La peste, maladie infectieuse causée par Yersinia pestis, que l’on trouve habituellement chez les rongeurs et les puces qui les parasitent, est mortelle pour l’être humain.
Dernière mise à jour le 14 octobre 2026
La peste est à l’origine de trois pandémies majeures au cours de l’histoire de l’humanité. La première, la « peste de Justinien », est partie probablement d’Afrique centrale et toucha le pourtour du bassin méditerranéen au VIe siècle.1 La maladie arrive en Europe occidentale en Illyrie et en Espagne en 542, via Constantinople et Carthage, puis en Italie et à Marseille en 543.2 Cette peste se maintient durant deux siècles, se développant en quinze poussées jusqu’en 767.2 Son expansion géographique est toujours limitée, ne s’étendant pas vers l’intérieur des terres, sa pénétration se faisant au long des axes fluviaux.2
La maladie quitte l’Occident pendant six siècles, sans que l’on puisse en connaître les raisons.2
Elle revient brutalement au Moyen-Age. Partie d’Asie centrale, elle atteint la Crimée et les comptoirs génois en 1347.2 Les Génois l’emportent avec eux à Constantinople. En 1347 et 1348, la « peste noire » se propage sur le pourtour du bassin méditerranéen.2 Bientôt, l’intérieur de l’Europe est touché.1-3 En un an, elle traverse l’Italie, l’Espagne et la France. En deux ans, elle atteint la Grande-Bretagne. L’Allemagne est touchée en 1350. Elle gagne les contrées les plus nordiques : en 1352, elle est à Moscou. En cinq années, elle a ravagé l’Europe entière.2 Elle aura provoqué la mort de plus de 50 millions de personnes.4 La peste s’installe pour 400 ans, réapparaissant par poussées périodiques.2 Elle s’affaiblit au cours du XVIIIe siècle, frappe Marseille en 1720-1721, resurgit en 1799 au sein de l’armée d’Egypte menée par Bonaparte, et éclate pour une dernière fois à Constantinople en 1839.2
La troisième pandémie est partie de Hongkong en 1894.2,5 La peste était, en réalité, déjà présente en Chine depuis le milieu du siècle.2 Elle va s’étendre au monde entier, aidée en cela par un trafic maritime plus intense et plus rapide qu’auparavant.2 L’Amérique, l’Afrique, Madagascar, l’Australie et la Japon, jusqu’alors épargnées, sont touchées.2 La maladie ne parviendra pas à s’étendre en Europe, ne provoquant qu’un nombre restreint de décès.2 La troisième pandémie durera de 1894 à 1945.2
De l’Antiquité aux temps modernes, la peste a causé environ 200 millions de morts dans le monde.6 Elle n’a jamais pu être éradiquée.1
C’est en 1894 que le bactériologiste Alexandre Yersin, de l’Institut Pasteur, découvrit l’agent responsable de la peste, la bactérie Gram-négative Yersinia pestis, lors de l’épidémie de peste à Hong Kong.3 Y. pestis a pu être détectée depuis dans des restes humains remontant à la pandémie ayant sévi à l’époque de Justinien au VIe siècle.5 En 1898, à Karachi, Paul-Louis Simond démontra que la puce était responsable de la transmission du bacille entre mammifères.6
La peste demeure endémique dans 25 pays :3 3 248 cas ont été recensés dans le monde de 2010 à 2015, dont 584 (18 %) cas mortels.7
Les trois principaux pays d’endémie sont actuellement Madagascar, la République Démocratique du Congo et le Pérou.4,6,8 La dernière épidémie majeure de peste s’est produite à Madagascar en 2017, avec 2 417 cas suspects, probables ou confirmés et 209 décès.9
Les derniers cas de peste ont été identifiés en France en 1945.8 Cependant, la proximité de Mayotte et de la Réunion avec Madagascar implique une surveillance particulière de ces départements de l’Océan Indien.10
