L’ANRS Maladies infectieuses émergentes, agence autonome de l’Inserm, anime, évalue, coordonne et finance la recherche sur le VIH/sida, les hépatites virales, les infections sexuellement transmissibles, la tuberculose et les maladies infectieuses émergentes et réémergentes.
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Cette cellule de niveau 1, ouverte en mars 2025, suit plusieurs filovirus (Marburg et Ebola).
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Activée au niveau 1 en janvier 2025, après une reprise de la circulation virale depuis août 2024.
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Dernière mise à jour le 16 juillet 2026
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ObjectifsCe projet vise à développer et valider une plateforme d’étude immunologique cutanée à partir d’explants de peau humaine, dans le contexte de l’infection par Treponema pallidum subsp. pallidum (TPA), agent de la syphilis. Les cellules immunitaires cutanées seront identifiées et isolées par cytométrie en flux, puis caractérisées par séquençage d’ARN à l’échelle unicellulaire (scRNA-seq). Cette approche permettra d’identifier de façon exhaustive les sous-populations impliquées et de définir les programmes transcriptionnels activés, en particulier au sein des cellules dendritiques (DC), acteurs clés de l’initiation de la réponse adaptative. À terme, cette plateforme constituera un outil innovant pour décrypter les mécanismes d’activation locale et tester des candidats vaccinaux capables d’induire une immunité cellulaire protectrice, en alternative aux modèles animaux lourds tels que le lapin.
Situation du sujet et problématique
La syphilis demeure un enjeu majeur de santé publique mondiale, avec environ 6 millions de nouveaux cas par an et une recrudescence marquée dans les pays industrialisés, notamment chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes et les personnes vivant avec le VIH. Malgré l’efficacité de la pénicilline G, l’incidence reste élevée et la syphilis congénitale constitue une cause évitable de morbi-mortalité fœtale. Les lésions précoces sont caractérisées par un infiltrat riche en macrophages, lymphocytes T CD4+ Th1 et DC, associé à une production de cytokines pro-inflammatoires. Toutefois, cette réponse ne prévient ni la dissémination systémique ni les réinfections, suggérant une activation incomplète ou inadaptée de l’immunité. Les mécanismes d’échappement immunitaire de TPA, incluant la variation antigénique et l’induction de voies immunorégulatrices, sont encore mal compris. En particulier, le rôle des DC cutanées dans la capture antigénique, leur maturation et leur capacité à initier une réponse T mémoire protectrice restent insuffisamment caractérisés. Or, la peau abrite un réseau immunitaire spécialisé (cellules de Langerhans et DC dermiques) dont l’activation conditionne la qualité de la réponse adaptative. Nous faisons l’hypothèse qu’une activation inadéquate des DC par TPA conduit à une réponse mémoire inefficace, favorisant la persistance bactérienne et les réinfections. Le développement d’un modèle ex vivo humain constitue une opportunité unique pour analyser ces événements précoces dans un contexte physiologique pertinent.
MéthodesDes explants de peau humaine issus d’abdominoplasties seront stimulés pendant 24 h par deux souches de TPA (Nichols et SS14), cultivées en micro-anaérobiose sur cellules épithéliales Sfe1Ep. Les contrôles incluront LPS, peptidoglycane et Poly(I:C). Les cellules immunitaires migrantes seront récupérées puis analysées par cytométrie en flux. Le profil cytokinique sera déterminé par ELISA multiplex. Pour caractériser l’hétérogénéité cellulaire, les cellules immunes cutanées CD45+ seront triées et analysées par scRNA-seq (technologie 10x Genomics). Les gènes d’intérêt seront validés par qRT-PCR et cytométrie. Enfin, pour déterminer si les DC activées par TPA induisent une réponse adaptative efficace ou dysfonctionnelle une validation fonctionnelle sera réalisée par culture lymphocytaire mixte. La prolifération, le phénotype d’activation et la production de cytokines seront évalués.
Ce projet établira une plateforme translationnelle innovante pour comprendre l’immunité cutanée anti-TPA et identifier des cibles pertinentes pour le développement vaccinal.
