Le virus du chikungunya (CHIKV) est un arbovirus qui pose un problème majeur de santé publique. Depuis sa réémergence en 2004 dans l'océan Indien, il s'est propagé sur plusieurs continents et continue de provoquer des épidémies, comme récemment à l’Ile de la Réunion. Il entraîne des douleurs articulaires et musculaires invalidantes pouvant persister plusieurs mois, voire des années après l’infection. À ce jour, aucun vaccin efficace ni traitement antiviral spécifique n’est disponible. Cette situation reflète des lacunes majeures dans notre compréhension des mécanismes de réplication et de pathogénèse du CHIKV.
La réplication du virus est assurée par le complexe de réplication (CR), constitué des protéines non structurales nsP1 à nsP4. Celles-ci s’assemblent et recrutent des facteurs cellulaires pour former des invaginations membranaires spécialisées, appelées sphérules, où se déroule la synthèse de l’ARN viral. Les mécanismes d’assemblage du CR et de coordination de la réplication de l’ARN, ainsi que le couplage moléculaire entre la synthèse de l’ARN et la formation des nucléocapsides, restent mal compris.
Parmi les protéines nsP, nsP3 est la moins bien caractérisée. Elle se localise à la face cytosolique des sphérules, où elle recrute plusieurs protéines de l’ hôte essentielles à la réplication virale. Nos travaux ont montré que nsP3 détourne le facteur musculaire FHL1 pour amplifier la réplication du génome viral et induire une pathologie musculaire, bien que les mécanismes restent à élucider.
nsP3 forme également des organites cytoplasmiques sans membrane appelés alphagranules. Nous avons découvert que ces structures sont constituées d’échafaudages hélicoïdaux de nsP3 organisés en réseaux de type nid d’abeille. Les alphagranules concentrent des cofacteurs cellulaires clés (FHL1, G3BP), l’ARN viral et la protéine de capside, suggérant un rôle dans l’assemblage des nucléocapsides virales. nsP3 module aussi la spécificité vectorielle chez les moustiques, un facteur déterminant dans la propagation du CHIKV. Bien que nsP3 joue un rôle central dans plusieurs fonctions virales, ses mécanismes d’action restent mal compris. Leur élucidation pourrait révéler de nouvelles cibles pour des stratégies antivirales innovantes.
Le projet CHICAGO vise à décrypter les mécanismes moléculaires et cellulaires de la réplication et de la pathogénèse du CHIKV, en se concentrant sur la protéine multifonctionnelle nsP3. S’appuyant sur des découvertes majeures du consortium, il repose sur la conviction que des avancées fondamentales sont essentielles pour développer de nouvelles stratégies antivirales et vaccinales.
D’une durée de 36 mois, CHICAGO est structuré en cinq partie complémentaires (WP) :
WP1 : Définir l’architecture et la dynamique du CR par cryo-microscopie électronique.
WP2 : Caractériser la composition et la fonction des alphagranules par imagerie haute résolution, protéomique et transcriptomique.
WP3 : Étudier leur architecture par cryo-tomographie in situ et leur rôle dans l’assemblage des nucléocapsides virales.
WP4 : Déchiffrer le rôle de FHL1 dans l’infection CHIKV et la pathogénèse musculaire via des modèles murins.
WP5 : Explorer les interactions entre nsP3 et les facteurs de l’hôte moustique modulant la compétence vectorielle.
CHICAGO apportera des connaissances majeures sur la biologie du CHIKV, en établissant les bases structurales et fonctionnelles du CR et en explorant le rôle central de nsP3. Le projet posera ainsi les fondations conceptuelles et moléculaires pour des thérapies antivirales nouvelles et des interventions ciblées sur les vecteurs. En cohérence avec la feuille de route scientifique de l’ANRS-MIE, CHICAGO réunit un consortium d’excellence à l’expertise complémentaire et au solide historique collaboratif.