L’ANRS Maladies infectieuses émergentes reste mobilisée dans sa lutte contre le VIH/sida dans un contexte global en crise.
Dernière mise à jour le 05 décembre 2025
En 2024, 40,8 millions de personnes vivaient avec le virus dans le monde (630 000 sont mortes de maladies liées au sida). Cette même année, 1,3 million de nouvelles infections avaient lieu, et 9,2 millions de personnes n’avaient pas accès au traitement.1,2
En France, c’est environ 200 000 personnes qui vivaient avec le VIH.3 Chaque année, quelque 5 000 personnes découvrent leur séropositivité pour le virus du sida, un chiffre en diminution depuis 2012.3,4
Des progrès majeurs ont été réalisés en termes de prévention, de diagnostic, de traitements et de soins, transformant l’infection à VIH en maladie chronique gérable.5 Cependant, dans la plupart des pays, la couverture pour lutter contre le VIH est insuffisante et les services destinés aux populations clés sont de mauvaise qualité.6 L’accès aux services pour les populations clés permet d’avoir un impact sur l’infection à VIH. La stigmatisation, la discrimination, la criminalisation, les politiques restrictives, la violence et les autres atteintes aux droits humains doivent être éliminés pour améliorer la situation et créer des environnements favorables.6
En France, l’incidence des contaminations par le VIH ne diminue plus et s’est stabilisée depuis 2023.3 Dans l’objectif d’élimination de l’infection par le VIH fixé par la stratégie nationale de santé sexuelle, les efforts se doivent d’être poursuivis pour mieux répondre aux besoins des populations et des territoires les plus exposés.3
L’OMS, le Fonds mondial et ONUSIDA ont tous élaboré des stratégies mondiales de lutte contre le VIH visant à mettre fin à l’épidémie de VIH à l’horizon 2030.5 Les objectifs « 95-95-95 »* fixés par ONUSIDA pour mettre fin à la transmission du VIH au niveau mondial devaient être atteints d’ici 2025. D’après l’OMS, ces pourcentages étaient respectivement de 87 %, 89 % et 94 % en 2024.5
En France, les nombreux progrès dans la lutte contre l’infection ont conduit à atteindre les valeurs de 94 %, 96 % et 97 % en 2023.3 Malgré ces résultats positifs, on ne constate cependant plus de diminution de l’incidence des contaminations depuis 2023.3
Le contexte s’est par ailleurs assombri en 2025 avec la diminution des ressources financières allouées à la lutte contre le VIH, et par là-même la perspective de mettre fin à l’épidémie de VIH à l’horizon 2030. Près de 90 % du financement mondial des médicaments contre le VIH provenait historiquement des États-Unis. Depuis l’arrivée au pouvoir du président Trump, l’avenir des programmes de santé internationaux est incertain. Les investissements dans la lutte contre le VIH ont également diminué en Europe.7
D’après l’OCDE, l’aide sanitaire extérieure devrait chuter de 30 à 40 % en 2025 par rapport à 2023, provoquant une perturbation immédiate et encore plus grave des services de santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire.1 Plus précisément, ce sont les services de prévention qui ont été les plus durement touchés.1
L’échec à atteindre les objectifs mondiaux de 2030 pourrait entraîner 3,3 millions de nouvelles infections supplémentaires par le VIH entre 2025 et 2030.1
Nous nous trouvons donc dans un tournant décisif de la lutte contre le VIH : « Les outils scientifiques sont à portée de main, mais sans financement adéquat, ces avancées resteront confinées aux laboratoire » (Yazdan Yazdanpanah).
Face à ce constat, une coalition internationale réunissant chercheurs, patients et bailleurs de fonds a appelé à investir davantage dans la recherche sur les médicaments contre le VIH.
Pour en savoir plus, lire notre actualité.
* 95 % des personnes infectées par le VIH diagnostiquées ; 95 % des personnes diagnostiquées sous traitement antirétroviral ; 95 % des personnes traitées avec succès, avec une charge virale durablement indétectable pour ne plus transmettre le VIH
Une dépendance aussi importante vis-à-vis des Etats-Unis en termes de recherche et d’interventions sur le VIH n’est pas normale. Cela veut dire qu’il y avait un problème avec notre écosystème.