Echéancier des travaux : Durée du projet 1 an.
Résultats attendus :
DUPIN Nicolas
Projet de recherche
12
58 320 €
FONTAINE Romain | INSERM U1016 FONTAINE Romain INSERM U1016 Biologie Cutanée Institut Cochin 24, rue du faubourg Saint Jacques 24 rue du faubourg Saint Jacques 75014 Paris France
Décryptage des mécanismes d'infection des souches contemporaines du virus Zika africain dans les intestins de Drosophila et d'Aedes
Le virus Zika zoonotique (ZIKV) est un virus transmis par les moustiques qui est apparu en 2007 en Micronésie, provoquant par la suite des épidémies significatives dans le Pacifique Sud, les Amériques et l'Asie du Sud-Est. Le ZIKV appartient au genre Orthoflavivirus et est principalement transmis par les moustiques Aedes. En plus de la transmission par les moustiques, le ZIKV peut également être transmis verticalement, entraînant des syndromes congénitaux chez les nouveau-nés. Le virus circule sous différents génotypes, notamment les lignées africaines et asiatiques historiques, cette dernière étant responsable des récentes épidémies. Il est intéressant de noter que les souches africaines contemporaines ont été signalées comme étant plus efficacement transmises par les moustiques et causant des symptômes plus graves par rapport aux souches asiatiques.
Chez les vecteurs moustiques, les particules de ZIKV prolifèrent initialement dans l'intestin moyen avant de se disperser dans tout le corps pour atteindre les glandes salivaires. Ce processus implique de surmonter les barrières physiques et cellulaires locales ainsi que l'immunité intestinale. En raison des limitations des outils moléculaires et génétiques existants, de nouveaux modèles sont nécessaires pour étudier les interactions hôte-ZIKV au niveau de l'intestin moyen. La mouche des fruits Drosophila melanogaster, qui partage une composition cellulaire intestinale similaire à celle des moustiques, constitue un système modèle efficace pour étudier les interactions hôte-ZIKV. Les résultats préliminaires de notre laboratoire montrent que les drosophiles adultes infectées oralement par une souche historique de ZIKV présentent une mort excessive des entérocytes, rappelant l'apoptose induite par le ZIKV dans l'intestin moyen des moustiques.
Le projet de doctorat repose sur l'utilisation de la drosophile pour étudier au niveau mécanistique comment les barrières de l'intestin moyen modulent l'activité infectieuse des souches contemporaines du ZIKV africain. Une étude comparative sera spécifiquement menée entre deux souches du virus Zika isolées en Afrique (2011 et 2018) et une souche brésilienne de 2015. En parallèle, nous validerons nos résultats dans l'intestin moyen des espèces d'Aedes.
MARGUERITE Elodie
AR Flash
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MAVINGUI Patrick | UMR PIMIT MAVINGUI Patrick UMR PIMIT Université de la Réunion, PIMIT UM134, INSERM 1187, CNRS 9192, IRD 249 CYROI, 02 rue Maxime Rivière 97490 Sainte Clotilde France
L'émergence et la réémergence des fièvres hémorragiques virales constituent une préoccupation mondiale croissante. Le nombre d'épidémies dues aux filovirus est en augmentation et les retards dans la détection et la confirmation en laboratoire constituent l'un des principaux facteurs de l'allongement de leur durée et des taux de létalité élevés. La RDC a connu le plus grand nombre d’épidémies de MVE et demeure exposée au risque d’émergence d’autres virus responsables de fièvre hémorragique, y compris d’autres filovirus ou arbovirus. En outre, les notifications de cas suspects de fièvre hémorragique persistent à travers le pays avec une hausse remarquable observée en 2025. Ces notifications témoignent la circulation des pathogènes dont la surveillance est négligée en population humaine, limitée dans la faune et inexistante dans l’environnement. C’est dans ce cadre que le projet « ONE SENSE » entend impulser la surveillance en RDC intégrant l’approche One Health et en se basant sur des outils innovants que sont le séquençage à haut débit et la sérologie multiplex. Les objectifs poursuivis se s’articuleront d’une part sur l’analyse approfondie des génomes du virus Ebola en recherchant les origines (cas index des résurgences) et des signatures adaptatives cumulées lors des dernières épidémies, et d’autre part sur la recherche des étiologies virales en étendant la recherche aux autres filovirus et virus probables susceptibles de co-circuler et conduire à un syndrome fébrile et hémorragique.
