Nouvelle offre de dépistage des IST à domicile : premiers résultats

06 mars 2019
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fioles tests sanguins
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L'un des points critiques pour contenir l'épidémie de VIH et des autres IST parmi les hommes qui ont des rapports sexuels avec les hommes (HSH) est le dépistage précoce et répété. L'étude MémoDépistages mise en place par Santé Publique France, avec le soutien de l’ANRS, a expérimenté dans quatre régions de France, une nouvelle approche incluant une offre de dépistage gratuite par auto-prélèvement à domicile. Pour la seule région Ile-de-France, plus de 4 200 HSH à haut risque de contamination ont été recrutés par l’intermédiaire des réseaux sociaux et applications de rencontre. Près de la moitié ont accepté l’envoi du kit et six sur dix ont retourné leurs prélèvements au laboratoire. Les premiers résultats sont communiqués dans le cadre de la 26ème CROI (Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections) à Seattle (4 au 7 mars).

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Actuellement en France l'offre de dépistage des infections par les virus de l'immunodéficience humaine (VIH), des hépatites virales et autres infections sexuellement transmissibles (IST) est proposée en centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CeGIDD) ou en laboratoires d'analyse médicale suite à une prescription. Il est également possible de faire un test rapide d’orientation diagnostique (TROD) pour le VIH et le VHC en milieu communautaire et de se procurer un autotest VIH en pharmacie. Malgré cette offre importante, le recours au dépistage du VIH reste très insuffisant parmi les HSH : un test par an en moyenne [intervalle interquartile : 0-2] au lieu des quatre tests annuels recommandés.

 

L’équipe de chercheurs, coordonnée par Nathalie Lydié (Santé publique France), est partie de ces constats pour construire un programme d’incitation au dépistage trimestriel combinant l’offre existante et une offre expérimentale : un kit d’auto-prélèvement pour le dépistage du VIH, de la syphilis, des hépatites B et C et des infections à chlamydia et gonocoque, envoyé par voie postale.

 

Entre le 10 avril et le 28 mai 2018, 4 220 HSH de plus de 18 ans ayant eu au moins deux partenaires au cours de la dernière année se sont vu proposer l’envoi d’un kit. Près de la moitié (N = 2 051) l’ont accepté et environ 60% (N = 1 188) ont retourné leurs prélèvements sanguin, urinaire, oral et anal au laboratoire de microbiologie de l’hôpital Saint Louis, AP-HP.

 

L’originalité de cette étude était également d’expérimenter des modalités de rendu de résultats par mail, SMS et téléphone, actuellement peu mises en œuvre ou non autorisées en France. Le rendu des résultats a été assuré par le Checkpoint Paris, antenne du CeGIDD Saint-Louis - Lariboisière - Fernand-Widal.

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Cette étude est la première en France à utiliser la voie postale au service du dépistage des IST chez les HSH. Elle a permis, à ce stade, de diagnostiquer sept HSH positifs pour le VIH (0,7%), tous entrés dans le soin et 19% des participants ont été diagnostiqués pour une infection à chlamydia ou gonocoque, principalement orale ou anale. A noter également que 69% des participants sont rentrés dans le dispositif de suivi de 18 mois et ont planifié un prochain dépistage.

 

Les chercheurs concluent : « Le recrutement rapide et les premiers résultats biologiques témoignent du besoin de proposer une offre alternative et facilitée de dépistage dirigée vers cette population clé. À l’issue de la phase de suivi (en décembre 2019), il sera possible d’évaluer si le dispositif permet d’augmenter la fréquence du dépistage du VIH et des autres IST chez les HSH. Ces premiers résultats montrent, cependant, l’intérêt d’une offre dématérialisée dans cette population à haut risque. Ils sont en faveur d’un déploiement à plus grande échelle, dans des conditions qui restent à définir. »

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Source:

Expanding testing strategies in Paris: a free postal comprehensive STI test kit

Delphine Rahib1, Héloise M. Delagreverie2, Iris Bichard3, Audrey Gabassi2, Nicolas Guigue2, 4, Marie-Laure Chaix2, Béatrice Berçot5, Constance Delaugerre2, 6, Nathalie Lydié1

1 Unité Santé Sexuelle, Direction de la prévention et de la promotion de la santé, Santé publique France, Saint-Maurice, France

2 Laboratoire de Microbiologie, UH de Virologie, Hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris, France

3 Le Kiosque Info SIDA et Toxicomanie, Le Checkpoint, Paris, France

4 Laboratoire de Parasitologie et Mycologie, Hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris, France

5 Laboratoire de Microbiologie, UH de Bactériologie, Laboratoire associé au CNR des IST bactériennes Expertise gonocoque, Hôpital Saint-Louis, AP-HP, Paris, France

6 INSERM U944, Université Paris Diderot, Paris, France