteur de l'hôte plutôt que le virus