L’ANRS MIE publie la liste des six projets retenus dans le cadre de l’appel à projets « Émergences PRFI » 2025.
Dernière mise à jour le 17 juillet 2026
Cet appel vise à soutenir des projets de recherche collaboratifs entre une équipe française et une équipe issue d’un pays à revenu faible ou intermédiaire (PRFI), autour des enjeux globaux liés aux MIE. Il promeut une approche intégrée, mobilisant des recherches fondamentales, translationnelles, cliniques, en santé publique et en sciences humaines et sociales.
Les priorités thématiques incluent notamment les recherches sur:
L’appel « Émergences PRFI » s’inscrit pleinement dans les missions de l’ANRS MIE, en soutenant une recherche d’excellence, partenariale, à fort impact pour les populations, selon une approche globale.
L’édition 2025 de l’appel « Émergences PRFI » confirme une forte dynamique, avec un nombre stable de projets déposés, illustrant l’engagement soutenu de la communauté scientifique face aux menaces infectieuses. Cette participation témoigne de l’intérêt stratégique d’un dispositif dédié à la recherche sur les MIE dans une logique de partenariat avec les PRFI et répondant aux besoins de co-construction des connaissances, de renforcement des capacités locales et d’action scientifique sur les territoires les plus exposés aux épidémies.
Les six projets lauréats ont été sélectionnés à l’issue d’une évaluation rigoureuse menée par un comité scientifique international, sur la base de leur excellence scientifique, de leur adéquation aux priorités de l’appel et de la qualité du partenariat établi avec les équipes aux PRFI.
Ils se distinguent par :
En soutenant ces projets, l’appel « Émergences PRFI » contribue pleinement aux objectifs stratégiques de l’agence : anticiper, détecter, comprendre et répondre rapidement aux crises sanitaires, tout en renforçant des communautés scientifiques autour de ces thématiques.
Les six projets de recherche sélectionnés cette année, soutenus à hauteur d’un montant total cumulé de près de 5 millions d’euros par l’ANRS MIE, couvrent six PRFI sur deux continents : en Afrique à Madagascar et en Côte-d’Ivoire ; et en Asie au Vietnam, en Thaïlande et en Turquie.
Leurs travaux s’intéressent à une grande diversité de virus émergents et ré-émergents dont notamment la fièvre jaune, les hantavirus, le virus de l’hépatite E, les arénavirus du Nouveau Monde (comme la fièvre de Lassa), le virus respiratoire syncytial (VRS) et diverses viroses respiratoires.
La fièvre jaune est une maladie liée à un arbovirus transmis par des moustiques du genre Aedes. Elle est endémique à l’Afrique subsaharienne et l’Amérique du Sud. Malgré la présence de moustiques vecteurs compétents à transmettre le virus, la maladie n’a jamais été déclarée en Asie malgré la détection de cas importés en 2016 en Chine. Nous émettons l’hypothèse que pour déclencher une épidémie urbaine, des « spillovers » doivent se faire à partir d’un cycle sylvatique comme cela a été décrit en Afrique subsaharienne et en Amérique du Sud.
Le projet comprend quatre objectifs qui visent à définir si un cycle sylvatique a une chance de pouvoir s’établir en infectant trois espèces de moustiques prédominant respectivement dans trois écosystèmes (urbain, rural, forestier) issus de trois régions du Vietnam (nord, centre, sud) et de mesurer le rôle déterminant du moustique asiatique Aedes albopictus à bloquer la multiplication du virus de la fièvre jaune et ainsi empêcher l’initiation d’un cycle sylvatique à partir d’un cycle urbain. Le Vietnam servira de région témoin pour tester notre hypothèse sur l’absence de fièvre jaune en Asie examinée sous l’angle du vecteur.
Le projet RASTA-TANA cherche à mieux comprendre la présence, la circulation et la transmission à l’humain de quatre agents infectieux – Orthohantavirus, leptospires pathogènes, Rotavirus et virus de l’hépatite E du rat (ratHEV) – dans un grand marché urbain d’Antananarivo. Il combine de façon simultanée l’étude des rats, l’analyse de l’eau, de la poussière et de l’air, la surveillance de l’exposition et des maladies chez les commerçants, les clients des marchés et les patients qui consultent dans les centres de santé de la ville, ainsi que l’exploration des habitudes et des pratiques des gens qui pourraient influencer le risque d’infection. Pour mener à bien tous ces aspects, l’équipe inclut des experts en virologie, bactériologie, écologie urbaine, anthropologie et santé publique, des instituts Pasteur de Paris et de Madagascar, ainsi que du CBGP (IRD et INRAE).