La mise en œuvre des objectifs ci-haut cités se fera rétrospectivement et prospectivement. D'une part, l'approche rétrospective se réalisera à travers des analyses phylogénomiques par approches probabilistes (maximum de vraissemeblance ou bayésienne), pour les génomes générés dans le passé. Les mutations GP-V75A et les mutations ADAR-1 seront particulièrement explorées dans l'optique d'évaluer leur implication dans la dynamique épidémique. En plus, la métagénomique ciblée couplée aux sérologies multiplex filovirus et arbovirus seront appliquées aux échantillons prélevés des cas suspects de fièvres hémorragiques virales. D’autre part, l'approche prospective sera d’application selon les cas suspects qui continueront à être rapportés et les épidémies qui pourraient émerger durant les 2 prochaines années. En considérant l'approche One Health, les échantillons animaux et environnementaux collectés des provinces les plus à risque à l'issu de différents projets sur le sujet et stockés dans la biobanque seront également sujets aux analyses.
Ces travaux permettront ainsi de réaliser une mise à jour de l'analyse phylogénomique du virus Ebola, de proposer une dénomination systématique des épidémies pour EBOV pouvant être appliquée à d'autres filovirus, de documenter les signatures d'adaptation humaines du virus Ebola et de l'origine des résurgences en RDC. En outre, ces résultats d'envisager l’intégration de la sérologie dans la description, la caractérisation et le suivi des épidémies en plus des recherches sur le réservoir et les cas probablement non -diagnostiqués en période d'épidémie.
KINGANDA-LUSAMAKI Eddy
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BONNET Maryline | TRANSVIHMI BONNET Maryline TRANSVIHMI IRD 911 AVENUE AGROPOLIS 34394 MONTPELLIER France
Les infections virales ont été proposées comme facteurs de risque environnemental de développement de troubles neurocognitifs et neurodéveloppementaux, tels que les troubles du spectre autistique (TSA). Bien que les causes soient multifactorielles, la dérégulation de l’homéostasie synaptique représente un mécanisme moléculaire clé à l’origine de ces maladies. En effet, le cerveau présente des circuits neuronaux très ordonnés, permettant la propagation de l’activité électrique via les synapses. Or, des changements mineurs dans la synaptogenèse et la plasticité synaptique peuvent avoir un impact fonctionnel critique, et bien que cela soit bien établi pour les TSA et les troubles neurocognitifs, la contribution des neuroinfections virales et de la neuroinflammation n’est pas claire. Ici, nous proposons d’utiliser des modèles multicellulaires 3D avancés – 1) des organoïdes cérébraux humains dérivés de cellules souches provenant d’enfants sans troubles neurologiques, présentant un TSA, ou un syndrome congénital à Zika, et 2) des cultures organotypiques d’explants de cerveau humain– pour étudier l’impact de cinq virus neurotropes émergents sur la synaptogenèse, l’activité électrique, et la neuroinflammation. La quantité massive de données qui seront générées sera traitée par l’utilisation d’outils bioinformatiques pour analyser les voies viro-induites communes et spécifiques responsables des perturbations neurologiques. De plus, des algorithmes d’intelligence artificielle seront développés afin de prédire et classer l’impact neurologiques d’infections de nature connue/inconnue. Ainsi, le projet EviSyp fournira des informations mécanistiques et conceptuelles fondamentales concernant les interactions entre les neuroinfections virales, les dysfonctionnements synaptiques et les troubles neurocognitifs/développementaux, et améliorera notre préparation aux futures pandémies grâce à la création de nouvelles ressources et outils pertinents.
