Introduction
Le traitement post-exposition (TPE) est un mode important de prévention de l’infection par le VIH. Il s’agit d’une trithérapie antirétrovirale administrée le plus tôt possible après l’exposition, au plus tard dans les 48 heures. C’est donc un traitement d’urgence ; or, son accessibilité est encore problématique en France. Seules 3 structures peuvent en effet le délivrer : les services hospitaliers d’infectiologie ; les services d’urgences des hôpitaux et des cliniques ; et les Cegidd. Or, les premiers sont d’accès complexe pour les particuliers ; services d’infectiologie et Cegidd n’accueillent les publics qu’en heures/jours ouvrables ; les Urgences sont plus difficiles d’accès que jamais, et il n’est jamais aisé d’y faire état d’un rapport sexuel à risque.
Ce constat sur la difficulté d’accès au TPE est en décalage avec la grande simplicité de l’association recommandée dans cette indication (evipléra : ténofovir disoproxil fumarate – emtricitabine – rilpivirine) :
- aucune contre-indication pour une prise sur quelques jours ;
- interactions médicamenteuses se résumant à une moindre absorption de la rilpivirine sous traitements anti-acidité gastrique ;
- aucune toxicité aiguë à redouter (en dehors d’une allergie, trop théorique pour être un obstacle), et des effets indésirables très limités.
De ce fait, ses possibilités de délivrance devraient être beaucoup plus larges.
But de l’expérimentation
Déterminer dans quelle mesure la délivrance initiale du TPE peut être réalisée par des personnes formées mais non soignantes (ni médecin, ni infirmier.e, ni pharmacien.ne).
Méthode
Quatre territoires seront impliqués via leur Corevih (Arc Alpin ; agglomération de Tours ; territoire du Corevih Île-de-France Nord) ou l’association M sans Sida (agglomération de Montpellier).
Une collaboration sera nouée avec les associations d’accompagnement et de soutien des populations exposées au VIH (hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes, travailleurs.euses du sexe, personnes trans, migrant.e.s originaires de zones de prévalence du VIH >1%) dans les territoires concernés par l’expérimentation : une formation de leurs membres sera réalisée (sur le VIH, les indications de TPE et son suivi) ; elles seront dépositaires de starter kits comprenant 5 jours de TPE (5 comprimés d’eviplera) et des documents d’information sur le VIH et le TPE. Les membres formé.e.s de ces associations pourront ainsi, lorsqu’ils/elles seront contacté.e.s par une personne venant d’être victime d’une exposition sexuelle, évaluer l’indication de TPE, délivrer immédiatement un starter kit à cette personne si l’indication existe, et l’orienter quant aux modalités de suivi ultérieur en infectiologie hospitalière ou en Cegidd. Une telle délivrance sera plus simple qu’un recours aux guichets « classiques » de délivrance du TPE. En parallèle, dans les territoires où se déroulera l’essai, une information sera réalisée pour que ce circuit alternatif de TPE soit connu des populations concernées ; en cas d’appel de Sida-Info-Service pour un accident d’exposition, ce service signalera aussi ce circuit si la personne est présente dans l’un des territoires d’expérimentation.
En dehors de ce mode d’accès expérimental aux premiers jours de traitement, les personnes auront ensuite un circuit de TPE en tout point identique aux recommandations (trithérapie identique, consultation rapide [dans les 5 jours] en infectiologie/Cegidd pour réévaluation de l’indication de TPE, prescription du TPE pour un total de 28 jours, bilan initial, suivi sérologique, counselling, orientation vers la PrEP si indiquée).
Un comité médical d’évaluation se réunira tous les 2 mois pour évaluer rétrospectivement pour chaque inclusion si un starter kit devait être donné. le critère de jugement principal sera la concordance entre d’une part l’attitude du / de la membre d’association et d’autre part l’attitude qu’il fallait avoir selon ce comité médical.
En parallèle, seront réalisées une analyse des perceptions des personnes incluses (brefs questionnaires, entretiens) et des membres associatifs.ves impliqué.e.s dans le dispositif (focus groups).