La bactérie Gram-négative Yersinia pestis est une bactérie intracellulaire facultative. Cette entérobactérie est apparue il y a moins de 6 000 ans.3 Sa pathogénicité repose notamment sur des protéines de la membrane externe, ou Yops (Yersinia outer-membrane proteins), qui modulent la réponse immunitaire des cellules infectées.3
Les réservoirs naturels de Y. pestis comprennent différentes espèces de rongeurs sauvages et commensaux, dont le rat noir (Rattus rattus), qui joue un rôle majeur dans certains foyers. Leur sensibilité à l’infection varie : certains présentent une infection asymptomatique, tandis que d’autres développent une maladie pouvant être mortelle.11
Les hôtes naturels peuvent rester contagieux pendant longtemps, mais les rongeurs commensaux meurent généralement rapidement et sont contagieux pendant la durée de leur maladie.11
La transmission à l’humain se fait principalement par la morsure de puces infectées, plus rarement par contact direct avec la bactérie (tissus infectés, ingestion de viande contaminée).4,11
La transmission interhumaine peut se faire par inhalation de gouttelettes respiratoires ou par contact direct à l’occasion d’un contact rapproché avec un malade.8 Un contact étroit, de moins de deux mètres, avec un malade atteint de peste pulmonaire est nécessaire pour être contaminé par voie respiratoire.12 Le risque de transmission augmente avec l’atteinte du parenchyme respiratoire, pouvant atteindre un maximum dans les stades avancés voire peu avant le décès.11 Il n’a pas été rapporté de cas de transmission interhumaine survenant avant l’apparition des symptômes.13
Le meilleur moyen est d’identifier Y. pestis dans un échantillon de pus provenant d’un bubon, dans le sang ou dans les expectorations.4 Plusieurs méthodes permettent un diagnostic :12
Ces approches peuvent être complétées par des méthodes de confirmation plus lentes telles que l’isolement de la souche par culture à partir d’échantillons de sang15 et l’analyse sérologique par ELISA.11
Plusieurs tests moléculaires sont actuellement en développement. Parmi eux, les approches de PCR quantitative multiplex (qPCR multiplex) permettent de limiter la détection croisée d’autres entérobactéries tout en étant réalisables en quelques heures.3 Une étude récente ciblant quatre gènes de Y. pestis a été menée sur des échantillons sanguins échantillons artificiellement enrichis en ADN de Y. pestis, sans validation clinique à ce stade.16 Des méthodes d’amplification isothermes sont également développées.17 Parallèlement, des instruments de qPCR décentralisables sont testés pour la détection de Y. pestis.18
La peste se présente sous trois formes cliniques : la peste bubonique, la peste pulmonaire et la peste septicémique.
La peste peut être mortelle chez l’être humain mais le traitement antibiotique est efficace dans la majorité des cas s’il est administré précocement.8 Pour les formes buboniques, l’antibiothérapie repose sur l’utilisation de cyclines ; pour les formes pulmonaires, sur l’utilisation de fluoroquinolones ou aminosides.12 Des isolats résistants aux antibiotiques ont été identifiés, mais leur prévalence demeure très faible.19
Dans le cas de la peste bubonique, l’application de glycérine sur le bubon procure un effet antalgique.12 Avec un traitement antibiotique approprié, la mortalité de cette forme est proche de 15 %. Avec un traitement antibiotique et réanimatoire adapté, la mortalité de la forme septicémique serait proche de 40 à 50 %.8
Les formes avancées de peste évoluent généralement vers un choc septique et un syndrome de défaillance multi-viscérale nécessitant des soins de support et une prise en charge en réanimation. On estime que la fin de la contagiosité se situe à 48/72h du début du traitement antibiotique.
