L’OMS et l'ONUSIDA ont appelé à mettre fin à l’épidémie du VIH/Sida pédiatrique d'ici 2030. Alors que de nombreux pays continuent de progresser vers l’atteinte de cet objectif au sein de la population adulte, les enfants (âgés de 0 à 14 ans), adolescents (âgés de 10 à 19 ans) et jeunes adultes (âgés de 15-24 ans) vivant avec le VIH (EAVVIH) accusent un retard important. Nous faisons l’hypothèse que ce constat s’explique principalement par l’invisibilité de cette population pédiatrique, et l’absence d’interventions adaptées. Les EAVVIH constituent une population complexe et hétérogène d’un point de vue épidémiologique. Cette population est constituée d'enfants vivant avec le VIH depuis la période péri/postnatale et vieillissant jusqu'à l'adolescence, à laquelle s’ajoutent les adolescents et jeunes adultes nouvellement infectés horizontalement par le VIH au cours de l'adolescence, dont les jeunes populations clés et les jeunes femmes, touchées de manière disproportionnées par l’épidémie. Pour atteindre l'objectif des « 95-95-95 », ciblant 95% des enfants vivant avec le VIH identifiés, 95% de ceux identifiés sous traitement et 95% de ceux traités en succès virologique, il est essentiel pour chacun des pays de connaitre l’ampleur de l’épidémie et définir les différents dénominateurs des populations cibles. La modélisation s'avère être un outil pragmatique et joue un rôle important pour mieux comprendre la dynamique des épidémies et pour planifier et évaluer les interventions de prévention.
L’objectif principal de notre projet est d’améliorer la précision des indicateurs VIH pédiatriques en Afrique de l’Ouest et du Centre. Pour y arriver, notre équipe développera un modèle de simulation novateur et interactif, qui pourrait être facilement utilisé par les planificateurs de programmes en santé dans trois pays clés : la Côte d’Ivoire, le Togo et le Cameroun.
Le projet s'appuiera sur les collaborations existantes dans chacun des trois pays et sera construit en lien avec les programmes nationaux. Nous établirons un « groupe de travail modélisation du VIH chez les enfants, adolescents et jeunes adultes », constitués de chercheurs, épidémiologistes et acteurs des programmes locaux, afin d'examiner les données disponibles et fournir des recommandations sur l’interprétation et l’utilisation de celles-ci. Le modèle que nous proposons sera un modèle de transition d'états, dépendant du temps. Il simulera distinctement les différentes populations : jeunes filles, et jeunes hommes à « faible risque », hommes ayant du sexe avec les hommes, les travailleuses du sexe, et leurs clients. Il prendra en compte les mouvements entre populations, ainsi que la transmission inter et intra populations et leur dynamique spatiale. Nous projetterons sur la période 2020-2030 le nombre d’EAVVIH ainsi que la part attribuable à chacune des sous populations, et selon s’ils aient été diagnostiqués, s’ils ont initié un traitement antirétroviral et s’ils sont en suppression virologique. Notre évaluerons l’impact d’interventions existantes (par exemple, le diagnostic précoce avant l’âge de 2 mois) et l’impact du passage à l’échelle de nouvelles interventions, dont la prophylaxie préexposition pour les adolescents et les antirétroviraux à action prolongée. Enfin, nous conduirons plusieurs analyses de sensibilité pour évaluer l'impact de différentes sources d'incertitude sur les résultats du modèle calibré, ce qui nous permettra d’identifier quels paramètres sont les plus sensibles et donc les besoins en production de données pour la recherche. Enfin, nous développerons une application web, accessible en ligne, servant d’interface dans laquelle les programmes pourront sélectionner leur pays et insérer les paramètres propres à leur contexte.
A travers ce projet, nous proposons de tirer parti de l'expérience de chacune des équipes pour faire progresser la modélisation de l'épidémie de VIH chez les enfants, adolescents et jeunes adultes en Afrique de l’Ouest et du Centre et contribuer à l'élaboration de politiques de santé efficaces et efficientes, permettant à la région de rattraper son retard dans la lutte contre le VIH/sida.
Demandeur
DESMONDE Sophie / NIANGORAN Serge
Type de financement
Projet de recherche