Étude VIROPREG : élargir nos connaissances des infections virales chez le couple mère-enfant

Le but ? S’intéresser à la santé physique et mentale des femmes enceintes vivant avec une infection virale et à celle de leurs enfants.

Dernière mise à jour le 17 février 2026

En bref

Investigatrice principale
Pr Jeanne Sibiude

Responsable scientifique
Pr Pierre Frange

Promotion
Inserm – ANRS MIE

Durée
2026 – 2036

Pathologies
Viroses chroniques (VIH/VHB/VHC), arboviroses et viroses émergentes (Dengue, Oropouche)

Comprendre les atteintes virales sur la grossesse et son issue

L’étude ANRS 0288s VIROPREG est une cohorte nationale prospective dont l’objectif est d’évaluer l’impact de différentes infections virales contractées lors de la grossesse sur la femme enceinte, l’issue de la grossesse et les premières années de l’enfant.

Cette étude, dont le lancement est prévu le 9 mars 2026, sera multicentrique et s’étendra sur une période de dix ans. Les trois premières années seront consacrées à l’inclusion des patientes : des femmes enceintes souhaitant mener leur grossesse à terme et présentant l’une des infections virales ciblées (VIH, hépatites ou arboviroses) et diagnostiquée avant ou pendant la grossesse. Au total, l’équipe de VIROPREG compte ainsi inclure 2 380 couples mère-enfant.

L’étude se poursuivra jusqu’à ce que les enfants issus de la grossesse atteignent l’âge de quatre ou sept ans. Les chercheurs auront ensuite six ans, soit jusqu’en 2042, pour analyser les données et en publier les résultats.

Quatre cohortes en une

La cohorte VIROPREG se déclinera en quatre « modules ». Le premier évaluera l’impact de l’exposition aux VIH-1 ou VIH-2 chez la mère et l’effet des traitements antirétroviraux (ARV) reçus pendant la grossesse et la période néonatale sur la motricité globale et fine des enfants ainsi que sur leur développement socio-émotionnel à moyen terme, jusqu’à l’âge de quatre ans.

Le but est ici d’ouvrir le champ d’analyse à la dimension pharmacologique et à la santé mentale des patients, mère comme enfant, deux problématiques sous-évaluées au sein des cohortes historiques de l’Enquête périnatale française (EPF). Celle-ci avait été lancée en 1986 par l’Inserm et l’ANRS MIE et a impliqué plus de 18 000 couples mère-enfant à ce jour.

Deux autres modules s’intéresseront aux taux de transmission materno-fœtale de deux hépatites virales : le virus de l’hépatite B (et de co-infections éventuelles avec le virus de l’hépatite D), d’une part ; et l’hépatite C, d’autre part. Les enfants nés de mères infectées seront suivis jusqu’à leur neuf mois, dans le module VHB, et dix-huit à vingt-quatre mois, dans le module VHC.

Enfin, afin d’enrichir nos connaissances sur l’impact des maladies infectieuses émergentes sur la femme enceinte et son enfant, VIROPREG comprendra un quatrième et dernier module ciblant les arboviroses, comme la dengue ou la maladie à virus Oropouche. Selon le type d’arbovirus, les investigateurs estimeront la prévalence des issues défavorables de grossesse chez les femmes présentant une arbovirose symptomatique biologiquement confirmée. L’analyse portera en particulier sur la transmission du virus à la naissance ou, éventuellement, par l’allaitement.

Trois questions à Jeanne Sibiude, professeure en gynécologie obstétrique et investigatrice principale de VIROPREG

Pourquoi avez-vous souhaité vous intéresser à la santé du couple mère-enfant ?

La santé du couple mère-enfant est souvent sous-étudiée. Il existe notamment très peu d’essais médicamenteux incluant des femmes enceintes. Pourtant, l’effet d’une infection ou d’un médicament n’est pas le même lorsqu’il concerne deux personnes à la fois. Il peut avoir un effet positif ou négatif sur l’un, l’autre ou les deux à la fois. Et c’est quelque chose qu’on ne peut pas contrôler.

Les cohortes successives de l’EPF, lancée en 1986 par l’Inserm puis portée par l’ANRS sur l’impact des VIH-1 et VIH-2 sur le couple mère-enfant, ont servi à montrer l’efficacité d’une stratégie de prévention auprès de ce groupe de populations. Néanmoins, elles n’ont pas apporté suffisamment de réponses sur les effets médicamenteux et ne touchaient pas du tout aux problématiques de santé mentale ou de littératie. Or, les femmes qui vivent avec le VIH/Sida ou une hépatite comptent parmi les plus fragiles socialement.

Avec mon responsable scientifique, Pierre Frange, professeur en pédiatrie et co-président de l’Action coordonnée « SAnté Mère, Enfant et Adolescent » (AC Sameado) de l’ANRS MIE, nous avons souhaité approfondir ces sujets.

Comment VIROPREG compte prendre en compte les maladies infectieuses émergentes ?

En plus des trois cohortes ciblant les VIH-1, VIH-2, hépatites B et C, nous en mettrons également une quatrième en place s’intéressant aux arboviroses.

La pandémie de Covid-19 a montré que la recherche médiale n’était pas forcément très bien équipée pour réagir de manière rapide et coordonnée en cas de nouvelle épidémie, en particulier s’agissant de ses effets sur la femme enceinte, la grossesse et l’enfant. En parallèle, une dizaine de cas de virus Oropouche ont récemment impliqué des femmes enceintes, laissant planer une inquiétude sur l’issue de leurs grossesses. Nous n’avions en effet jusqu’ici aucune base scientifique pour estimer les effets de cette infection dans ce cas précis. De la même manière que nous en savons peu concernant d’autres arboviroses comme la dengue ou le chikungunya, notamment sur la diffusion du virus dans les tissus maternels et fœtaux.

Avec VIROPREG, nous souhaitons aller plus loin que les données observationnelles obtenues par les centres qui ont travaillé sur le sujet dans les zones les plus exposées. Nous investiguerons notamment les atteintes virales dans le placenta ou le liquide amniotique.

En quoi les critères d’inclusion de cette étude en font son originalité ?

L’originalité de VIROPREG repose sur la prise en compte d’un certain nombre de déterminants sociaux sur le déroulement de la grossesse et son issue. VIROPREG pourra par exemple inclure des femmes qui n’ont aucune protection sociale. Les recherches en sciences sociales montrent bien qu’un nombre significatif de femmes enceintes vivant avec le VIH sont des femmes migrantes récentes, qui ne bénéficient donc pas d’aide médicale d’État (AME). Il demeure donc très important de prendre en considération ce groupe de patients.

Par ailleurs, nous travaillons à proposer, à l’avenir, des questionnaires accessibles à des groupes de patientes non francophones vivant notamment dans les départements et régions d’Outre-mer (DROM), notamment en créole haïtien, de manière à être le plus inclusif et représentatif possible. Enfin, les questionnaires seront administrés par des personnels de recherche, en entretien direct ou par téléphone, de sorte que même des femmes ne sachant pas ou difficilement lire et écrire pourront répondre aux évaluations qui leur seront soumises quatre puis sept ans après l’issue de leur grossesse.

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