Contexte. Les traitements de dernière génération de l’hépatite C chronique sont très efficaces avec une réponse virologique soutenue (RVS) obtenue dans plus de 95% des cas. La RVS est associée à une amélioration du pronostic mais le risque de complication hépatique (risque résiduel) ne devient pas pour autant nul. Le sous-groupe de patients pour lesquels le suivi spécialisé après la RVS est toujours nécessaire doit être mieux défini, de même que les modalités de ce suivi. Chez les patients cirrhotiques de la cohorte CirVir, la présence d’un syndrome métabolique augmente le risque de carcinome hépatocellulaire après la RVS. Dans cette même cohorte, nos données préliminaires montrent que l’évolution de marqueurs biologiques simples (ASAT, ALAT, plaquettes) après la RVS est corrélée au risque de complication hépatique. Ces résultats suggèrent qu’il est possible de modéliser le risque résiduel hépatique après la RVS à l’aide de l’évolution de paramètres simples et de la présence des comorbidités. La cohorte Hepather représente une opportunité unique de développer et valider une telle modélisation dans une très large cohorte multicentrique nationale de la « vraie vie », permettant ainsi d’obtenir des résultats très robustes avec un haut niveau de preuve scientifique.
Objectif principal. L’objectif principal de l’étude CORUSCANT est de modéliser le risque résiduel de complication hépatique (décompensation de cirrhose, carcinome hépatocellulaire, décès hépatique/transplantation hépatique) après l’éradication du virus de l’hépatite C à l’aide du profil évolutif de variables biologiques simples et de la présence des comorbidités hépatiques (consommation d’alcool, paramètres métaboliques). Une originalité sera de prendre en compte le profil évolutif des paramètres testés pour affiner la prédiction et obtenir un modèle performant.
Objectifs secondaires. Evaluer l’évolution des comorbidités hépatiques (consommation d’alcool, paramètres métaboliques) avant et après l’éradication du virus de l’hépatite C. Déterminer le risque de survenue de complication hépatique en fonction de l’évolution au long cours des comorbidités hépatiques après l’éradication du virus de l’hépatite C
Méthodes. L’étude CORUSCANT ne nécessite que les données déjà disponibles dans l’eCRF de la cohorte Hepather, aucun recueil ni dosage sur sérothèque supplémentaire n’est nécessaire. Les données requises pour l’étude CORUSCANT incluent : les données cliniques et biologiques à baseline et au cours du suivi (consommation d’alcool, paramètres du syndrome métabolique, biologie simple), ainsi que les événements cliniques au cours du suivi (ascite, infection du liquide d’ascite, syndrome hépatorénal, encéphalopathie hépatique, apparition de varices intestinales à risque hémorragique, hémorragie digestive par rupture de varice intestinale, carcinome hépatocellulaire, transplantation hépatique, décès et cause du décès).
La population sera divisée en deux groupes : dérivation et validation. Nous réaliserons dans le groupe de dérivation une modélisation conjointe des données longitudinales et de temps d’événement dans un modèle multi-états. Une étude de calibration, et une validation interne par live one out seront également réalisées. Le développement du modèle se fera en suivant les guidelines TRIPOD. Des études de discrimination et de calibration seront ensuite effectuées dans le groupe de validation pour valider le modèle. Enfin, une application web via Rshiny sera développée pour permettre aux cliniciens d’utiliser ce modèle en pratique clinique.
Retombées. Notre approche va permettre de développer et valider un modèle décrivant l’histoire naturelle de la maladie après l’éradication du virus de l’hépatite C, et ainsi le risque individuel de complication hépatique après la guérison virale (exprimés en pourcentage à différents temps t). Un tel outil sera très utile en pratique clinique pour rationaliser la prise en charge des patients après l’éradication du virus de l’hépatite C (médecine personnalisée) et optimiser l’utilisation des ressources humaines et matérielles de notre système de santé.