En Egypte, la séroprévalence du virus de l’hépatite C (VHC) est parmi les plus élevées au monde, à 10% avec près de 4 millions de personnes virémiques en 2015. Les antiviraux directs, efficaces et bien tolérés, permettent d’envisager l’élimination du virus en Égypte. Après avoir obtenu une baisse considérable du prix des traitements, puis avoir favorisé la production locale de génériques permettant un traitement curatif à 75 US$, le gouvernement égyptien a débuté en 2018 un « Plan National de Traitement » pour dépister et traiter l’ensemble de la population adulte égyptienne. Cette campagne prendra fin en 2019. Or, même guéris de l’infection virale, les patients cirrhotiques gardent un risque important de développer un carcinome hépato-cellulaire (CHC), estimé entre 0,3% et 2,4% par an. En Égypte, le CHC est le cancer le plus fréquent, avec une incidence de 25,6/100 000 personnes par an en 2018. Malgré des recommandations de dépistage par une échographie abdominale et un dosage de l’alpha foeto-protéine tous les 4 mois, seulement 25% des CHC sont diagnostiqués aux stades 0 et A de la classification de la Barcelona Clinic Liver Cancer (BCLC) accessibles à un traitement curatif. Ainsi, la médiane de survie du CHC en Egypte n’est que de 10,9 mois. Face à ce constat, le gouvernement égyptien souhaite profiter des structures ad hoc mises en place pour le Plan National de Traitement pour améliorer le dépistage du CHC, permettant un diagnostic plus précoce du CHC et une meilleure survie.
L’objectif de notre projet est de réaliser une étude en efficacité et en coût-efficacité de la mise en place d’une stratégie de dépistage du CHC chez les patients cirrhotiques infectés par le virus de l’hépatite C et guéris dans le cadre du Plan National de Traitement. Cette étude s’appuiera sur l’utilisation d’un modèle mathématique individu-centré de type micro-simulation, qui modélisera l’histoire naturelle du CHC ainsi que sa prise en charge dans le contexte égyptien. La population modélisée représentera la population adulte égyptienne cirrhotique, traitée pour le VHC, avec la présence de co-morbidités telles que la coinfection par l’hépatite B, l’obésité et le diabète.
Les paramètres cliniques du modèle s’appuieront sur des données déjà existantes : les données démographiques seront issues de la cohorte Hepnile (ANRS 12332), une cohorte de patients égyptiens traités dans le cadre du Plan National de Traitement. Les données de l’histoire naturelle du CHC proviendront de la cohorte CirVir (ANRS CO12), qui a suivi de façon prospective depuis 2006 des patients atteints de cirrhose compensée d’origine virale en France. Les données d’épidémiologie clinique du CHC en Égypte seront tirées d’une cohorte rétrospective monocentrique de 5 000 CHC, portant sur la période 2007-2017. Enfin, les données de coûts seront recueillies lors d’une étude réalisée dans le cadre du projet. Les coûts étudiés couvriront : les coûts de la prise en charge habituelle, et les coûts de l’intervention qui se divisent en coûts initiaux, coûts fixes et coûts variables.
L’efficacité clinique sera mesurée par l’espérance de vie globale et le pourcentage de CHC diagnostiqués aux stades 0 et A de la classification BCLC. Les critères d’efficacité pour l’analyse médico-économique seront exprimés en années de vie sauvées, années de vies ajustées à la morbidité (DALYs), années de vie ajustées à la qualité (QALYs). Le coût-efficacité sera estimé par le ratio incrémental en coût-efficacité (ICER), qui est calculé par le rapport de la différence de coûts par la différence d’efficacité. Dans les pays à revenu intermédiaire, une intervention est considérée comme coût-efficace si l’ICER est compris entre une fois et 3 fois le PIB national/habitant (en Egypte : 2 412 US$/hab en 2017).
Le développement de notre modèle permettra ainsi de réaliser la première étude en coût-efficacité des stratégies de dépistage du CHC dans un pays à revenu intermédiaire, et dans un contexte d’épidémie généralisée. In fine, notre modèle et nos résultats pourront être transposés à d’autres pays avec des épidémiologie et économie similaires, comme la Mongolie, la Géorgie ou le Pakistan.
Applicant
FONTANET Arnaud / EL KASSAS Mohamed
Funding type
Projet de recherche