Les données sanitaires existantes sont rares mais soulignent l’extrême fragilité sociale de certaines populations migrantes, notamment les primo arrivants. L’état de santé des migrants récemment arrivés en France est moins bon que celui des Français. Cette population a un taux plus faible de recours aux soins ainsi qu’un taux de renoncement aux soins pour eux-mêmes plus élevé. La perte de repères et de lien social, les barrières linguistiques et culturelles, la complexité des démarches administratives à effectuer et la méconnaissance des droits de cette population par les intéressés mais aussi par les professionnels de santé sont d’autant de facteurs cumulables limitant l’accès aux soins des migrants.
La Seine-Saint-Denis est le 3ème département le plus peuplé d’Ile-de-France et le 6ème de France. Elle se caractérise par une population jeune (43% de la population), qui s’explique par le plus fort taux de fécondité de France (2,5 enfants par femmes en 2013), des migrations résidentielles de ménages jeunes, une forte proportion de familles nombreuses avec un taux élevé de famille monoparentale et une large diversité ethnique puisque 21 % des habitants sont de nationalité étrangère soit plus de 35 nationalités différentes. Ce département est aussi celui où le taux de pauvreté est le plus élevé de la région, mais également de France métropolitaine.
Depuis 2015, le Haut Conseil de Santé Publique (HCSP) recommande que soit maintenu un « rendez-vous santé » obligatoire avec un contenu modulable pour les primo-arrivants, dans un délai optimal de 4 mois après l’entrée sur le territoire, détaché de toute fonction de contrôle et strictement soumis au secret médical.
L’hypothèse de ce travail est que le rendez-vous santé n’est pas suffisamment appliqué dans des territoires clés tels que le département de Seine Saint Denis. Lorsqu’il l’est, nous émettons l’hypothèse que ce bilan de santé n’est probablement pas efficient : le patient ayant un diagnostic positif est confronté à de nombreuses barrières pour l’accès aux soins et pour son intégration dans le parcours de soins.
L’objectif de ce travail est donc de décrire l’état de santé des patients migrants primo-arrivants dans l’année suivant leur arrivée en France.
Il s’agit d’une étude de cohorte observationnelle prospective, multicentrique, conduite dans une population spécifique de migrants majeurs primo arrivants consultants dans les Centre Municipaux de Santé (CMS) de Saint Denis et d’Aubervilliers. La durée d’inclusion est d’un an, avec un an de suivi. Les données médicales des patients seront issues de leur dossier médical informatisé. Des informations sociales seront récoltées via l’administration de questionnaires par les agents d’accueil des CMS en charges des consultations d’accès aux droits santé, déjà existantes au sein de ces structures. Ils permettront de recueillir des données socio démographiques, de connaitre l’évolution de leurs conditions de vie, de caractériser leur accès aux droits (santé et administratif/juridiques) et d’identifier certaines barrières.
La santé et l’accès aux soins des migrants primo-arrivants constituent un réel enjeu de santé publique en raison de la fragilisation économique et sociale que peuvent connaître certains d’entre eux et qui participe à la détérioration de leur état de santé. Cette étude représenterait la première étude française s’intéressant à la santé des migrants primo arrivants, notamment à la santé des femmes, et à leur intégration médico psycho sociale dans le système de soins. Elle permettra de participer à l’établissement d’un bilan de santé adapté aux spécificités et variabilités de cette population clé. Ce travail est un tremplin pour le renforcement des consultations d’accès aux droits des CMS de Saint Denis. Il est en projet de renforcer les missions des agents d’accueil en charge de ces permanences afin qu’ils puissent proposer des aides locales variées pour lutter contre les situations de précarité des patients et suivre leur évolution.