Contexte
Après un épisode de COVID-19, de nombreux patients souffrent de symptômes persistants parfois invalidants dont la prévalence à 6 mois est estimé à 7 %. Il s’agit d’un enjeu de santé publique mondial. En dehors des séquelles d’un épisode sévère, la physiopathologie de ces symptômes n’est pas établie faute de groupe contrôle approprié dans la plupart des études. Une étude récente suggère que la conviction d’avoir été infecté est plus robustement lié aux symptômes qu’une sérologie positive pour SARS-CoV-2. Parmi les causes possibles de ces symptômes figurent les troubles somatiques fonctionnels, définis par des symptômes non expliqués par une lésion de l’organe ou de l’appareil qu’ils désignent. Ces troubles sont fréquents après un événement médical aigu, en particulier chez les femmes, et comportent des facteurs de risque psychologiques, parmi lesquelles anxiété, dépression et croyances dysfonctionnelles pouvant aboutir à des comportements de santé délétères.
Objectifs
Evaluer le rôle des facteurs psychologiques (anxiété, dépression, sources d’information sur la COVID-19) dans 1) la survenue de symptômes persistants ; 2) leur attribution à un épisode de COVID-19 ; 3) la prédominance féminine chez les personnes ayant de tels symptômes et 4) estimer la prévalence d’un trouble somatique fonctionnel parmi ces personnes.
Méthodes
Etude de cohorte observationnelle prospective.
Sources de données et population d’étude
La population de l’étude sera constituée des 26 823 volontaires de la cohorte CONSTANCES (https://www.constances.fr) apparié au Système National des Données de Santé (SNDS) ayant répondu aux 2 premiers questionnaires de l’enquête SAPRIS et à l’enquête SAPRIS-Sérologie (sérologie SARS-CoV-2 entre mai et novembre 2020).
Les données issues de CONSTANCES comporteront les troubles psychiatriques auto-déclarés (inclusion et questionnaires annuels jusqu’en 2019), la santé mentale avant la pandémie (CES-D en 2015 et 2018, GHQ-12 en 2016 et 2019), le remboursement de médicaments psychotropes de 2010 à 2019 (SNDS), la santé mentale au début de la pandémie (CES-D) ainsi que, entre décembre 2020 et janvier 2021, le diagnostic auto-déclaré de COVID-19, les symptômes persistants et les croyances et attitudes envers ces symptômes (SSD-12).
Les données issues de SAPRIS comporteront le degré de confiance en 5 sources d’information concernant la COVID-19 et la santé mentale au début de la pandémie (GAD-7 et PHQ-9).
Analyse statistique
Les critères de jugement seront la présence de symptômes persistants et leur attribution à la COVID-19. L’analyse statistique sera basée sur des modèles de régression multivariable. Les effets médiateurs et modérateurs seront observés par ajustements successifs et introduction de termes d’interaction puis quantifiés par des modèles d’équation structurale.
Résultats attendus et implications
Nous nous attendons à ce que les symptômes anxieux et dépressifs, ainsi que la consommation de psychotropes et le degré de confiance accordé à différentes sources d’information sur la COVID-19 modèrent l’association entre l’infection (déclarée ou documentée) et la survenue de symptômes persistants ainsi que leur attribution à la COVID-19. Nous nous attendons également à ce que les symptômes anxieux et dépressifs soient des facteurs médiateurs de l’association entre le genre féminin et les symptômes persistants. Enfin nous nous attendons à une prévalence >50 % des troubles somatiques fonctionnels parmi les patients rapportant des symptômes persistants.
Cette recherche possède un fort potentiel translationnel car les facteurs psychologiques étudiés (anxiété, dépression, confiance dans différences sources d’information) constituent des cibles thérapeutiques modifiables à l’échelle non seulement individuelle mais également collective, notamment en ce qui concerne la communication scientifique, médicale, médiatique, sociétale et politique au sujet du « COVID long ». Sur le plan de la recherche, de tels résultats permettront de rationaliser les ressources allouées à la recherche en évitant de négliger les mécanismes du « COVID long » non spécifiques à SARS-CoV-2.