Etude de la modulation de la réponse innée par la protéine de capside ORF2 du virus de l’hépatite E (HEV)
Le virus de l’hépatite E (HEV) est responsable de plus de 20 millions d’infections et 70000 décès par an. Cette infection provoque des hépatites aiguës mais peut devenir chronique chez les patients immunodéprimés ou fulminante notamment chez les femmes enceintes. En raison de l’évolution vers la chronicité, sa transmission par transfusion sanguine, du nombre croissant de cas et des complications chez les patients souffrant d’une maladie hépatique préexistante, l’infection par le HEV est désormais considérée comme un problème émergent dans les pays industrialisés. L’immunité innée via la production d’interféron de type I (IFN-I) est essentielle pour le contrôle en phase aiguë et précoce des infections virales. Des données in vitro suggèrent que le HEV a probablement mis en place des mécanismes lui permettant d’inhiber la réponse antivirale de l’hôte. Cependant, notre connaissance est encore très partielle. Paradoxalement, les molécules induites par la réponse IFN-I sont détectées chez les patients infectés et les animaux expérimentalement infectés. Ceci implique donc l’existence des mécanismes alternatifs de détection des cellules infectées, pouvant contourner l’inhibition dans les cellules infectées. Dans le contexte d’autres infections virales, nous avons récemment découvert un mécanisme de reconnaissance des cellules infectées pas un type de cellules immunitaires spécialisées pour la production d’IFN-I, les cellules dendritiques plasmacytoïdes (pDCs). De manière intéressante, nos résultats préliminaires montrent que les pDCs détectent les cellules infectées par le HEV par contact cellulaire induisant la production d’une quantité massive d’IFN-I.
Ainsi, nous proposons un projet visant à définir la modulation de la réponse IFN-I par le HEV et en particulier par la protéine de capside ORF2. En effet, nous avons récemment démontré qu’au cours du cycle viral, le HEV produit distinctes formes de la protéine de capside ORF2, présentant des modifications co- et post-traductionnelles différentes. Ces formes ORF2 sont : i) la forme ORF2i (infectieuse) associée aux particules infectieuses et ii) les formes ORF2g (glycosylée) et ORF2c (clivée) qui ne sont pas associées à du matériel infectieux, mais produites massivement et sont les antigènes viraux majeurs présents dans le sérum des patients infectés par le HEV. Ces formes ORF2 ont des localisations subcellulaires distinctes : ORF2i est cytosolique ou nucléaire, alors que les formes ORF2g/c sont principalement réticulaires. De plus, nos résultats préliminaires suggèrent que la translocation nucléaire d’ORF2i inhibe l’expression de plusieurs gènes appartenant aux signalisations antivirales ou inflammatoires, en lien avec l’activateur transcriptionnel NF-kB. Ainsi, nous proposons que les différentes formes de l’ORF2 moduleraient distinctivement les réponses innées dans les cellules infectées ainsi que par les pDCs. Nous avons alors pour objectifs de définir :
-comment les différentes formes et localisations subcellulaires d’ORF2 influencent le profil d’expression des gènes dans les cellules infectées (Aim I).
-comment la réponse IFN-I par les pDC est activée et régulée par l’infection par le HEV (Aim II). Nous étudierons notamment comment les différentes formes d’ORF2 modulent les fonctions des pDC et quel est l’impact de la signalisation antivirale par les pDC sur la réplication du HEV et les réponses antivirales dans les cellules infectées.
La production, à partir d’un gène unique codant pour la capside virale, de multiples formes d’ORF2 ayant des localisations différentes est un aspect original et nouvellement découvert. Notre projet permettra d’identifier de nouveaux mécanismes de régulation de la réponse antivirale par le HEV. Dans une perspective plus large, notre projet permettra d’acquérir de nouvelles connaissances sur la biologie des pDC, notamment sur la modulation par des glycoprotéines virales. Les résultats obtenus serviront de cadre d’étude pour d’autres virus connus pour sécréter de larges quantités de glycoprotéines. Outre ces avancées en recherche fondamentale, nos travaux contribueront à définir de cibles pour le développement de traitements thérapeutiques.
Funding type
Projet de recherche
COSSET François-Loïc | Inserm U1111 Centre International de Recherche en Infectiologie COSSET François-Loïc
Inserm U1111
Centre International de Recherche en Infectiologie
ENS de Lyon
46 allée d'Italie
69364
Lyon Cedex 07