Rôle d’un nouveau détecteur de la capside du VIH dans l’activation immunitaire des cellules dendritiques
Alors que le VIH-1 est hautement pathogène et pandémique, le VIH-2 est moins pathogène et restreint à l’Afrique de l’Ouest. Le VIH-1 et le VIH-2 montrent une différence majeure dans leur capacité à activer les réponses immunitaires innées dans les cellules dendritiques (DCs) infectées. En effet, le VIH-1 n’active pas efficacement une réponse immunitaire innée dans ces cellules, alors que le VIH-2 infecte efficacement les DCs et active une réponse. La reconnaissance du VIH-2 par les DCs nécessite l’abrogation de SAMHD1 avec Vpx, et la reconnaissance de l’ADN viral par le détecteur de l’ADN cytosolique cGAS. Nous avons validé que le VIH-2 de type sauvage ou le VIH-1 + Vpx infectent efficacement et active la voie cGAS dans les DCs primaires DC2. Ainsi, l’infection des DCs par le VIH-2 et la reconnaissance du virus pourraient jouer un rôle majeur dans l’élaboration d’une réponse immunitaire puissante chez les patients, conduisant à un contrôle autonome de l’infection virale en l’absence de traitement. Cependant, notre capacité à tirer parti de cette voie dans le développement thérapeutique et vaccinal est actuellement entravée par notre compréhension limitée des mécanismes moléculaires correspondants.
Une question majeure dans ce mécanisme est le rôle de la capside du VIH. En plus de l’ADN viral, la protéine de capside virale, qui protège les acides nucléiques viraux, joue un rôle dominant dans l’activation de l’immunité innée dans les DCs. Même en présence d’ADN viral dans les DCs, la protéine de capside du VIH détermine si l’ADN peut être reconnu ou non par la voie cGAS. Ceci nous a conduit à proposer qu’un facteur hôte spécifique pourrait être impliqué dans la reconnaissance de la capside virale pour permettre une activation immunitaire innée.
Dans nos résultats préliminaires du projet, nous avons identifié la protéine nucléaire NONO comme une nouvelle protéine interagissant avec la capside. NONO se lie directement aux capsides du VIH, avec une plus grande affinité pour le VIH-2 que la capside du VIH-1. Dans les lignées cellulaires cancéreuses et les DCs, NONO n’est pas requis pour la réplication virale et n’est donc pas un facteur de restriction ni un facteur facilitant l’infection. En revanche, nous constatons que NONO est essentiel pour l’activation immunitaire innée en réponse à l’infection par le VIH-2 dans les DCs. Nous avons montré que NONO reconnaît la capside virale dans le noyau des DCs, révélant un important réservoir de matériel viral dans le noyau qui reste mal défini. De plus, nous trouvons que NONO s’associe à cGAS. Nous avons validé le rôle essentiel du NONO dans la reconnaissance du VIH en utilisant des DCs provenant de patients humains NONO-déficient.
Dans ce projet, nous proposons de dévoiler le mécanisme de reconnaissance du VIH par NONO-cGAS dans le noyau. Dans l’Objectif 1, nous étudierons comment l’ADN du VIH, la capside du VIH, NONO et cGAS interagissent pour activer l’immunité innée. Nous allons déterminer les domaines d’interaction et leur impact sur les localisations subcellulaires. Nous séquencerons l’ADN associé à cGAS et mesurerons l’activité enzymatique de cGAS en réponse au VIH. Nous déterminerons également le rôle possible de NONO et de la capside dans les mécanismes alternatifs de reconnaissance du VIH qui ont été récemment proposés dans la littérature. Dans l’Objectif 2, nous identifierons les cofacteurs cellulaires inconnus qui sont requis pour la reconnaissance du VIH. Nous testerons le rôle de facteurs candidats, sur la base d’une liste tirée de la littérature. Nous identifierons également de nouveaux cofacteurs pertinents pour la reconnaissance du VIH dans les cellules dendritiques en utilisant la spectrométrie de masse.
Dans l’ensemble, ce projet est fortement soutenu par notre identification innovante de NONO en tant que détecteur essentiel de la capside du VIH. Il révèlera les mécanismes moléculaires de la reconnaissance du VIH dans les DCs. Cela fournira des connaissances essentielles pour le développement potentiel d’approches précliniques et cliniques basées sur cette nouvelle voie de l’immunité.
Type de financement
Projet de recherche
AMIGORENA Sebastian | Inserm U932 Laboratoire Immunité et Cancer AMIGORENA Sebastian
Inserm U932
Laboratoire Immunité et Cancer
Institut Curie
26 rue d'Ulm
75248
Paris Cedex 5
France