ARROYO Maria Nicol
BONAZZI Matteo | CNRS UMR 9004 IRIM BONAZZI Matteo CNRS UMR 9004 IRIM Institut de recherche en infectiologie de montpellier (IRIM) 1919 route de Mende 34293 Montpellier France
L’immunité innée est essentielle pour initier les réponses antivirales et orienter l’immunité adaptative. Dans le contexte des virus à ARN ainsi que des vaccins à ARNm formulés en nanoparticules lipidiques (LNP), les mécanismes moléculaires impliqués dans la reconnaissance initiale de l’ARN et l’activation subséquente de la réponse immunitaire innée restent controversés. Les récepteurs de reconnaissance de motifs (PRRs) détectent des structures moléculaires non-soi, telles que les ARN viraux, et activent des voies de signalisation conduisant à la production d’interférons de type I/III (IFNs) et de cytokines pro-inflammatoires. Parmi ces récepteurs, les récepteurs de type RIG-I (RLRs : RIG-I, MDA5, LGP2) sont des protéines cytosoliques liant l’ARN avec des spécificités de ligands distinctes. Mon projet de thèse vise à élucider (1) la reconnaissance des ARN viraux et endogènes par les RLRs lors d’une infection par le virus Influenza A (IAV) et (2) la reconnaissance par l’immunité innée des candidats vaccins à ARNm à travers leur interaction avec différents PRRs ; toutefois, ce second objectif ne sera pas approfondi en raison des contraintes de confidentialité liées à la collaboration industrielle avec Sanofi.
Pour le premier objectif, nous avons étudié les rôles de RIG-I, MDA5 et LGP2 dans la reconnaissance des infections par le virus influenza sauvage (WT), ainsi que de leurs ligands ARN aux niveaux de la séquence nucléotidique et des modifications post-transcriptionnelles. RIG-I et MDA5 se sont révélés essentiels pour la détection des virus influenza A (IAV) et B (IBV). Les ligands ARN issus des purifications de RIG-I et de LGP2 ont montré une activité immunostimulatrice dans des essais d’IFN de type I. RIG-I se lie au segment NS de polarité négative, et RIG-I ainsi que LGP2 ciblent le segment M de polarité négative. Les segments viraux de polarité négative présentent une capacité plus élevée à activer la signalisation IFN de type I que leurs homologues de polarité positive, ce qui est cohérent avec les valeurs d’IC50 des segments NS et M pour leur liaison à RIG-I. De plus, RIG-I reconnaît des transcrits de l’ARN polymérase III présentant une diminution des niveaux de 5-méthylcytosine (m5C) lors de l’infection.
La quatrième année de thèse sera consacrée à la réalisation d’expériences ciblées visant à valider ce mécanisme, incluant la génération de lignées cellulaires RLR étiquetées Strep déficientes pour NSUN2 (NSUN2-KO) à l’aide de CRISPR–Cas9, l’analyse par qPCR de l’enrichissement des ARN transcrits par Pol III sur RIG-I, ainsi que la caractérisation des interactions ARN–RIG-I dans le contexte de la méthylation m5C. Cette période permettra également l’intégration des résultats, la rédaction d’un article scientifique et la finalisation de la thèse. Les résultats attendus de ce projet incluent l’étude d’une hypothèse émergente concernant la mobilisation d’ARN endogènes sur RIG-I lors d’infections virales, ainsi qu’une meilleure compréhension des mécanismes régulant leurs propriétés immunostimulatrices en lien avec la méthylation de l’ARN. Ces travaux sont directement pertinents pour la recherche sur les maladies infectieuses et pourraient contribuer à la conception de stratégies antivirales et de thérapies à base d’ARN, en identifiant des déterminants moléculaires régulant l’immunogénicité des ARN dans le contexte des pathogènes viraux émergents.