Ce projet émet l’hypothèse que certaines infections respiratoires virales très sévères pourraient être causées soit par des défauts génétiques encore inconnus touchant les interférons de type I ou III, soit par des auto-anticorps qui bloquent leur action. Pour tester cette hypothèse, l’équipe du projet recrutera des patients atteints d’infections respiratoires graves, notamment dues à des virus émergents, ou ré-émergents comme le SARS-CoV-2, par exemple ; recherchera de nouveaux défauts génétiques, notamment des anomalies partielles qui n’entraînent des symptômes sévères que chez une minorité de personnes ; et enfin poursuivra la recherche d’auto-anticorps neutralisant les IFN-I dans ces nouvelles infections.
Les équipes impliquées dans ce projet travaillent ensemble depuis dix ans et ont publié plus de 30 articles scientifiques majeurs. Les premiers résultats sont encourageants avec l’identification de deux nouvelles maladies génétiques à caractériser, et la détection d’auto-anticorps anti-IFN-I dans de nouvelles infections pulmonaires. Depuis 2020, les équipes ont identifié plusieurs déficits complets ou partiels en IFNAR1 responsables de formes graves de COVID-19, et découvert de nouveaux cas d’auto-anticorps anti-IFN. Ces travaux démontrent la solidité et la complémentarité de leur collaboration. L’objectif est de mieux comprendre pourquoi certaines personnes développent des infections virales sévères. Ces découvertes auront des implications cliniques majeures pour le diagnostic, la prise en charge et le suivi des personnes porteuses de ces défauts génétiques ou de ces auto-anticorps.
L’objectif est d’analyser par une approche One Health divers facteurs socio-, entomo-, et zoo-logiques, environnementaux, institutionnels, sanitaires, susceptibles d’influencer la survenue des épidémies de dengue, mais aussi de manière connexe, d’autres épidémies émergentes en Côte d’Ivoire. Ce pays connaît depuis quinze ans une augmentation, en fréquence et intensité, des épidémies de dengue principalement dans des quartiers aisés d’Abidjan. Cette dynamique, combinée à la présence attestée de sept virus émergents, offre un terrain optimal pour comprendre les contextes d’émergence en milieu urbain.
L’analyse de ces facteurs dans leur complexité et leur enchevêtrement repose sur trois axes. Chaque discipline y développe des problématiques qui lui sont propres, lorsque d’autres plus transverses se font grâce à la transdisciplinarité épistémologique, conceptuelle ou méthodologique. Dans l’axe “Hôtes” sont impliqués les vétérinaires, mammalogistes et les anthropologues. Dans l’axe “Vecteurs” sont impliqués les entomologistes, les géographes, les anthropologues. Dans l’axe “Expériences sociales de la maladie” sont impliqués les anthropologues lesquels analysent les rapports entre espèces humaines et animales dans les espaces domestiques.
Ce projet vise à mieux comprendre et contrôler la propagation de virus dangereux appelés arenavirus du Nouveau Monde (NWAs) en Bolivie, un pays particulièrement exposé aux maladies zoonotiques. Ces virus, responsables de fièvres hémorragiques sévères, se transmettent principalement par contact avec les sécrétions de rongeurs infectés (et parfois de chauves-souris) et provoquent chez l’humain des symptômes similaires à ceux de la dengue, rendant leur diagnostic difficile.
Le projet adopte une approche globale One Health qui réunit plusieurs volets :
– Développement d’outils de diagnostic ;
– Création d’une biobanque ;
– Surveillance environnementale et de la faune ;
– Surveillance humaine ;
– Analyse génomique et modélisation des risques.
Pourquoi ce projet ? La Bolivie est une région à haute biodiversité, où les changements rapides des paysages (déforestation, expansion agricole) favorisent la rencontre entre humains et animaux porteurs de virus. Cette situation augmente le risque de transmission de ces virus et d’épidémies potentiellement mortelles. Il devient donc urgent d’étudier ces virus méconnus et très dangereux dans le but de prévenir les épidémies.
Ce projet propose une étude incluant 800 femmes enceintes volontaires dans 8 hôpitaux publics thaïlandais. La moitié recevra un vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS) pendant la grossesse, l’autre moitié verra son bébé recevoir des anticorps à la naissance. Il suivra ensuite tous les nourrissons pendant leur première année de vie pour comparer le nombre d’infections respiratoires liées au VRS dans chaque groupe. Il évaluera également la sécurité des deux approches pour les mères et les bébés, leur acceptabilité par les familles et leur rapport coût-efficacité pour le système de santé. Cette étude s’inscrit dans un programme international de recherche mère-enfant appelé PIPELINE, mené en collaboration avec des équipes européennes.
Cette étude fournira les premières données comparant directement ces deux moyens de prévention dans un pays à revenus intermédiaires. Les résultats aideront la Thaïlande à décider si elle doit inclure l’une ou l’autre de ces interventions dans son programme national d’immunisation des nourrissons. Ces informations seront aussi précieuses pour les autres pays d’Asie du Sud-Est confrontés aux mêmes questions. Plus largement, ce projet renforcera les capacités de recherche clinique dans la région et contribuera à mieux protéger les nourrissons contre ce virus dans le monde.