Une part importante des patients du COVID-19 conserve des symptômes plus de 3 mois après l’infection initiale par le SARS-CoV-2. Ces symptômes persistants ou réémergents sont variés, avec une prédominance d’asthénie, d’altérations cognitives, et de dyspnée. La persistance de ces symptômes invalidants définit le syndrome de COVID Long, qui est maintenant considéré comme un réel problème de santé publique. Or, l’étiologie du COVID Long demeure inconnue. Nous testerons l’hypothèse qu’une réponse T antivirale inefficace sous-tend le COVID Long. Le rationnel est qu’une immunité T sous-optimale pourrait faciliter la persistance virale, et que le virus résiduel pourrait à son tour induire un dommage localisé dans les tissus et y causer une inflammation persistante.
L’étude comprendra une analyse approfondie des réponses T spécifiques du SARS-CoV-2, des marqueurs inflammatoires circulants, et de la charge virale résiduelle chez les participants de la cohorte COVID Long PERSICOR. Les patients ont déjà été recrutés par l’équipe clinique de D. Salmon-Ceron (Equipe B). Les analyses principales porteront sur un groupe de patients avec COVID long séropositifs (n=25) comparés à des convalescents avec un COVID résolu (n=25). Une analyse exploratoire sera également menée sur des patients avec COVID long séronégatifs (n=25), les données préliminaires montrant que ces patients ont parfois des réponses T antivirales faibles mais détectables. Un 4ème groupe de volontaires non-infectés (n=15) a également été inclus pour déterminer le niveau de réponses T préexistantes liées à une réactivité croisée avec les coronavirus du rhume.
Nous comparerons tout d’abord l’amplitude et l’état de différentiation des réponses T, en stimulant les PBMC avec des pools de peptides correspondant à 5 protéines du SARS-CoV2 et en analysant la productions de cytokines intracellulaires sur un cytomètre spectral (n=37 paramètres). Nous déterminerons en particulier si les réponses T folliculaires helper sont déficientes, ce qui pourrait expliquer une maturation insuffisante de la réponse anticorps.
Dans le second objectif, nous générerons des lignées T CD4+ primaires spécifiques d’épitopes immunodominants du SARS-CoV-2, car ce test sensible permet de révéler des réponses faibles, et pourrait aider ainsi à documenter l’infection dans le groupe de patients séronégatifs. La sensibilité à l’antigène des cellules T CD4+ spécifiques sera analysée, pour tester la possibilité d’une altération qualitative plus que quantitative de la réponse antivirale. Pour évaluer l’efficacité de la réponse T au niveau moléculaire, nous séquencerons les récepteurs T (TCRs) spécifiques du peptide le plus immunodominant, et déterminerons si l’avidité fonctionnelle des TCRs dominants est diminuée dans le COVID Long.
Dans le troisième objectif, nous évaluerons les marqueurs de l’inflammation résiduelle, principalement par une analyse protéomique des sérums de patients, ce qui pourrait mener à l’identification de nouvelles signatures protéiques associées au COVID Long. La charge virale sera évaluée sur les sérums et les prélèvements nasopharyngés à l’aide d’une technique sensible de PCR digitale en gouttelettes (ddPCR) mise en œuvre par l’équipe d’H. Péré (Equipe C). Une analyse intégrée de ces différents paramètres aidera à déterminer si des réponses T inefficaces corrèlent avec une inflammation résiduelle et une persistance virale. La comparaison d’échantillons obtenus avant et 3 mois après la vaccination pour les réponses T, l’inflammation, les paramètres viraux, et les symptômes sera informative sur l’effet bénéfique ou délétère de la vaccination dans le COVID Long, ce qui demeure une question d’actualité.
L’étude PERSICOT clarifiera la nature de la réponse antivirale T dans le COVID Long, qui reste peu connue. Si l’hypothèse d’une réponse T inefficace associée à une inflammation persistante est confirmée, ces données aideront à orienter la prise en charge du COVID Long, en fournissant un rationnel pour booster les réponses T spécifiques du SARS-CoV-2 par la vaccination ou l’immunostimulation.