L’objectif est d’analyser par une approche One Health divers facteurs socio-, entomo-, et zoo-logiques, environnementaux, institutionnels, sanitaires, susceptibles d’influencer la survenue des épidémies de dengue, mais aussi de manière connexe, d’autres épidémies émergentes en Côte d’Ivoire.
Ce pays connaît depuis 15 ans une augmentation, en fréquence et intensité, des épidémies de dengue principalement dans des quartiers aisés d’Abidjan. Cette dynamique, combinée à la présence attestée de 7 virus émergents, offre un terrain optimal pour comprendre les contextes d’émergence en milieu urbain.
L’analyse de ces facteurs dans leur complexité et leur enchevêtrement repose sur 3 axes. Chaque discipline y développe des problématiques qui lui sont propres, lorsque d’autres plus transverses se font grâce à la transdisciplinarité épistémologique, conceptuelle ou méthodologique.
Dans l’axe “Hôtes”, les vétérinaires et mammalogistes caractérisent des espèces animales possiblement porteuses de virus. Des rongeurs sont capturés, identifiés et prélevés, ainsi que des chats et chiens. Ces prélèvements sont envoyés aux virologues pour détermination virale. Les géographes géolocalisent les espèces et les individus infectés. Les anthropologues analysent les rapports entre espèces humaines et animales dans les espaces domestiques.
Dans l’axe “vecteurs”, les entomologistes recensent des gîtes larvaires, collectent larves et moustiques, les identifient, évaluent leur susceptibilité aux insecticides, calculent des indices de risque, déterminent l’origine du repas sanguin, envoient des lots en virologie pour détermination virale. Les géographes localisent, analysent et cartographient les données entomologiques, d’urbanisation, d’habitats, de couvert végétal. Les anthropologues analysent les représentations et pratiques sociales en lien avec les moustiques. Une des originalités consiste en une expérimentation de diverses modalités de communication sur les gîtes larvaires.
L’axe 3 “expériences sociales de la maladie” porte sur l’analyse anthropologique des cheminements de soin. L’une des hypothèses est que l’ampleur des épidémies serait en partie liée aux modalités de prise en charge. Une autre est que la séro-ignorance, induite par des cheminements longs, favoriserait une plus grande transmission vectorielle. Les anthropologues réalisent entretiens, observations, recueil de documents, photos et vidéos. Les géographes produisent une analyse spatiale des cheminements, articulés avec les autres données (gîtes, animaux, habitat, couvert végétal, extraits localisés des données épidémiologiques).
Les résultats attendus et temps d’exécution sont fournis dans un chronogramme et une présentation des work-packages. Par ex., l’anthropologie, après 18 mois de terrain fournira à M30 des analyses des cheminements de soins et des expériences sociales de la dengue, des relations humain/animal/moustique, du rapport à l’environnement. La géographie produira des cartes de l’urbanisation avec analyses spatiales combinant géolocalisations de : moustiques, gîtes, réservoirs animaux, couvert végétal, cheminement de soins, données épidémiologiques. L’entomologie auront fait 12 collectes de 24j de M4 à M30, un inventaire spatialisé des gîtes et des moustiques, produit 480 lots pour recherche de virus et 200 femelles gorgées pour analyse du repas sanguin, calculé les indices de risque entomologique ou évalué des actions de sensibilisation. 800 à 960 rongeurs seront capturés, identifiés et prélevés ainsi que 200 chats et chiens en 4 fois entre M4 et M22, puis envoi des échantillons aux virologues qui feront les détections de 7 virus. Enfin, l’épidémiologie harmonisera les données nationales pour les sites d’étude et signalera les événements épidémiques.
En fin de projet, les résultats seront partagés et discutés avec les acteurs institutionnels étatiques, associatifs ou communautaires ; des policy briefs et des recommandations auront été co-écrites (surveillance, préparation et réponse aux épidémies, lutte antivectorielle, stratégie de communication, prise en charge dans le système de soin). Enfin, des films documentaires et éducatifs auront été réalisés.