URESIN Deniz
Le projet ESCAPE vise à redéfinir les stratégies de réponse aux épidémies dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) en identifiant et en exploitant des clusters spatiaux épidémiologiquement significatifs issus des données de mobilité de la population. Centré sur l’épidémie d’Ebola de 2014–2015 en Guinée, ESCAPE exploitera des données de téléphonie mobile anonymisées provenant d’environ 9 millions d’utilisateurs, ainsi que des rapports épidémiologiques détaillés au niveau préfectoral, afin de mieux aligner les stratégies d’intervention sur les dynamiques réelles de transmission. Le projet répond à une limite majeure des interventions de santé publique traditionnelles: leur ancrage sur des frontières administratives statiques, qui ne reflètent pas nécessairement les schémas de propagation des maladies façonnés par les mouvements humains. ESCAPE extraira des clusters spatiaux guidés par la mobilité et évaluera leur pertinence en tant qu’unités dynamiques, fondées sur les données, pour des actions de santé publique ciblées. Le projet poursuit deux objectifs principaux: (1) identifier des clusters de mobilité à l’aide de la science des réseaux appliquée aux données de téléphonie mobile; (2) simuler l’impact des interventions ciblant ces clusters à l’aide de modèles épidémiques de type métapopulation. En comparant ces résultats avec les stratégies historiquement fondées sur les frontières administratives, ESCAPE quantifiera les gains en matière de réduction de la propagation épidémique et de l’impact sociétal. Ce projet propose ainsi une nouvelle solution de rupture pour la préparation aux épidémies dans des contextes à ressources limitées, avec des implications potentielles pour la gestion d'autres maladies infectieuses sensibles à la mobilité.
FANELLI Federico
CARRAT Fabrice | Inserm UMR S 1136 Epidémiologie de la grippe et des hépatites virales : risque, pronostic et stratégies thérapeutiques CARRAT Fabrice Inserm UMR S 1136 Epidémiologie de la grippe et des hépatites virales : risque, pronostic et stratégies thérapeutiques Institut Pierre Louis d'Epidémiologie et de Santé Publique CS 81393 56 Boulevard Vincent Auriol 75646 Paris Cedex 13
Les maladies arbovirales comptent parmi les défis les plus pressants de santé publique mondiale en 2026. Causées par des virus à ARN transmis par des arthropodes hématophages, elles comprennent notamment le virus de la dengue (DENV), le virus du chikungunya (CHIKV), le virus Zika (ZIKV) et le virus de la fièvre jaune (YFV). Leur impact clinique et épidémiologique est considérable, allant de syndromes fébriles bénins à des formes hémorragiques, neurologiques, congénitales ou mortelles. Ces dernières années, leur importance s’est accrue sous l’effet de l’instabilité climatique, de l’urbanisation, de l’expansion des vecteurs et de la mobilité humaine, qui favorisent l’émergence, la persistance et la diffusion de ces virus. Le Brésil demeure l’un des pays les plus touchés au monde, tandis que la France métropolitaine fait face à un risque croissant de transmission autochtone. Dans ce contexte, il est urgent de disposer de cadres analytiques capables d’extraire, à partir des données génomiques, des informations épidémiologiques rapides et pertinentes. La phylodynamique offre une voie puissante en reliant les histoires évolutives virales aux processus épidémiques. Toutefois, les modèles phylodynamiques actuels ont été conçus pour des agents pathogènes à transmission directe et ne rendent pas adéquatement compte de la transmission arbovirale, dans laquelle l’infection est médiée par des vecteurs et structurée par des phases d’incubation chez les hôtes vertébrés comme chez les moustiques. Cette inadéquation limite la fiabilité de l’inférence épidémiologique et restreint l’usage des données génomiques pour la surveillance et la reconstruction des épidémies. VECTRA répondra à cette lacune en développant un cadre phylodynamique fondé sur l’apprentissage profond, spécifiquement dédié aux maladies virales à transmission vectorielle. Le projet concevra un nouveau modèle représentant explicitement des compartiments exposés et infectieux dans les populations humaines et vectorielles, reflétant ainsi la structure biologique fondamentale de la transmission arbovirale. Ce cadre sera intégré dans une chaîne d’inférence évolutive et extensible reposant sur des réseaux neuronaux, permettant l’analyse rapide de grands jeux de données phylogénétiques tout en conservant un fort réalisme épidémiologique. Le projet établira aussi la