En 2019, la population d’enfants non infectés exposés au VIH (HEU) a atteint 15,2 millions. Cette population continuera de s’accroître, avec près d’un million d’enfants nés de mères infectées par le VIH (HEU) chaque année. Les données récentes montrent que les HEU sont en moins bonne santé que les enfants non infectés et non exposés au VIH (HUU), sans que les mécanismes sous-jacents qui expliquent cette différence essentielle ne soient clairement établis. La plupart des femmes vivant avec le VIH tombent enceintes alors qu’elles suivent déjà un traitement antirétroviral, exposant ainsi les HEU aux antirétroviraux maternels (ARV) et au VIH, de la conception à la naissance. Ces HEU peuvent par la suite continuer d’être exposés à la fois aux ARV maternels et au VIH par le biais du lait maternel, et à leur propre régime ARV prophylactique, le cas échéant. Cette situation a d’ailleurs incité Powis et Siberry à plaider en faveur d’un suivi à long terme des HEU, indépendamment de leur exposition au VIH/ARV.
De nombreuses déficiences chez les HEU pourraient être liées à des dysfonctionnements mitochondriaux. Les signes cliniques des mitochondriopathies pédiatriques, principalement associés à des troubles neuromusculaires, neurologiques et du développement neurologique, pourraient recouper les dysfonctionnements observés chez ces enfants. Par ailleurs, l’exposition au VIH est connue pour modifier l’activité mitochondriale et les ARV induisent une instabilité de l’ADN mitochondrial (ADNmt).
La génotoxicité mitochondriale a été étudiée depuis de nombreuses années chez les HEU, les études se concentrant principalement sur le nombre de copies d’ADNmt par cellule (MCN). La plupart de ces études ont fait état d’un MCN inférieur chez les HEU par rapport aux HUU. Outre ce résultat, l’intégrité de la molécule d’ADNmt, c’est-à-dire les mutations ponctuelles et les grandes délétions (délétome), peut également être altérée dans le contexte de l’infection par le VIH, bien que les données pédiatriques soient rares et obtenues à partir de techniques non quantitatives.
Avec le Centre national de référence des maladies mitochondriales (Angers), nous avons eu accès à un outil de diagnostic robuste combinant une approche de séquençage de nouvelle génération et un algorithme original d’analyse des séquences. Dans une étude préliminaire, nous avons établi les profils du délétome et de mutations ponctuelles de l’ADNmt dans le sang total de 32 HEU âgés de 7 jours. Nous avons observé que 24 des 32 enfants (75%) avaient des molécules d’ADNmt délétées, avec un taux d’hétéroplasmie, c’est-à-dire la coexistence de molécules d’ADNmt de type sauvage et de molécules d’ADNmt délétées au sein d’une cellule, allant de 0,01% à 84%. Étant donné que ces molécules ne peuvent pas être réparées et continuent de s’accumuler tout au long de la vie, il est nécessaire de procéder à une caractérisation complète de la génotoxicité mitochondriale chez les enfants HEU, qui tienne compte des expositions actuelles au VIH et aux ARV.
Nous profiterons du projet PROMISE-EPI en cours, de phase II/III, qui recrute des paires mère-enfant pour évaluer une intervention de secours de prévention de la transmission mère-enfant du VIH. Nos objectifs spécifiques visent à décrire la toxicité mitochondriale chez des HEU, des enfants non infectés non exposées et des enfants séropositifs au cours de la première année de vie, à évaluer l’innocuité des différents régimes de PrEP et à déterminer si les délétions de l’ADN mitochondrial sont héritées verticalement ou acquises de novo après l’exposition.
La génotoxicité mitochondriale sera évaluée en mesurant le MCN, le délétome de l’ADNmt, le pourcentage d’hétéroplasmie et la présence de mutations ponctuelles.
La sécurité est la priorité absolue pour les interventions de prévention visant un grand nombre de personnes. Bien que les effets néfastes à long terme de l’exposition aux ARV pour la PTME restent mal identifiés, ce projet contribuera à l’étude des mécanismes potentiels qui expliqueraient la santé des HEU, c’est-à-dire l’association entre la génotoxicité mitochondriale et l’exposition au VIH/ARV.
Demandeur
MOLÈS Jean-Pierre / KANKASA Chipepo
Type de financement
Projet de recherche