Les arbovirus transmis par les tiques représentent une menace croissante pour la santé humaine et animale en Europe, en lien avec les changements environnementaux et l’expansion des populations de tiques. Parmi eux, le virus de l’encéphalite à tiques (TBEV) constitue un enjeu majeur de santé publique. Malgré leur importance, les mécanismes moléculaires impliqués dans la transmission des virus des tiques vers les hôtes vertébrés restent encore mal compris.
Des études récentes ont mis en évidence le rôle des vésicules extracellulaires (EVs) comme médiateurs clés de la communication intercellulaire et de la dissémination virale. Chez les arthropodes vecteurs, les EVs peuvent transporter des composants viraux et favoriser l’infection des cellules de l’hôte vertébré. Cependant, leur rôle dans la transmission des virus de tiques, en particulier dans l’incorporation et le transfert de l’ARN viral, demeure largement inexploré.
Ce projet vise à étudier le rôle des EVs dérivées de tiques dans la transmission des arbovirus. Nous émettons l’hypothèse que les EVs participent activement à la transmission virale en incorporant sélectivement des ARN viraux et en modulant l’infection des cellules hôtes. Pour répondre à cette problématique, nous combinerons des approches in vitro et in vivo en utilisant la lignée cellulaire de tique IRE/CTVM20 et le modèle Ixodes ricinus, ainsi que le virus TBEV.
Dans un premier temps, les EVs seront isolées à partir des cellules de tique et de la salive, puis caractérisées par microscopie électronique, protéomique et analyse de taille des particules, conformément aux recommandations MISEV2018. L’impact de l’infection virale sur la sécrétion et la composition moléculaire des EVs sera ensuite évalué. Dans un second temps, des approches de purification d’affinité utilisant des ARN génomiques viraux biotinylés permettront d’identifier les protéines associées aux EVs interagissant avec les ARN viraux. Des candidats seront sélectionnés et leur expression validée dans les glandes salivaires de tiques.
Dans un troisième temps, des analyses fonctionnelles seront réalisées par interférence ARN dans les cellules de tique afin de déterminer le rôle de ces protéines dans la sécrétion des EVs, l’incorporation de l’ARN viral et l’infectivité virale. Enfin, une validation in vivo sera effectuée par knockdown chez Ixodes ricinus, suivie d’infections virales et d’essais de transmission chez la souris, afin d’évaluer l’impact sur la dissémination et la pathogénicité virales.
Le projet s’étendra sur deux ans, avec une première année dédiée à la caractérisation des EVs et à l’identification des interactomes, suivie d’une seconde année consacrée aux validations fonctionnelles in vitro et in vivo.
Ce projet permettra de mieux comprendre les mécanismes moléculaires impliqués dans la transmission des virus par les tiques et d’identifier de nouveaux déterminants associés aux EVs dans le transfert de l’ARN viral. En explorant une voie encore peu étudiée de la transmission des arbovirus, il ouvrira des perspectives pour le développement de stratégies innovantes de contrôle des vecteurs et des infections, répondant ainsi à des enjeux majeurs de santé publique.