Ces changements dans le paysage des bailleurs font de la recherche d’un remède contre le VIH une nécessité urgente. Plusieurs domaines prometteurs sont investigués : le système d’édition génomique CRISPR-Cas9 pour modifier les cellules immunitaires ou le génome viral, les vaccins thérapeutiques, ou la purge des réservoirs cellulaires contenant le virus dans un état latent.7
En attendant le remède contre le VIH, la prévention a toute son importance. À cet égard, l’approbation cette année par la FDA du lenacapavir est une étape cruciale dans la lutte contre le VIH. Ce traitement injectable deux fois par an est capable de prévenir très efficacement l’infection. Par-delà les défis logistiques et économiques liés à la mise en place de cette nouvelle prophylaxie pré-exposition (PrEP), ce traitement représente un espoir pour des millions de personnes exposées.
Relisez la tribune que lui ont consacré en juin 2025 Yazdan Yazdanpanah, directeur de l’ANRS MIE, et Jean-Michel Molina d’Université Paris Cité et de l’AP-HH.
Notre priorité, c’est de trouver un traitement qui guérit. Nous n’en sommes qu’au début de la recherche.
Les coupes budgétaires de l’aide internationale ont fortement perturbé la riposte mondiale au VIH en 2025, affectant les programmes de traitement et de prévention dans le monde entier. L’ANRS MIE a continué, toutefois, de jouer un rôle central dans la coordination et le financement de la recherche sur le VIH/sida.
En cette Journée mondiale de lutte contre le sida, nous avons voulu porter l’éclairage sur quelques projets phares de notre action.
Le consortium ANRS Rhiviera existe depuis 2014. C’est un projet multidisciplinaire qui a pour objectif de comprendre les mécanismes gouvernant l’établissement du réservoir viral et de développer de nouveaux outils et stratégies dans la recherche d’une rémission durable de l’infection au VIH. Les recherches menées s’appuient sur une combinaison de recherche fondamentale et clinique, ainsi que sur des cohortes uniques de personnes infectées par le virus.
Parmi les dernières actualités du consortium cette année, retrouvez les travaux mettant en évidence un nouveau mécanisme de blocage post-transcriptionnel dans l’export nucléocytoplasmique de l’ARN du VIH-1, un mécanisme pouvant être d’importance dans la conception de futures thérapies curatives.
En 2003, avec l’enquête VESPA, l’ANRS MIE finançait la première étude représentative nationale s’intéressant aux conditions de vie de personnes vivant avec le VIH (PVVIH) et à leurs besoins sociaux. VESPA arrivait au moment où le caractère chronique de la maladie commençait à apparaître et où les contraintes du suivi, ainsi que celles des traitements, pesaient lourdement sur la vie quotidienne.
En 2025, l’ANRS MIE promeut l’enquête VESPA 3-DROM. Cette enquête menée sur trois ans dans les départements et régions d’outre-mer (DROM) a pour objectif de mieux connaître les conditions de vie des PVVIH dans un contexte où la prévention et la prise en charge du VIH a énormément changé depuis 2011.
Dans un contexte où les programmes d’accès aux antirétroviraux sont fortement menacés, la recherche de nouvelles thérapies contre le VIH est plus que jamais une nécessité urgente.
Cette année, une étude associée à l’étude VISCONTI et à la cohorte PRIMO, soutenues et financées par l’ANRS MIE, a révélé des informations inédites sur les mécanismes immunitaires associés au contrôle du VIH sans traitement antirétroviral. Cette étude, menée chez des « contrôleurs post-traitement », ouvre de nouvelles perspectives pour le développement d’immunothérapies visant la rémission ou la guérison de l’infection par le VIH.
Parmi les actions et dispositifs financés par l’ANRS MIE, le programme « VIH Zéro en Île-de-France en 2030 », en partenariat avec l’Agence régionale de santé Ile-de-France, repose sur un engagement collectif et des actions concrètes.
À l’issue d’un travail collaboratif réunissant associations, soignants, chercheurs et collectivités locales, 25 nouvelles propositions ont été formulées.
L’objectif du programme est d’atteindre d’ici 2030 l’élimination de la transmission du VIH dans la région Île-de-France en agissant sur les disparités sociales et territoriales. Les actions pour y parvenir s’appuient sur trois axes :
Un communiqué de presse commun a été émis à cette occasion en cette Journée mondiale du sida. Retrouvez également le podcast VIH : Objectif zéro transmission en Île-de-France .
Le rapport de l’ONUSIDA, intitulé « Surmonter les perturbations, transformer la riposte au sida », détaille les conséquences profondes des réductions du financement international et du manque de solidarité mondiale, qui ont provoqué une onde de choc dans les pays à revenu faible et intermédiaire fortement touchés par le VIH.