Le virus de l’hépatite E (HEV) est le 1er agent viral d’hépatite à l’échelle mondiale. Il peut être responsable d’une hépatite E chronique, définie par la persistance du virus pendant plus de 3 mois, chez les patients immunodéprimés. Des virus recombinants ayant incorporé des fragments de gène humain dans la région riche en proline (PPR) de leur génome ont été décrits au cours des infections chroniques. Ces fragments de gène humain possédaient une origine variée : protéine ribosomale S17, S19, tyrosine aminotransférase, inter alpha trypsine inhibiteur et favorisaient la réplication du HEV in vitro. Nos travaux les plus récents ont mis en évidence que 5 variants recombinants présentaient un avantage réplicatif : RNF19A, ZNF787, KIF1B, RPS17 et EEF1A1 tandis que 2 en étaient dépourvus : RNA18 et RPL6. Les mécanismes conduisant à cet avantage réplicatif comparativement aux virus dépourvus de fragment de gène humain sont actuellement inconnus. Des travaux antérieurs ont montré que les résidus lysines étaient indispensables pour l’amélioration de la capacité réplicative. Cependant, certains variants possédant un avantage réplicatif sont dépourvus de résidus lysines mais sont riches en résidus arginine. Des prédictions in silico suggèrent que ces acides aminés pourraient appartenir à des motifs linéaires courts (SLiM) dont le rôle est crucial dans la signalisation cellulaire. Ces insertions pourraient également permettre la translocation nucléaire de la protéine virale via un Signal de localisation nucléaire (NLS).
Le projet proposé a pour objectif :
– d’identifier les résidus basiques (lysine, arginine et histidine) indispensables à l’acquisition de l’avantage réplicatif,
– de confirmer l’implication de ces résidus basiques dans l’interaction avec certains ISGs identifiés dans nos travaux en cours,
– de comparer les profils des ARN messagers induits par les variants possédant un avantage réplicatif à ceux induits par les variants ayant perdu l’avantage réplicatif suite à la mutation des résidus basiques.
Dans la première partie de ce projet, nous allons étudier l’impact de la mutation des différents acides aminés basiques sur la capacité réplicative des 3 variants : RNF19A, ZNF787, EEF1A1. La souche Kernow ainsi que le mutant Kernow 44/45A qui a perdu son avantage réplicatif du fait de la mutation des résidus lysine en position 44 et 45 seront utilisées comme témoins. La capacité réplicative de chaque virus recombinant sera évaluée par quantification par RT-qPCR de l’ARN viral dans le surnageant de culture ainsi que les lysats cellulaires. Le nombre de foyers infectieux à J5 sera déterminé par immunofluorescence. L’ajout d’un tag au sein de la polyprotéine permettra d’étudier sa localisation cellulaire (cytoplasmique ou nucléaire) en fonction des mutations introduites dans la PPR afin d’explorer l’hypothèse selon laquelle les fragments de gènes humains contiendraient un signal de localisation nucléaire (NLS).
Dans la deuxième partie de ce projet, nous allons étudier par western blot l’impact des mutations des résidus basiques sur l’interaction de la PPR avec des ISGs que nous avons récemment identifiés par spectrométrie de masse.
Dans la troisième et dernière partie de ce projet, une approche RNAseq sera utilisée afin de mettre en évidence des différences d’induction ou de répression des ARN messagers entre les variants recombinants sauvages et les variants recombinants mutés ayant perdu leur avantage réplicatif.
Ce projet permettra:
– d’identifier les résidus nécessaires à l’amélioration de la capacité réplicative des variants recombinants,
– de confirmer qu’un mécanisme possible améliorant la capacité réplicative des variants recombinants est lié à des motifs SLiM permettant l’interaction avec des protéines de la cellule hôte, notamment des ISG,
– de mettre en évidence les voies de signalisation impliquées dans l’amélioration de la capacité réplicative, ce qui ouvrira de nouvelles perspectives en terme de prise en charge des infections par le HEV.