Les rares patients contrôlant spontanément la réplication du VIH, appelés “contrôleurs du VIH”, développent des réponses T antivirales particulièrement efficaces. Leurs cellules T CD4+ détectent les antigènes du VIH avec une haute sensibilité, menant à la persistance de réponses T CD4 effectrices malgré une virémie limitée. Comment ces cellules parviennent à maintenir une immuno-surveillance constante du VIH sans se faire infecter et dépléter par le virus reste encore mal compris. Pour répondre à cette question, nous avons étudié le profil de différentiation et d’expression génique des cellules T CD4+ spécifiques du VIH au niveau de la cellule unique. Les cellules T CD4+ spécifiques de l’épitope le plus immunodominant de la capside du VIH, Gag293, ont montré une différentiation effectrice de type Th1 plus avancée chez les contrôleurs que chez les patients traités. Curieusement, CCR5 s’est révélé être le seul marqueur Th1 diminué, plutôt qu’augmenté, dans les cellules T CD4+ spécifiques de contrôleurs. Nous avons montré que cette expression limitée du corécepteur majeur du VIH limite la susceptibilité des cellules T CD4+ spécifiques à l’entrée virale, ce qui représente un élément clef pour comprendre le maintien de la fonction T CD4 helper chez les contrôleurs. Dans le projet, nous proposons d’explorer le mécanisme responsable de la diminution de l’expression de CCR5 dans l’infection à VIH contrôlée.
Dans le premier objectif, nous déterminerons si l’expression de CCR5 est diminuée uniquement dans les cellules T CD4+ spécifiques de Gag, ou si ce phénomène s’applique également aux cellules spécifiques de Env, voire aux cellules reconnaissant d’autres virus. Les marquages seront effectués avec des tétramères du CMH de classe II, afin de détecter les cellules T CD4+ spécifiques sans les activer, ceci sur des prélèvements de contrôleurs inclus dans la cohorte ANRS CO21 CODEX (n=15), comparés à ceux de patients efficacement traités (n=15). D’autre part, nous avons identifié jusqu’ici deux contrôleurs portant la mutation CCR5 D32 ainsi qu’une autre mutation faux-sens sur le second allèle, suggérant que dans certains cas la diminution de CCR5 a une cause génétique. Nous évaluerons la fréquence des mutations bi-alléliques de CCR5 chez les contrôleurs, en utilisant la technologie PacBio pour séquencer le locus CCR5 chez les patients de la cohorte CODEX qui ont déjà été testés comme positifs pour la mutation D32 (n=12). Les analyses génétiques de CCR5 seront ensuite étendues au groupe de patients CODEX qui montrent la suppression virale la plus efficace (n=50).
Dans le second objectif, nous testerons la fonction des mutants faux-sens identifiés chez les contrôleurs. Nous utiliserons un test par nucléoporation qui permet d’évaluer rapidement l’expression de surface et la fonction de mutants de CCR5 dans des cellules T CD4+ primaires. Nous ferons également appel à un test récemment développé d’export synchronisé (RUSH), ainsi qu’à des tests d’internalisation et de recyclage, pour déterminer si les mutants de CCR5 ont un trafic intracellulaire altéré.
Dans le troisième objectif, nous explorerons le mécanisme de la diminution de CCR5 chez la majorité des contrôleurs qui ne montrent pas de mutations génétiques de CCR5. Nous étudierons en priorité l’internalisation de CCR5 dépendante des signaux chimiokines et TCR. Nos résultats préliminaires montrent que de forts signaux transduits par le TCR mènent à une diminution marquée de l’expression de CCR5 à la surface cellulaire. Nous testerons donc l’hypothèse que les TCRs de forte affinité préférentiellement exprimés par les cellules T CD4+ spécifiques des contrôleurs induisent une diminution chronique de l’expression de CCR5, ceci par transfert de TCR in vitro et analyses sur cellules uniques ex vivo.
L’ensemble du projet devrait établir le rôle de CCR5 dans l’infection à VIH naturellement contrôlée, et renforcer le rationnel pour développer les stratégies thérapeutiques qui visent à une inhibition de CCR5.