Les personnes vivant avec le VIH (PVVIH, efficacement traitées depuis longtemps, finissent par développer de l’inflammation chronique et un vieillissement prématuré de leur système immunitaire (SI). Avec le Dr. Hocqueloux, nous avons mis en évidence une dérégulation des ARNm de l’autophagie dans leurs cellules immunitaires (Serrano, AIDS 2008). La littérature rapporte que l’autophagie dans les T4 est touchée, mais aucune information n’est disponible pour les autres cellules. Et cliniquement parlant, comment combattre cet effet ? Chez les PvVIH fumant du cannabis, l’activation des lymphocytes T et des monocytes, l’inflammation et le réservoir sont plus faibles que chez celles ne fumant pas. Ceci est confortée par une de nos études préliminaires chez 19 PvVIH ayant pris du cannabidiol (CBD) comme complément alimentaire : chez les PvVIH sous CBD, la quantité d’ARNm de plusieurs cytokines dans les T4 et les monocytes, est inférieur à celui des PvVIH n’en prenant pas.
Ainsi basée sur l’état des connaissances, notre hypothèse de travail est que relancer l’autophagie chez les PvVIH via une prise de phytocannabinoïdes (pCB), peut permettre de diminuer l’inflammation et d’agir sur le vieillissement du SI. Le projet global dans lequel s’inscrit cette demande est liée à la première étude clinique dans le monde, randomisée et en double aveugle, testant l’effet des pCB sur l’autophagie (objectif principal) et l’inflammation : 40 PvVIH ont pris, en complément de leur traitement, une huile contenant du CBD spectre complet, qualité médicament, pendant 3 mois, tandis que 40 autres ont reçu de l'huile seule (placebo) pendant également 3 mois. Les volontaires inclus ont en moyenne 54 ans, contrôlent leur virus depuis plus de 15 ans et 1/3 sont des femmes. Cette étude est maintenant clôturée, et tous les échantillons biologiques à évaluer pour ce projet ANRS sont actuellement stockés au congélateur.
Le CBD a été bien toléré, il permet aux PvVIH un gain dans leurs activités physiques et aucun effet indésirable grave lié au traitement n’a été rapporté. Les paramètres immuno-virologiques classiques (taux de T4, ratio T4/T8, taille du réservoir, CV) sont restés stables, tous comme ceux permettant d’évaluer les fonctions du foie, des reins et du cœur. Nous montrons même un effet bénéfique sur la fréquence cardiaque, uniquement chez les hommes à la naissance. Nous avons pu vérifier par une étude transcriptomique et un dosage multiplex de cytokines sériques, sur un panel de 16 personnes sous CBD et 16 sous placebo, qu’une différence pour les paramètres inflammatoires (ARN et protéines plasmatiques) existait également entre les hommes et les femmes, chez les donneurs séronégatifs, et qu’elle était amplifiée chez les PvVIH. Nos premières analyses montrent que le CBD peut faire bouger ces taux d’ARN et de protéines, chez les PvVIH, plus chez les hommes que les femmes et des signatures d’expression sont en cours de définition (manuscrit en cours de préparation).
Comme pour l’inflammation, les ARNm des acteurs de l’autophagie ne sont pas présents en même quantité chez les hommes et les femmes, avec ou sans infection VIH. Sans ce financement d’un an supplémentaire, nous ne pourrons pas tester les effets du CBD sur l’expression de 6 protéines de l’autophagie et sur la fonction autophagique elle-même, les 2 se faisant par Western-Blot. Durant l’année demandée, nous souhaitons prolonger le contrat d’une technicienne de laboratoire en CDD, avec nous depuis 20 mois car elle a été formée aux 2 types de Western-blots nécessaires pour ce projet (protéines et fonction) par notre précédente ATER, la personne qui les a standardisés. Nous pourrons acheter des consommables.
En conclusion, les pCB constituent une approche thérapeutique nouvelle : relancer l’autophagie chez les PvVIH via un CBD spectre complet pourrait permettre de diminuer l’inflammation et le vieillissement cellulaire des personnes, ce qui leur permettra de mieux vieillir avec le virus.