L’OMS consacre chaque année le 30 janvier comme Journée mondiale contre les maladies tropicales négligées. Retour sur la contribution de l’ANRS MIE à cette lutte.
Dernière mise à jour le 30 janvier 2026
Le 31 mai 2021, à l’occasion de la 74e Assemblée mondiale de la Santé, l’OMS a fixé au 30 janvier la Journée mondiale des maladies tropicales négligées (MTN).
Cette occasion doit constituer, chaque année, « une journée de sensibilisation aux conséquences désastreuses des MTN sur les populations les plus pauvres du monde » et « appeler chacun à soutenir l’élan croissant en faveur de la lutte contre ces maladies en vue de leur élimination et de leur éradication ».
Cette date n’a pas été choisie au hasard : elle commémore l’adoption de la Déclaration de Londres sur les MTN, le 30 janvier 2012, en soutien à la première feuille de route de l’OMS pour l’éradication, partielle ou totale, d’au moins 17 MTN d’ici à 2020. En 2020, une seconde feuille de route est venue préciser et compléter les objectifs à atteindre avant 2030, se focalisant sur 22 MTN et intégrant les objectifs de développement durable des Nations unies. Avec un seul mot d’ordre : « S’unir, agir et éradiquer. »
A l’horizon 2030, l’OMS entend réduire de 90 % le nombre de personnes nécessitant un traitement contre une MTN et de 75 % les années de vie perdues liées aux MTN par rapport à l’espérance de vie moyenne des populations exposées. Elle mise également sur l’éradication totale du pian (tréponématose causée par Treponema pallidum pertenue), de la dracunculose (maladie parasitaire issue du verre de Guinée ou Dracunculus medinensis) et d’au moins une MTN dans au moins 100 pays à travers le monde.
Selon le dernier rapport de l’OMS, 58 pays ont déjà éradiqué au moins une MTN au 1er janvier 2026. Et environ 690 millions de personnes de moins ont été exposées à travers le monde (soit une baisse de 36 % depuis 2010). Pourtant, les MTN demeurent responsables d’approximativement 120 000 morts par an, sur 1,5 milliards de personnes nécessitant des actions de prévention ou de traitement.
Malheureusement, les aides financières pour enrayer les MTN ne font que baisser : -41 % entre 2018 et 2023. Une régression risquant d’empirer depuis le démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), impliquée dans de nombreux programmes ciblant des MTN, et le récent retrait des États-Unis de l’OMS. D’après l’organisation onusienne, ces décisions ont déjà suspendu « 47 campagnes de traitement contre des MTN touchant 143 millions de personnes à travers le monde. »
Référence : https://www.who.int/health-topics/neglected-tropical-diseases#tab=tab_1
Depuis 2021 et la crise du Covid-19, l’ANRS MIE s’inscrit dans une démarche d’élimination et d’éradication des maladies infectieuses émergentes, au sein desquelles se trouvent plusieurs MTN. Elle est chargée de soutenir, coordonner et financer la recherche en la matière.
Parmi les pathogènes priorisés par son dispositif Émergence de réponse aux épidémies, l’ANRS MIE suit de près l’évolution de deux MTN ciblées par la feuille de route de l’OMS : la dengue et le chikungunya.
Ces deux arboviroses sont parmi les plus prévalentes au monde : environ 96 millions de cas par an pour la dengue et 693 000 cas pour le chikungunya. Émanant principalement d’Afrique subsaharienne, elles touchent également – ou ont pu toucher – la France métropolitaine.
En janvier 2025, face à la multiplication du nombre de cas à La Réunion puis en France métropolitaine dès l’été 2024, l’ANRS MIE a ainsi ouvert une cellule Émergence consacrée au chikungunya. A travers ce dispositif, elle a coordonné les échanges entre le monde de la recherche et le milieu médical ainsi qu’un suivi des dernières avancées scientifiques sur le sujet. En janvier 2026, l’épidémie endiguée, la cellule a été suspendue jusqu’à nouvel ordre.
