L’immunité liée aux interférons (IFN) de type I constitue la première ligne de défense antivirale chez l’Homme. Depuis 2003, nous et d’autres équipes avons identifié des défauts génétiques affectant les voies d’induction ou de réponse aux IFN de type I (IFN-I), impliquées dans plusieurs infections sévères : encéphalite herpétique (TLR3, UNC93B1, TICAM1/TRIF, TRAF3, TBK1, NEMO, IRF3, TFIIIA/GTF3A, IFNAR1, TYK2, STAT1, STAT2), pneumonie grippale sévère (TLR3, IRF7, IRF9, STAT1, STAT2), COVID-19 (TLR3, UNC93B1, TBK1, TICAM1/TRIF, IRF3, IRF7, IFNAR1, IFNAR2, TLR7, IRAK4, MYD88), et pneumonie à rhinovirus ou RSV (MDA5/IFIH1). Nous avons également découvert que des auto-anticorps neutralisant les IFN-I (autoAb-IFN) expliquent 5 % des pneumonies grippales sévères, 15 % des pneumonies COVID-19 critiques, 20 % des cas de pneumonie hypoxémique liée au syndrome respiratoire du Moyen-Orient (MERS), 30 % des réactions indésirables sévères au vaccin anti-fièvre jaune vivant atténué (YFV-17D), 40 % des encéphalites à virus du Nil occidental (WNV), ainsi que la majorité des cas plus rares d’encéphalites à virus Usutu ou Powassan. L’analyse de plus de 34 000 donneurs sains a révélé que ces autoAb-IFN sont relativement fréquents : ~0,5 % avant 70 ans et 5 % après 70 ans. Contrairement aux maladies génétiques rares, les autoAb-IFN expliquent une part importante des formes graves d’infections virales, probablement en raison de leur prévalence élevée, surtout chez les personnes âgées. Ainsi, ils apparaissent comme des déterminants majeurs et communs d’un nombre croissant de maladies virales sévères, y compris les infections émergentes et ré-émergentes.
Nous formulons l’hypothèse que certaines infections respiratoires virales sévères pourraient être la conséquence de défauts génétiques rares touchant les voies des IFN-I et/ou III, ou à la présence d’auto-anticorps les neutralisant. Nous prévoyons (1) de recruter des patients pédiatriques et adultes présentant des infections respiratoires virales sévères, notamment aux virus influenza A zoonotiques (IAV) tels que H5N1 et H7N9, ainsi que les virus ré-émergents tels que le SARS-CoV-2, les IAV et IBV saisonniers, et le virus respiratoire syncytial (RSV); (2) d’identifier de nouveaux défauts génétiques, en ciblant des défauts partiels à pénétrance incomplète via le séquençage de l’exome ou du génome WES/WGS pour détecter des variants et gènes candidats, notamment des mutations hypomorphes; (3) de rechercher des phénotypes auto-immuns mimant ces IEIs.
Nos données préliminaires sont prometteuses : nous avons identifié des autoAb-IFN chez des patients atteints de pneumonie létale à H5N1 et H7N7, et deux nouveaux gènes candidats — un déficit monoallélique IFNLR1 et un déficit biallélique IFNW1 — chez des patients atteints de COVID-19 sévère. Nos équipes collaborent depuis 10 ans et ont publié ensemble plus de 30 articles de haut impact. Depuis 2020, elles ont caractérisé des patients présentant des déficits complets ou partiels dans le gène IFNAR1 et une COVID-19 sévère, publiés dans Science (2020), Science Immunology (2021) et JEM (2022, 2025). Nous avons également identifié des patients porteurs d’autoAbs-IFN-I, rapportés dans Science Immunology (2021), PNAS (2022) et JEM (2024). Ces résultats illustrent la force et la complémentarité de nos équipes, qui se révèlent plus efficaces encore lorsqu’elles travaillent ensemble.