Des approches thérapeutiques en cours de développement utilisent des anticorps monoclonaux ciblant la protéine F120,21 ou la protéine V,22 impliquée dans les mécanismes de virulence. Ces anticorps ont été testés avec succès sur des modèles murins.23 Ils ont l’avantage d’offrir une alternative thérapeutique face à de rares et potentielles souches antibiorésistantes. Ces anticorps n’ont toutefois pas été testés sur des primates.
Plusieurs vaccins ont été approuvés dans diverses régions du monde au cours des dernières décennies. Les vaccins historiques à germes entiers inactivés ne constituent plus une option immédiatement disponible.
En Occident, deux vaccins ont été utilisés : un vaccin américain, dont la production a cessé en 1999, et un vaccin australien, dont l’autorisation a été maintenue jusqu’en 2005.24 Leur réactogénicité*, la nécessité d’injections répétées et leur protection insuffisante contre la peste pulmonaire ont conduit à ces retraits. Les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) confirment qu’aucun vaccin contre la peste n’est actuellement disponible aux États-Unis.25
D’autres vaccins vivants atténués dérivés de la souche EV76, notamment EV76-NIIEG, restent en revanche utilisés dans certains pays (Russie, Kazakhstan, Mongolie). Leur efficacité clinique reste insuffisamment caractérisée selon les normes actuelles. Ces vaccins n’ont pas été approuvés dans l’Union européenne et aux Etats-Unis.23
La position générale de l’OMS, qui réserve la vaccination aux groupes à haut risque tels que les personnels de laboratoire et professionnels de santé exposés au risque de contamination4 sans désignation de vaccin,11 ne vaut pas recommandation pour l’utilisation des vaccins EV76
En situation d’épidémie, la réponse repose principalement sur le diagnostic et le traitement précoces, l’antibioprophylaxie des contacts et les mesures de contrôle de la transmission, comme ce fut le cas lors de la dernière épidémie d’ampleur survenue en 2017 à Madagascar.26
Les candidats vaccins les plus avancés ciblent généralement deux antigènes de Y. pestis : F1, une protéine de la capsule bactérienne, et la protéine V, également appelée LcrV. Leur association permet de cibler plusieurs mécanismes de l’infection. Cibler l’antigène V présente l’intérêt de conférer une protection contre des souches qui, dans certaines circonstances, n’expriment pas F1 et échappent ainsi à une réponse immunitaire dirigée uniquement contre cet antigène.
En septembre 2024, on recensait plus de 21 candidats vaccins au stade préclinique et 6 avaient atteint le stade de l’évaluation clinique (trois en phase I et trois en phase II).24 Actuellement, aucun vaccin ne se trouve en phase III ou IV, à l’exception du vaccin atténué EV76-NIIEG en phase 4 en Russie.24
Parmi les candidats au stade préclinique, plusieurs plateformes ainsi que des vaccins atténués de nouvelle génération ont été testées dans des modèles murins de peste pulmonaire.24 On peut citer :
Les trois candidats n’ayant pas dépassé une phase I sont issus d’approches différentes mais seul le ChAdOx1 Plague d’Oxford vaccine Centre semble encore actif. ChAdOx1 Plague utilise un adénovirus simien non réplicatif pour exprimer F1 et V. Une première phase I a été lancée à Oxford en juillet 2021 chez 40 adultes et une phase I a également été conduite en Ouganda. L’université d’Oxford rapporte des résultats encourageants de tolérance et d’immunogénicité.29
Les candidats en phase II sont des vaccins sous-unitaires à base de protéines recombinantes associant les antigènes F1 et V de Yersinia pestis. Deux candidats sur les trois sont développés autour du même produit (rF1V-1018) :
* Propriété d’un vaccin de produire des réactions indésirables sous forme d’une réponse immunologique excessive
L’ANRS MIE soutient la recherche sur la peste. A travers les appels à projet ANRS MIE « programme Emergence pays à ressources faible et intermédiaire (PRFI) » et le PEPR Maladies Infectieuses Emergentes, trois projets ont été récemment financés sur la compréhension du risque d’émergence et le diagnostic :