puissance statistique et les exigences minimales d’échantillonnage génomique nécessaires à une inférence robuste dans des scénarios de transmission vectorielle, au moyen de simulations étendues et de jeux de données empiriques issus de populations humaines et de moustiques. Le cadre développé sera appliqué aux grandes épidémies de dengue et de chikungunya survenues au Brésil en 2024, un terrain d’étude pertinent par son ampleur, sa couverture génomique, son hétérogénéité écologique et son chevauchement temporel avec d’importantes anomalies climatiques. En analysant des milliers de génomes viraux, le projet estimera des paramètres clés de transmission et examinera l’influence des conditions environnementales sur l’intensité épidémique dans différents clusters de transmission. Pour certains clusters de plus petite taille, les estimations obtenues par apprentissage profond seront comparées à une implémentation bayésienne classique adaptée à la transmission vectorielle, afin d’assurer une validation rigoureuse de la cohérence et de l’incertitude des résultats. En réunissant arbovirologie, génomique évolutive et modélisation épidémique, VECTRA comblera une lacune méthodologique majeure. Il fournira un cadre open source adapté à la transmission arbovirale, générera de nouvelles connaissances sur la dynamique des grandes épidémies au Brésil et renforcera l’usage des données génomiques pour la surveillance, la préparation et la réponse de santé publique dans des contextes endémiques comme émergents. Au-delà de ses contributions scientifiques immédiates, le projet favorisera le renforcement des capacités franco-brésiliennes en phylodynamique et soutiendra la formation d’une nouvelle génération de chercheurs à l’interface entre virologie, science des données et inférence épidémique.
GOMES Ighor
La fièvre de la vallée du Rift (FVR) est une zoonose causée par un arbovirus (le virus de la fièvre de la vallée du Rift, ou RVFV), affectant à la fois le bétail et les humains, avec un fardeau économique et de santé publique considérable en Afrique et dans la péninsule arabique. Circulant à de faibles niveaux enzootiques dans certaines zones géographiques, elle peut aussi occasionnellement provoquer d'importantes épizooties chez les ruminants, associées à des transmissions zoonotiques. Le pathogène se propage principalement par les piqûres de moustiques Aedes et Culex infectés, mais la transmission peut également se produire par contact direct avec les tissus ou fluides animaux infectés, ou par aérosols. Les présentations cliniques humaines varient de symptômes légers, de type grippal, à des pathologies graves, notamment l'encéphalite et la fièvre hémorragique. À Madagascar, d'importantes épizooties-épidémies de FVR ont eu lieu en 1990-1991, 2008-2009 et 2021, bien qu'il ait également été démontré que le virus circulait enzootiquement entre ces épisodes. Bien que les facteurs environnementaux et le commerce du bétail aient été suggérés comme favorisant l'émergence ou la réémergence du RVFV, la dynamique épidémiologique du virus est mal comprise. Le changement climatique devrait affecter la survenue des épidémies de FVR.
Les objectifs du projet RiVerMad sont (i) de construire des cartes de risque prédictives actualisées de l'infection par le RVFV à Madagascar, tenant compte des tendances épidémiologiques récentes afin d'optimiser la surveillance, (ii) d'expliquer les tendances historiques de la propagation du virus au sein et entre les différentes écorégions malgaches (en particulier en ce qui concerne l'épidémie de 2021), et (iii) de projeter des scénarios pour la dynamique future du RVFV dans les compartiments animal, vecteur et humain dans un contexte de changement climatique.
Nous combinerons les données sérologiques et entomologiques collectées dans plusieurs régions du pays, ainsi que les données sur les mouvements du bétail, avec deux types d'approches de modélisation. Premièrement, nous construirons des modèles statistiques spatio-temporels pour prédire le risque épizootique, en tenant compte des covariables environnementales et des mouvements du bétail. Deuxièmement, un modèle mécaniste de méta-populations, intégrant les compartiments vecteur, humain et animal et tenant compte des variables environnementales, simulera la dynamique de transmission du RVFV au sein et entre les écorégions malgaches. Il sera ajusté aux données, et des simulations du modèle selon plusieurs scénarios de changement climatique permettront de projeter les futurs fardeaux en termes de santé animale et humaine.
