Parmi les personnes vivant avec le VIH (PVVIH), un groupe rare de personnes (<1%) contrôlent spontanément la réplication virale au long cours sans traitement antirétroviral (TARV) : les HIV controllers (HIC). Ces PVVIH ont un taux d’ADN viral très bas, et la connaissance des mécanismes de contrôle immunologique est importante pour l’établissement de stratégies thérapeutiques innovantes. Parmi les caractéristiques des HIC, nous avons observé que les femmes sont plus représentées, tant dans la cohorte française de l’ANRS (CODEX) que dans d’autres groupes. L’impact de cette prévalence plus importante de femmes sur les mécanismes de contrôle du VIH n’est pas déterminé.
La réponse immunitaire innée joue un rôle important dans le contrôle de la réplication virale dès la primo-infection. La production d’Interféron (IFN) de type I, notamment l’IFNα, en est un des reflets. Il est principalement produit par les cellules dendritiques plasmacytoïdes (pDC) en réponse à l’activation des motifs de reconnaissance antigéniques (PRR) comme le TLR7. L’IFNα joue cependant un rôle complexe, dépendant de la temporalité de sa production : en primo-infection, un défaut de réponse IFNα est associé à un moindre contrôle antiviral, mais en phase chronique, sa persistance est associée à l’activation immunitaire persistante. La modulation de la voie des IFN fait partie des pistes stratégiques dans une optique de réduction des réservoirs.
Le rôle du sexe biologique est important dans la régulation de la voie des IFN. Les pDC des femmes expriment des taux de la protéine TLR7 (liée au chromosome X) plus importants que les hommes et ont des réponses fonctionnelles différentes aux antigènes viraux. Certains polymorphismes de TLR7, dont le rs179001 (c.32A>T), ont été décrits comme étant fonctionnels mais associés à une moindre production d’IFNα en réponse à la stimulation TLR7. Ce polymorphisme a été étudié dans le contexte de l’infection par le VIH par les équipes impliquées dans ce projet, montrant que l’expression des SNP c.32A/T ou T/T est associée une charge virale (ADN/ARN) diminuée et un taux sérique IP-10 plus bas chez les femmes de la cohorte ANRS PRIMO. Les liens entre ces réponses immunitaires chez les femmes et le contrôle du réservoir viral, ainsi que l’activation immunitaire, restent à explorer, la majorité des études publiées ayant été effectuée dans le contexte de l’infection par le VIH sous TARV.
Dans ce projet, l’hypothèse de travail est de déterminer le rôle bénéfique ou délétère de la réponse IFNα dans la dynamique du réservoir du VIH-1 en étudiant les femmes de la cohorte CODEX, contrôlant spontanément la réplication virale sans TARV. Nous prévoyons d’étudier la prévalence des polymorphismes de TLR7 (rs179008 et rs3853839) et de CXorf21 (rs887369) à partir des culots secs disponibles de la cohorte CODEX (n=300). Après cette étape de génotypage, une analyse fonctionnelle de stimulation des pDC par agoniste de TLR7 (CL097) afin de mesurer la fréquence des pDCs IFNa+TNFa+ en cytométrie en flux par marquage intracellulaire sera effectuée. Cette manipulation permettra d’évaluer chez 40 femmes HIC l’impact du polymorphisme AA (n=20) vs AT (n=20) sur la production d’IFNa et de TNFa. Enfin, nous analyserons les liens entre ces polymorphismes et les caractéristiques des PVVIH de la cohorte ANRS CODEX (statut « indetectable » ou « blipper », évolution des taux de LT CD4, du ratio CD4/CD8, de la charge virale ARN ultra-sensible et de l’ADN VIH/PBMC, ainsi que des paramètres d’activation immunitaire disponibles dans les données de suivi).
Nous espérons que cette étude sur 12 mois apportera des éléments importants dans la réponse IFNα des pDC des HIC. En fonction des résultats obtenus, nous envisageons une étude approfondie afin d’analyser fonctionnellement les réponses IFNa de l’ensemble des cellules immunitaires en lien avec l’activation immunitaire et son évolution au cours du temps, pour déterminer les facteurs associés aux risques de perte de contrôle immuno-virologique ou la survenue de comorbidités inflammatoires.