L’ANRS MIE soutient de nombreux projets de recherche, fondamentale comme clinique, ciblant la dengue, le chikungunya ou encore la leishmaniose.
Lauréat en 2023 du Programme et équipements prioritaires de recherche sur les maladies infectieuses émergentes (PEPR MIE), piloté par l’ANRS MIE et financé dans le cadre du plan France 2030, le projet de recherche LSDengue entend par exemple identifier de nouveaux déterminants de la survenue de la dengue sévère, afin d’optimiser la prise en charge des patients.
Le projet ARBOGEN, financé par l’ANRS MIE et le fonds de dotation MSDAVENIR du laboratoire pharmaceutique américain MSD, vise à établir un réseau trans-territorial d’acteurs publics et privés pour collecter des génomes du virus de la dengue. L’objectif ? Accroître les connaissances sur la diversité génomique du virus et, in fine, identifier de nouvelles cibles thérapeutiques.
L’ANRS MIE est également impliquée dans l’étude DENGAGE, financée par le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères et l’ONG vietnamienne SCDI (pour Supporting Community Development Initiatives), recueillant des données sur la séroprévalence de la dengue au Vietnam.
Lauréat de l’appel à projets « Émergences PRFI » de l’ANRS MIE, le projet DENGAFRICA, mettant en relation l’université de Bordeaux et l’institut Pasteur de Bangui en République Centrafricaine, participe également à la surveillance et la prise en charge des cas de dengue en Afrique subsaharienne.
Enfin, toujours financé par l’ANRS MIE dans le cadre de son appel à projets « Émergences PRFI », le projet LEISHNEW étudie quant à lui la possibilité d’un nouveau traitement intra-lésionnel à dose unique contre la leishmaniose cutanée humaine.
Référence en France et en Europe sur les maladies infectieuses émergentes, l’ANRS MIE joue un rôle-clé dans de nombreux réseaux internationaux s’intéressant aux MTN.
L’ANRS MIE est fortement impliquée dans l’orientation et l’opérationnalisation du Global Health EDCTP3, un partenariat public-privé lancé en 2003 entre des pays européens et d’Afrique subsaharienne pour la réalisation d’essais cliniques. Plusieurs projets de recherche issus de ce partenariat sont directement cofinancés par l’ARNS MIE, notamment en ce qui concerne les infections opportunistes chez les personnes atteintes du VIH.
L’ANRS MIE constitue également l’un des neuf centres internationaux de coordination du réseau STRIVE (pour Strategies and Treatments for Respiratory Infections and Viral Emergencies). Créé en 2023, celui-ci met en lien plus de 300 essais cliniques réalisés dans 40 pays à travers le monde. Le tout piloté par un centre statistique et de gestion des données de grande expertise, basé à l’université du Minnesota aux États-Unis. Le réseau assure la conduite d’essais cliniques thérapeutiques de haute qualité méthodologique pour réagir, rapidement et efficacement, à des urgences infectieuses notamment dans les pays concernés par des MTN.
De plus, créé en 2019 sous l’égide de l’ancien consortium REACTing (dont l’ANRS MIE poursuit l’action depuis 2021), le réseau Arbo-France coordonne la circulation des échanges et des données sur les arboviroses. Il participe également au développement de programmes de recherche, en lien avec Santé publique France et l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses), en particulier dans les territoires ultra-marins.
Par ailleurs, l’ANRS MIE maintient des liens constants avec l’Institut thématique Immunologie, Inflammation, Infectiologie et Microbiologie (I3M) de l’Inserm, qui héberge le Réseau francophone sur les MTN. Celui-ci a pour objectifs de fédérer les institutions françaises et francophones, de favoriser le soutien à la recherche auprès d’acteurs publics et privés et de développer des programmes de recherche collaboratifs.