Sous traitement antirétroviral, un faible pourcentage des personnes vivant avec le VIH (PVVIH) présente une virémie persistante de bas niveau (51 à 999 copies/mL sur plusieurs prélèvements consécutifs), malgré une bonne observance, un traitement efficace avec des molécules récentes et l’absence de résistance au traitement antirétroviral. Les virémies persistantes de bas niveau sont observées avec tous les traitements antirétroviraux, dont 1 à 2.5% des PVVIH sous traitement avec un inhibiteur d’intégrase de 2e génération (dolutegravir et bictegravir). Cette situation peut être génératrice de stress pour les PVVIH et les professionnels de santé, du fait du risque d’évolution vers l’échec virologique avec sélection de mutation(s) de résistance et du risque de transmission du virus au(x) partenaire(s). De plus, la prise en charge de cette situation clinique n’est pas codifiée.
La, ou les, origine(s) de cette virémie persistante de bas niveau est mal connue. Différentes hypothèses ont été rapportées, notamment la prolifération cellulaire de clones de cellules infectées, la production de virus non infectieux à partir de cellules dont le provirus est porteur de mutations, le relargage de virus produits dans les réservoirs anatomiques ou bien une production virale à la suite d’une stimulation à bas bruit du système immunitaire. Selon le mécanisme en cause, la prise en charge des PVVIH pourrait être différente, en maintenant le traitement antirétroviral, en introduisant des molécules avec une meilleure diffusion dans les tissus ou permettant de réduire l’inflammation et l’activation immunitaire.
Dans ce projet, nous inclurons 35 PVVIH présentant une virémie persistante et 35 PVVIH en suppression virologique (charge virale inférieure à 50 copies/mL), traités par un traitement antirétroviral comprenant du bictegravir, du dolutegravir ou le dernier inhibiteur non nucléosidique de la transcriptase inverse, la doravirine. L’objectif principal de ce projet de recherche est de comparer les caractéristiques du réservoir cellulaire du VIH entre ces deux groupes. Les patients inclus dans les deux groupes seront appariés sur leur nadir de lymphocytes T CD4 et sur la durée écoulée depuis l’initiation du traitement antirétroviral, car ce sont deux facteurs connus pour grandement influencer les niveaux du réservoir viral.
Nous séquencerons le génome complet des virus présents dans le plasma et dans les cellules sanguines, afin de comparer ces séquences, ce qui nous permettra d’identifier l’origine de ces virus plasmatiques. Nous étudierons également la taille du réservoir viral en quantifiant l’ADN total du VIH et les ARN viraux associés aux cellules, car la taille du réservoir viral pourrait être prédictif de l’apparition de ces virémies persistantes. Nous évaluerons la composition de ce réservoir à l’aide d’une PCR digitale (technique « Intact Proviral DNA Assay ») afin de quantifier le réservoir intact, qui peut donc être réactivé et produire de nouvelles particules virales, et le réservoir défectif (porteur de délétions en 5’ et/ou 3’ et/ou d’hypermutations G vers A). Nous rechercherons également la présence d’éventuelles mutations dans la région 5’ leader du VIH, ces mutations ayant été associé avec la production de virus non infectieux chez plusieurs patients.
Enfin, nous évaluerons différents paramètres immunologiques (activation immunitaire, prolifération cellulaire, épuisement immunitaire) par cytométrie de flux, afin d’évaluer le retentissement de cette présence continue de virus sur l’activation et l’épuisement du système immunitaire, et sur la prolifération cellulaire. Nous mesurerons également la réponse lymphocytaire dirigée contre le VIH car il a précédemment été rapporté que les virémies persistantes pourraient être à l’origine d’une augmentation de cette réponse cellulaire.
Ce projet a pour but de permettre de mieux comprendre l’origine de ces virémies persistantes et leur impact sur le système immunitaire. En identifiant spécifiquement quel(s) mécanisme(s) sont impliqués chez chaque PVVIH présentant une virémie persistante à bas niveau, nous pourrions proposer des prises en charge personnalisées et adaptées.