Les hantavirus sont une famille de virus dont l’infection est généralement transmise par des rongeurs. Cette maladie zoonotique peut conduire à deux syndromes plus ou moins sévères et létaux.
Dernière mise à jour le 07 mai 2026
Les hantavirus sont regroupés au sein de la famille des Hantaviridae et sont présents sur tous les continents. Plus de 20 espèces virales ont été identifiées, toutes zoonotiques – c’est-à-dire transmises par des animaux. Chaque taxon viral est associé généralement à une seule espèce hôte naturel, incluant principalement des rongeurs sauvages (rats, campagnols, mulots) et plus rarement des rongeurs insectivores (taupes, musaraignes), des chauves-souris, mais aussi des poissons et des reptiles.
Le 3 mai 2026, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a alerté sur un possible foyer d’infection à hantavirus à bord du navire de croisière néerlandais MV Hondius reliant Ushuaïa, en Argentine, au Cap-Vert.
Le 6 mai 2026, le séquençage viral réalisé par les autorités sanitaires sud-africaines a identifié une souche d’hantavirus de type Andes. 1 Il s’agit de la seule souche, parmi les 38 connues, à pouvoir se transmettre d’une personne à l’autre bien que ce mode de transmission reste marginal par rapport à l’exposition aux rongeurs infectés.
Actuellement immobilisé au Cap-Vert, le navire n’a pas été autorisé à accoster mais une prise en charge médicale est assurée aux passagers et à l’équipage. Le gouvernement espagnol a néanmoins autorisé son accueil prochainement aux îles Canaries, afin de poursuivre l’examen, la prise en charge et le transfert des passagers. Le risque d’une propagation hors du navire demeure considéré comme « faible » par l’OMS. 2
Les enquêtes épidémiologiques sont en cours au sein du bateau pour suivre la situation des passagers et membres d’équipage ; ainsi qu’auprès des personnes qui ont pu être transférées à l’extérieur. Elles devront permettre de mieux comprendre les circonstances déterminantes de cette épidémie et d’évaluer précisément le risque de transmission interhumaine.
La première description clinique d’une maladie à hantavirus remonte à la guerre de Corée (1950-1953), au cours de laquelle plus de 3 000 soldats ont présenté une fièvre hémorragique avec syndrome hépato-rénal. L’identification du virus en cause a été faite en 1976 par des chercheurs coréens. Il doit ainsi son nom à la rivière Hantaan qui se situe à la frontière entre les deux Corées.
Les infections à hantavirus sont relativement peu fréquentes à l’échelle mondiale. Leur létalité varie cependant entre les régions concernées (et les espèces virales en cause) et peut atteindre jusqu’à 50 % des cas. À l’échelle mondiale, on estime qu’entre 10 000 et 100 000 cas surviennent chaque année, touchant principalement l’Asie et l’Europe. 3
En 2025, huit pays américains ont signalé des cas confirmés de syndrome pulmonaire à hantavirus, cumulant 229 cas et 59 décès. Les pays concernés sont l’Argentine, le Brésil, la Bolivie, le Chili, le Panama, le Paraguay, les États-Unis d’Amérique et l’Uruguay. 4
Entre janvier et mars 2026, le Centre national de référence (CNR) des Hantavirus, intégré à l’Institut Pasteur de Paris, a recensé 19 cas confirmés d’infection récente par un hantavirus. Le nombre de cas détectés se trouve dans la moyenne mensuelle française. En Guyane française, depuis 2008, seuls onze cas de syndrome pulmonaire à hantavirus Maripa ont été détectés, dont six mortels. 5
La transmission du virus à l’être humain s’effectue principalement par contact indirect via l’inhalation d’aérosols contaminés par les excrétas (urines, selles) de rongeurs infectés asymptomatiques (on parle d’animal « réservoir ») et plus rarement par contact direct ou morsure. Les cas surviennent généralement en milieu rural, où les forêts, les champs et les exploitations agricoles offrent un habitat favorable aux rongeurs.
La transmission interhumaine d’un hantavirus est rare. Elle a été confirmée pour la première fois lors d’une épidémie nosocomiale de syndrome pulmonaire à hantavirus survenue en 1996 dans le sud de l’Argentine et ne semble concerner que l’hantavirus Andes qui est endémique dans ce pays.
Lorsqu’ils affectent l’être humain, les hantavirus peuvent être responsables d’infections de gravité variable, potentiellement mortelles.
La période d’incubation dure en moyenne deux semaines. Les premiers symptômes cliniques sont généralement ceux de la grippe : fièvre, maux de tête, douleurs musculaires. Deux types de syndromes peuvent ensuite s’observer :
Les deux syndromes peuvent être provoqués par une même espèce virale. Cependant, le syndrome rénal et hépatique se retrouve plus généralement chez les hantavirus européens et asiatiques (on parle alors communément des « hantavirus du Vieux-Monde ») tandis que le syndrome pulmonaire s’observe davantage chez les hantavirus américains (ou « hantavirus du Nouveau-Monde »).
Aucun traitement spécifique ni vaccin n’est approuvé, pleinement efficace et largement disponible à l’échelle internationale contre l’infection par un hantavirus. Des vaccins contre les hantavirus Hantaan et Seoul sont produits et utilisés uniquement en Chine et en Corée du Sud, mais avec une efficacité modérée. 6
La prévention de l’infection consiste essentiellement à limiter les contacts avec les rongeurs et leurs excrétions. Cela nécessite d’éviter, dans les zones à risque : la manipulation de bois, le nettoyage de locaux longtemps inoccupés, toute activité qui met en suspension de la poussière ou de la terre comme la rénovation de vieux locaux poussiéreux, remblayage, etc.
L’ANRS MIE soutient, anime et coordonne la recherche sur les maladies infectieuses émergentes. Les hantavirus en font partie.
L’ANRS MIE a soutenu un projet de recherche sur les hantavirus dans le cadre de l’édition 2024 de son appel à projets « Émergences PRFI ». Ce projet, en cours et intitulé « TRANSVI », vise à caractériser les chaînes de transmission des hantavirus entre faune sauvage et humain dans la péninsule du Yucatan (Mexique).
En 2025 toujours, l’un des trois prix de thèse « Virus émergents » décernés, comme chaque année, par l’ANRS MIE et la Société française de virologie (SFV), a été attribué au Docteur Quentin Durieux Trouilleton (Université de Grenoble / IBS) pour sa thèse « Analyse structurale et fonctionnelle de la réplication et de la transcription des Bunyavirus », portant notamment sur deux hantavirus. Ses travaux l’ont mené à observer, pour la première fois, une polymérase d’un hantavirus – molécule essentielle à la réplication et donc à la propagation de ce virus.
Acteur de référence sur de nombreux partenariats et consortiums internationaux, l’ANRS MIE fait également partie du réseau des Collaborative Open Research Consortium (CORC) de l’OMS. Dans ce cadre, des liens sont faits avec l’Agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA), qui pilote le CORC Bunyavirales dont la mission est de coordonner la recherche dans le cadre de la préparation aux épidémies à hantavirus.
Enfin, les hantavirus sont discutés au sein de plusieurs de ses groupes d’animation scientifique appelés actions coordonnées (AC) : l’AC « Fièvres Hémorragiques Virales », l’AC « Interactions hôte-virus » et l’AC « Transmission interhumaine des virus respiratoires ».
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