TRANSCOV : Transferts médicaux pour réduire la charge des soins intensifs

Les résultats de la cohorte TRANSCOV constituée de patients atteints de COVID-19 sévère suggèrent que les transferts médicaux massifs pourraient être la meilleure stratégie pour éviter de surcharger les services de première ligne.

Dernière mise à jour le 30 novembre 2025

L’essentiel

  • Au cours de la première vague de COVID-19, des transferts de patients sévèrement atteints vers des unités des unités de soins intensifs éloignés avaient été réalisés pour alléger la prise en charge des zones en souffrance. On avait alors observé une mortalité plus faible chez ces individus par rapport à des patients non transférés.
  • Cette mortalité plus faible était-elle uniquement le reflet de la sélection de patients à meilleur pronostic ? L’étude de cohorte TRANSCOV a été menée pour éclaircir ce point. Ses résultats sont parus dans le numéro du 10 septembre 2025 de Chest.
  • La cohorte TRANSCOV a été classée comme priorité nationale de recherche par le Comité national d’orientation des essais thérapeutiques et autres recherches sur la COVID-19 (CAPNET). Elle a reçu les financements de la DGS du ministère de la Santé, du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, et de l’ANRS MIE.

Le contexte

Début mars 2020, la première vague de la pandémie de COVID-19 frappait brutalement certaines régions de France, en particulier l’Est et la région parisienne. Le nombre élevé de patients gravement atteints avait submergé les capacités des unités de soins intensifs, entraînant un taux d’occupation des lits supérieur à 200 % et une surreprésentation des patients atteints d’une forme grave de COVID-19 (plus de 90 % dans certaines unités de soins intensifs).1

Pour alléger les services, il avait alors été décidé de transférer certains patients vers des unités de soins intensifs plus éloignées, situées dans des zones encore non affectées par la pandémie. Les premières études s’intéressant à ces transferts avaient constaté une diminution de 3 à 4 fois de la mortalité mais n’avaient cependant pas permis de déterminer dans quelle mesure le bénéfice du transfert était dû à la sélection de patients atteints d’une forme moins grave de COVID-19, et donc plus susceptibles de supporter les conséquences d’un transfert sur une longue distance.2-4

Le but de l’étude et sa méthodologie

L’étude de cohorte TRANSCOV est une étude rétrospective, multicentrique, impliquant les unités de soins intensifs des hôpitaux d’origine et les unités de soins intensifs des hôpitaux de destination (en France et dans des pays voisins). L’analyse publiée dans CHEST implique 285 patients atteints de COVID-19 sévère transférés dans des unités de soins intensifs éloignées et 667 patients témoins (non transférés, mais qui auraient pu être éligibles au transfert) admis simultanément dans la même unité de soins intensifs d’origine. Le transfert a été réalisé entre le 13 mars 2020 et le 10 avril 2020.

Le but de l’étude était de comparer l’évolution de la condition des patients transférés à celle du groupe témoin « éligible » à un transfert de longue distance.

Les données à disposition comprenaient :

  • Les caractéristiques sociodémographiques
  • Les facteurs de risque et les comorbidités
  • Les scores de l’échelle de Knaus (autonomie) et de l’échelle clinique de fragilité (CFS) pour évaluer l’état fonctionnel et le niveau de santé général des patients avant leur admission
  • L’état des patients à leur admission en soins intensifs sur la base du score simplifié de physiologie aiguë II (SAPS II)
  • L’étendue des lésions pulmonaires (scanner)
  • Les paramètres de ventilation et les résultats du premier test de gazométrie artérielle
  • La présence de certains évènements cliniques et thérapeutiques durant le séjour en soins intensifs : choc ; lésion rénale aiguë ; évènements thromboemboliques ; convulsions ; délire ; troubles psychiatriques ; faiblesse acquise en réanimation ; infections nosocomiales ; recours à la curarisation, à l’oxygénation par membrane extracorporelle (ECMO), à la position ventrale (et nombre de séances en position ventrale, le cas échéant) et à la trachéotomie

Résultats de l’étude

L’âge et les comorbidités étaient identiques entres les deux groupes de patients. Les résultats ont montré une mortalité à 28 jours sept fois plus faible parmi les individus transférés que chez les patients non transférés du groupe contrôle. Bien que minimisée dans cette étude par le choix d’un groupe témoin éligible, un meilleur pronostic chez les patients transférés explique sans doute en partie ce contraste. Une seconde explication, privilégiée, est que l’avantage des transferts provient du fait de sortir les patients d’un environnement clinique surpeuplé. Les patients transférés bénéficient alors d’une meilleure prise en charge dans des unités de soins moins surchargées.

Conclusion

Les transferts massifs représentent une option appropriée pour répondre à une situation de surcharge aiguë et localisée des unités de soins intensifs.

Nos résultats suggèrent que les transferts de masse organisés le plus tôt possible, peut-être simultanément ou même avant qu’il n’y ait débordement des unités de soins intensifs, pourraient être la meilleure stratégie pour éviter de surcharger les services de première ligne.

Références

  1. Collange O, et al. ICU reorganisation to face the first COVID-19 epidemic wave in a tertiary hospital. Anaesth Crit Care Pain Med 2020;39(6):731-732
  2. Sanchez M-A, et al. Impact of ICU transfers on the mortality rate of patients with COVID19: insights from comprehensive national database in France. Ann Intensive Care 2021;11(1):151
  3. Guillon A, et al. Inter-regional transfers for pandemic surges were associated with reduced mortality rates. Intensive Care Med 2021;47(7):798-800
  4. Painvin B, et al. Inter-hospital transport of critically ill patients to manage the intensive care unit surge during the COVID-19 pandemic in France. Ann Intensive Care 2021;11(1): 54

Notre sélection

Communiqués de presse

Covid long : des symptômes persistants des mois après la première vague

Plusieurs mois après avoir été infectés par le SARS-CoV-2, des symptômes persistent chez une partie des patients.

14 avril 2022

Communiqués de presse

Mobilisation de la recherche contre le Covid long : un premier appel sélectionne huit projets et une nouvelle session bientôt lancée

L’ANRS | Maladies infectieuses émergentes, en lien avec le ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, le ministère des Solidarités et de la Santé et en partenariat avec la Fondation pour la Recherche Médicale (FRM), a lancé un appel à projets en deux…

02 février 2022