Le projet impliquera quatre équipes en France et à Madagascar, et établira une collaboration bidirectionnelle avec l'expertise de terrain et virologique apportée par les équipes malgaches et l'expertise en modélisation apportée par les équipes en France. Bien que basé en France, le candidat se rendra au moins une fois dans les équipes à Madagascar, pour visiter les sites de collecte de données, co-construire des stratégies de surveillance et aider et former les étudiants ou chercheurs locaux aux méthodes d'analyse.
Les résultats attendus comprennent deux publications évaluées par des pairs, mais aussi le développement de stratégies de surveillance fondées sur des preuves adaptées au contexte malgache, et le renforcement des capacités de toutes les parties. Enfin, le cadre de modélisation pourra servir de base à une utilisation ultérieure dans d'autres régions d'Afrique.
BASTARD Jonathan
ZIENTARA Stephan | LSAn Laboratoire de Santé Animale ZIENTARA Stephan LSAn Laboratoire de Santé Animale ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire) 14 Rue Pierre et Marie Curie 94700 Maisons-Alfort France
La fièvre jaune est une maladie virale transmise par les moustiques. L'insuffisance des campagnes de vaccination, les pénuries de vaccins et la propagation des moustiques vecteurs au-delà de leurs limites géographiques initiales expliquent en partie la réapparition de cette maladie, qui peut être sévère, voire mortelle. Nous proposons d'étudier l'infection par le virus de la fièvre jaune (YFV) et la protection vaccinale à l'aide d'un modèle animal ambitieux et innovant : après transmission du virus à des macaques par des piqûres de moustiques infectés. Il est décrit que des composants de la salive des moustiques inhibent la réponse antivirale de l'hôte et favorisent la réplication virale. Ceux-ci sont absents du modèle préclinique classique d'injection cutanée du virus. Notre objectif est de mieux comprendre (1) les événements précoces de la pathogenèse dans la peau et les ganglions lymphatiques drainants, avant la dissémination dans l'organisme, et (2) les mécanismes de protection du vaccin actuel, YF17D, y compris l'induction de cellules T mémoire résidentes (TRM) cutanées et d'une mémoire épigénétique des cellules immunitaires et non immunitaires de la peau jamais étudié jusqu’à maintenant, en plus des anticorps neutralisants. L'imagerie in vivo, l'IHF multiplexée combinée au RNA-scope et la cytométrie de masse seront utilisées pour analyser les événements moléculaires et cellulaires et leur dynamique.
Le vaccin vivant atténué YF17D est l'un des plus efficaces jamais développés. Il offre une protection durable après une seule injection. Cependant, ses mécanismes d'action, en particulier au niveau de la peau, au site même d'inoculation du virus par le moustique, sont encore insuffisamment compris. Ils devront être reproduits par les futurs vaccins contre la fièvre jaune, qui devraient idéalement être plus faciles à produire et à stocker que le vaccin actuel, et accessibles à un plus grand nombre de personnes, y compris avant l'âge de 9 mois et après 60 ans, ainsi qu'aux femmes enceintes et allaitantes et aux personnes immunodéprimées pour qui le vaccin YF17D est contre-indiqué. Ce modèle préclinique sera également utile pour tester de nouvelles stratégies préventives et thérapeutiques contre la fièvre jaune (telles que des vaccins candidats, des anticorps monoclonaux ou des antiviraux pré- et post-exposition). Ces connaissances mécanistiques seront précieuses au-delà de la fièvre jaune, pour le développement plus rationnel d’autres vaccins, en particulier contre d’autres flavivirus. Enfin, la maîtrise de ce type de modèle préclinique est également cruciale pour se préparer à répondre à d'éventuelles pandémies futures causées par des virus transmis par les moustiques, tels que la dengue ou la fièvre du Nil occidental, contre lesquels il n'existe ni vaccin ni traitement.
DACAUD Jody
LAMBOTTE Olivier | INSERM U 1184 Service d'Immuno-Virologie LAMBOTTE Olivier INSERM U 1184 Service d'Immuno-Virologie Faculté de Médecine Paris-sud 63, rue Gabriel Péri 94276 Le Kremlin Bicetre