Usagers de drogues en Afrique de l'Ouest: Un programme sénégalais exemplaire de réduction des risques

le 01/12/2016

Une étude unique en Afrique de l'Ouest vient de démarrer : ANRS CODISEN (Consommateurs de Drogues Injectables au Sénégal). Cette étude va évaluer un modèle original de prise en charge, de suivi et d’accompagnement social de consommateurs de drogues au sein du CEPIAD (Centre de prise en charge intégrée des addictions), à Dakar (Sénégal). Seront mesurés en particulier la pertinence du modèle par rapport aux usages et aux attentes des usagers et son impact sur la prévention et la prise en charge de l'infection par le VIH et le VHC.

Avec l’accroissement du trafic de drogues via l’Afrique de l’Ouest depuis une dizaine d’années, la consommation de stupéfiants psycho-actifs a connu une augmentation conséquente dans les différents pays de la région. Les consommateurs de drogues injectables (CDI) constituent une population très précarisée, fréquentant peu ou pas les systèmes de santé et faisant l’objet d’une stigmatisation sociale importante. Des politiques répressives de la détention et de l’usage de drogues contribuent à la précarisation des CDI et favorisent la diffusion des pathologies associées à l’usage de drogues, en particulier les infections par le VIH et le VHC.

ANRS CODISEN, une étude unique en Afrique de l'Ouest

Une étude de cohorte vient d'être lancée à Dakar par l'ANRS au sein du premier centre spécialisé de prise en charge médicale et sociale de l'addiction par les drogues en Afrique de l'Ouest, le CEPIAD (Centre de prise en charge intégrée des addictions à Dakar). Coordonnée par le Dr Annie Leprêtre (Hôpital Bichat, AP-HP, Paris / IMEA - Institut de Médecine et d’Epidémiologie Appliquée) et le Pr Moussa Seydi (CHNU de Fann, Dakar), l'étude prévoit d’inclure 500 consommateurs de drogues injectables qui seront suivis pendant une durée de trois ans.

Son objectif ? Évaluer la prise en charge globale proposée, en termes de réduction des risques, d’évolution des pratiques de consommations, de prise en charge des comorbidités et de réinsertion sociale ainsi que l'incidence d'une telle démarche sur la prévention du VIH et du virus responsable de l'hépatite C (VHC). Cette étude est la première du genre à être réalisée en Afrique de l’Ouest.

" C'est une nouvelle étape qui s'ouvre maintenant dans la collaboration franco-sénégalaise sur la question de l'addiction par les drogues », Pr Jean-François Delfraissy, directeur de l’ANRS.

L'étude ANRS CODISEN fait suite à une première étude réalisée en 2011 (l'étude ANRS UDSEN), qui avait estimé le nombre d'usagers, leurs pratiques de consommation et souligné leur niveau de précarité et la prévalence de l'infection au VIH et au VHC.

C'est sur la base de ces premières données que le Programme national de lutte contre le sida (PNLS) sénégalais a défini les CDI comme une des populations prioritaires devant être ciblées par des actions de prévention et qu’il a engagé un programme de réduction des risques.

C’est grâce à ce programme qu’a vu le jour le CEPIAD. Ouvert depuis janvier 2015 ce premier centre de méthadone et de soins spécifiques pour les usagers de drogues d’Afrique de l’Ouest, est implanté au sein de l’hôpital de Fann. Il assure actuellement la prise en charge médicale et sociale de 250 CDI, dont 150 suivent quotidiennement un traitement de substitution par la méthadone.

« Il faut sortir du tout répressif en montrant que l’addiction aux stupéfiants est aussi un problème de santé publique. Les consommateurs ont plus besoin de soutien que de sanctions ! », Dr Ibra Idrissa Bâ

Pour le Dr Idrissa Bâ, pédopsychiatre et addictologue, et coordinateur technique du CEPIAD, « l’étude ANRS CODISEN va nous permettre de disposer de données essentielles, basées sur la science, qui devraient aboutir à améliorer la prise en charge de l'addiction et la prévention des risques infectieux qui sont associés à l'usage des drogues". Il considère également qu’elle va contribuer à l’évolution du regard social sur l’usage de drogues : « Il faut sortir du tout répressif en montrant que l’addiction aux stupéfiants est aussi un problème de santé publique. Les consommateurs ont plus besoin de soutien que de sanctions ! »

Pour le Pr Pierre-Marie Girard, du Service de Maladies Infectieuses et Tropicales de l’Hôpital Saint-Antoine à Paris et président du conseil scientifique de l’étude ANRS CODISEN « L’usage de drogues est mal connu et très peu abordé dans les pays d'Afrique de l'Ouest. Il faut souligner le courage des décideurs sénégalais d’avoir soutenu les recherches qui ont été engagées depuis 2011 ».

Selon le Pr Delfraissy " L’expérience sénégalaise qui allie une politique courageuse et déterminée de réduction des risques pour les usagers de drogues et son évaluation scientifique pourrait servir d’exemple pour d’autres pays d’Afrique de l’Ouest "

Voir aussi

Trafic et usage de drogues en Afrique de l'Ouest: Une réalité incontournable

L'usage de drogues au Sénégal: Résultats des enquêtes ANRS

Usagers de drogues au Sénégal: Un programme global de réduction des risques

L'étude ANRS CODISEN: Une recherche action sur un modèle de prise en charge