Contexte et résultats acquis : Des études récentes ont montrées que les plaquettes humaines assurent des fonctions immunitaires en plus de leur rôle dans l’hémostase. En particulier, les plaquettes interagissent avec des pathogènes dont le VIH, bien que pour des raisons mal connues. Avec nos collaborateurs a ce projet nous avons déjà montré récemment que les plaquettes du sang de patients séropositifs contenaient des particules virales infectieuse malgré le traitement anti-retroviral (cART) suppressif. Nous avons aussi montré que les plaquettes contenant du VIH peuvent transférer l’infection aux macrophages in vitro, par un mécanisme qui pourrait alimenter le réservoir VIH qui existe au niveau des macrophages et que nous avons caractérisé chez les patients infectés sous cART suppressif. De plus, l’analyse des données cliniques a montré que les patients ayant du virus dans les plaquettes sont ceux qui ne répondent pas immunologiquement au traitement, correspondant donc à des non répondeurs immunologiques ou « Immunological non Responders » (InRs). La présence de VIH dans les plaquettes apparaît donc comme un marqueur prédictif d’InRs.
Les patients InRs représentent 20% des patients VIH+ sous cART. Chez ces patients InRs, la balance Treg/Th17 est dérégulée et nous avons montré que les Th17 forment des conjugués avec les plaquettes en fréquence plus importante que chez les répondeurs immunologiques (IRs). Les raison de l’échec immunologique du traitement chez les InRs reste incomprises et aucune stratégie thérapeutique permettant de fortifier leur réponse immunitaire ne leur est proposée.
Objectif : Nous proposons maintenant de déchiffrer les mécanismes par lesquels les plaquettes contentant du VIH interfèrent avec la réponse immunitaire des patients infectés et traités. Notre hypothèse est l’échec immunologique chez ces patients résulte d’une interaction directe des plaquettes contenant le VIH avec les macrophages tissulaires et les lymphocytes TCD4+ sanguin, bien que cette interaction ne soit pas la même dans les deux cas. Ainsi, cette interaction maintiendrait une infection persistante au niveau des macrophages et une polarisation des lymphocytes TCD4+ sanguine vers un phénotype Th17. Ceci induirait un état inflammatoire et pourrait rendre compte de l’échec immunologique chez les patients infecté mais sous traitement anti-rétroviral suppressif.
Stratégie : Pour valider cette hypothèse, nous évaluerons si :
i) L’interaction des plaquettes contenant du VIH avec les macrophages permet, par transfert du virus, l’infection des macrophages accompagnée d’une réplication à bas bruit du virus et à un profile inflammatoire
ii) L’interaction des plaquettes de patients InRs (qui ont du virus dans leurs palquettes) avec les lymphocytes TCD4+ induisent une polarisation des TCD4+ vers un phénotype Th17 impliqué dans les processus d’inflammation chronique.
iii) L’interaction plaquette-leucocytes s’accompagne d’un transfert de mRNA/microRNA des plaquettes aux leucocytes et si ce mécanisme contribue de manière déterminante à l’immunomodulation des cellules immunes cibles.
iv) L’infection de macrophages résulterait de l’interaction avec les plaquettes contenant du VIH de patients InRs et l’immunomodulation des lymphocytes TCD4+ peut être bloquée par des agents antiplaquettaires utilisés en clinique in vitro mais aussi in vivo chez les patients.
Perspectives : Ce projet s’inscrit dans la continuation direct des études que nous avons réalisées sur le rôle des plaquettes comme vecteur éphémère de virus infectieux et de leur pertinence dans l’infection par le VIH. L’étude proposée ici, réalisable en un an, devrait permettre d’établir une relation de causalité entre la présence de VIH dans les plaquettes et la mauvaise réponse immunologique des patients InRs, ainsi que de caractériser un agent thérapeutique permettant de contrer ce défaut immunitaire, jetant des bases solides pour établir une stratégie thérapeutique pour ces patients InRs qui n’ont pas d’issue thérapeutique actuellement.