Dernière mise à jour le 04 juin 2026
Le Groupe de Travail « Infodémie et crises épidémiques » a été mis en place en septembre 2024, initialement dans le contexte de la recrudescence de l’épidémie de mpox en RDC et dans les pays limitrophes, avec une volonté d’élargir son périmètre de réflexion aux autres crises épidémiques.
Ses objectifs sont :
Le GT s’est réuni à un rythme mensuel depuis sa création.
L’originalité du GT réside notamment dans la diversité :
Les premières réunions du GT, qui avaient pour objectif de partager les expertises pour favoriser l’acculturation au sein du groupe, ont consisté en la présentation de travaux de recherche d’experts issus de différentes disciplines. Ces présentations étaient suivies de temps d’échanges qui ont favorisé la coordination d’une réflexion autour de l’infodémie et des crises épidémiques, en vue de concevoir un projet de recherche innovant et multidisciplinaire.
Les réflexions peuvent aboutir à la conception d’études ou au dépôt de projets de recherche lors des appels à projets de l’ANRS MIE.
Parmi eux, l’étude PADMEN (pour « Propagation et Analyse des Discours le Métapneumovirus humain dans l’Ecosystème Numérique »). Cette étude de cas socio-anthropologique se propose d’explorer comment se construit et se propage l’information sur le virus respiratoire métapneumovirus humain (HMPV) au sein de l’espace public numérique afin de cartographier les discours et les sources d’influence de cette information. Cette étude a été réalisée sur les mois de janvier et février 2025.
D’autres perspectives de travaux de recherche s’ouvrent au GT Infodémie suite à la campagne de vaccination contre le chikungunya à La Réunion mais également, dans le cadre de l’appel à projets 2025 du PEPR MIE. C’est notamment le cas d’un projet de recherche hybride, intitulé INFODEM-EARLY. Celui-ci mêle enquête anthropologique, formation à la méthode d’entretien emphatique de réfutation et développement d’outils d’anticipation des infodémies, notamment lors des campagnes vaccinales contre le chikungunya à La Réunion et Mayotte.
Le GT réunit une trentaine d’experts et expertes issus de plusieurs disciplines : anthropologie, sociologie, psychologie, épidémiologie, infectiologie, sciences de l’information et de la communication, sciences des données, communication.
Ces experts proviennent d’institutions variées : établissements d’enseignement supérieur ou organismes de recherche scientifique (EHESS, Université de Zurich, UCAD, INSERM, Institut Pasteur, IRD, CNRS, etc.), des centres hospitaliers, des agences de santé (OMS, Santé Publique France, Expertise France, etc.) et des ONG en France et dans les PRFI.
La diversité géographique du GT est également à souligner, avec des membres en Europe (France et Outre-Mer, Suisse) et en Afrique (Burkina Faso, Sénégal, RDC, Côte d’Ivoire, Cameroun, Guinée).
Romy Sauvayre est sociologue, maître de conférences en sociologie à l’université Clermont Auvergne et au CNRS (LAPSCO).
Léonard Heyerdahl est chargé de recherche expert en sciences sociales computationnelles à l’Institut Pasteur.
Romy Sauvayre : Dans l’histoire des sociétés, la diffusion de l’information a toujours cohabité avec la manipulation de l’information. L’infodémie est donc ce qu’on peut appeler un invariant social. Ce qu’il y a aujourd’hui de nouveau, c’est la diffusion de l’information : plus rapide, plus abondante et à une portée bien plus grande. De plus, le fonctionnement algorithmique des réseaux sociaux nourrit un phénomène d’adhésion qui facilite le partage d’une fausse information, avant même qu’elle ait eu le temps d’être vérifiée par un tiers.
Léonard Heyerdahl : Outre la surabondance, ce qui caractérise également les infodémies actuelles, ce sont les nouvelles formes de distribution de l’information (fausses, justes, incertaines) : la multiplication des vecteurs d’information grâce aux réseaux sociaux, la présence grandissante d’acteurs de désinformation et la vague de contenus générées par intelligence artificielle. Toutes contribuent au phénomène et, notamment, à renforcer le problème central de la confiance envers les acteurs scientifiques, les décideurs et les stratégies de lutte contre les épidémies.
R.S. : Chaque nouvelle découverte ou information scientifique s’accompagne de son lot de rumeurs. Pour faire face à cette défiance envers la science, il est nécessaire de s’outiller pour mieux reconnaître les signaux d’une infodémie et apprendre à faire efficacement le tri dans le flux d’informations.
L.H. : Avant tout, il ne faut pas succomber à la tentation de vouloir contrôler l’information, dont l’un des effets délétères serait d’apporter une justification supplémentaire à la méfiance envers les pouvoirs publics. Par ailleurs, le recours au « fact-checking » n’est pas toujours utile. Il ne règle ni le problème de confiance (envers celle ou celui qui vérifie l’information, en l’occurrence) ni d’endiguer la surabondance de nouvelles fausses informations en circulation. Des approches préventives, comme le « pre-bunking », participeront sans doute davantage à apprendre collectivement à reconnaître et contrer les fausses informations au fil du temps.
R.S. : Jusqu’à présent, les experts du GT Infodémie étaient là pour répondre aux sollicitations de l’ANRS MIE en cas d’épidémie. Notre but est désormais de gagner en autonomie, à la fois en continuant de monter des projets de recherche mais également en développant la recherche-action, en fournissant des outils et des indicateurs aux pouvoirs publics afin de les aider à mieux intervenir en cas d’infodémie.
L.H. : Notre objectif est d’aller plus loin dans la mutualisation des connaissances, des regards et des outils, sous la forme d’un premier observatoire des infodémies en santé. L’enjeu est de taille : les infodémies représentent un risque systémique qui érode la confiance des publics et, in fine, notre capacité collective à faire face aux épidémies et autres risques sanitaires émergents.