On estime à 10 millions le nombre de cas de tuberculose (TB) chaque année (~12% chez les enfants). Environ un tiers des cas de TB ne seraient pas notifiés, en partie à cause des limites actuelles dans le domaine du diagnostic : i) échantillon d’expectoration de bonne qualité est difficile à obtenir, notamment chez l’enfant ; ii) un manque d’infrastructures dédiées et de personnel qualifié ; iii) chaine d’approvisionnement complexe ; iv) faibles performances analytiques des tests actuels.
La mise au point d’un test diagnostic de la TB ne reposant pas sur l’analyse de l’expectoration est une priorité majeure pour l’OMS, FIND et le partenariat Stop-TB : les tests sanguins tels que les tests de libération d’interféron-gamma (IGRA) ne permettent pas de distinguer avec précision une infection par M. tuberculosis (Mtb) d’une tuberculose-maladie. Le test urinaire (recommandé pour les patients séropositifs) basé sur la détection du lipoarabinomannane (LAM) a une sensibilité sous-optimale.
L’un des piliers de la stratégie de la Fondation Mérieux en matière de TB est de promouvoir l’accès à l’innovation et de renforcer les capacités de recherche appliquée des membres du réseau GABRIEL. La fondation a établi une collaboration avec le Dr. Jérôme Nigou de l’IPBS-CNRS à Toulouse qui a récemment démontré que les LAM peuvent être identifiés dans le condensat d’exhalât (la phase liquide de l’air expiré) d’adultes et d’enfants ayant une TB pulmonaire cliniquement et microbiologiquement confirmée et ce, dans une quantité ~1000x supérieure que dans l’urine. Une autre étude récente menée par le groupe du Dr M. Barer révèle que l’ADN de Mycobacterium tuberculosis (Mtb) peut être détecté dans des aérosols recueillis à l’aide d’un masque facial modifié. Par ailleurs, outre sa proximité avec le tractus respiratoire, la salive est aussi un échantillon disponible et facile à prélever dont il a été montré le potentiel pour l’identification moléculaire de Mtb. Néanmoins, pas ou peu d’études ont à ce jour évalué la détection de LAM dans ces différents types d’échantillons.
Dans ce projet, l’objectif global est d’évaluer les performances analytiques, les modalités d’utilisation et le rapport coût-efficacité de deux tests respiratoires et d’un test salivaire basés sur une détection rapide de LAM, en tant qu’outils de dépistage, de triage et/ou de confirmation diagnostique de la TB à Madagascar et au Cameroun. Cette étude a été conçue avec l’Institut Pasteur de Madagascar, le Centre Pasteur du Cameroun, l’IPBS_CNRS et PHE3ID/CIRI, avec le soutien de FIND. Une première cohorte (A) de 1332 individus (388 à Madagascar et 944 au Cameroun) en milieu médicalisé, regroupe des sujets ayant soit une “tuberculose pulmonaire confirmée microbiologiquement” (TBP), soit une “TBP non confirmée microbiologiquement”, soit une “autre maladie respiratoire que TB”. Une deuxième cohorte (B) composée de 600 contacts intradomicilaires (300 à Madagascar et 300 au Cameroun) de cas index de tuberculose (issus de la cohorte A) sera établie pour évaluer ces nouveaux tests en tant qu’outils de dépistage de la tuberculose paucibacillaire et subclinique, directement dans la communauté.
Le déploiement de ces innovations diagnostiques, intégrées dans les algorithmes des PNT de Madagascar et du Cameroun, aurait le potentiel de renforcer la stratégie de l’OMS (END-TB) par la mise en place d’un diagnostic de qualité, abordable et rapide. Accessible à la fois au niveau hospitalier et communautaire, ces nouveaux outils permettraient d’atteindre plus aisément les objectifs globaux de diminution de 35% de l’incidence et de 52% de la mortalité due à la tuberculose d’ici 2030.
Ce projet de recherche opérationnelle ferait partie du programme APRECIT-Phase 2-Horizon 2029 (soumis pour financement à l’Initiative), qui vise à renforcer les systèmes de santé à Madagascar et au Cameroun dans le domaine du diagnostic de la tuberculose.
Applicant
HOFFMANN Jonathan / DONKENG Valérie
Funding type
Projet de recherche