En avril 2026, l'ANRS MIE et la SFV ont décerné trois prix de thèse à Morena Gasparine, Riccardo Vernuccio et Konrad M. Wesselmann.
Dernière mise à jour le 13 mai 2026
En avril 2026, comme chaque année, l’ANRS Maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE) et la Société Française de Virologie (SFV) ont décerné des prix à des thèses portant sur des « Virus émergents » et achevées en 2025.
Les lauréats 2025 sont Morena Gasparine (sur le virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo), Riccardo Vernuccio (sur les Poxviridés) et Konrad M. Wesselmann (sur des arbovirus négligés).
Chaque année, l’ANRS MIE et la SFV s’associent pour décerner des prix de thèse à de jeunes scientifiques dont les recherches ont marqué le domaine par leur grande qualité, leur originalité et leur caractère innovant. Cette association s’inscrit dans le cadre du Programme Start de l’agence en soutien au développement de jeunes carrières dans la recherche.
En avril 2026, à l’occasion des Journée francophones de virologie à Toulouse, l’ANRS MIE et la SFV ont décerné le prix « Virus émergents » à trois jeunes chercheuses et chercheurs ayant achevé une thèse en 2025 :
Ils ont reçu chacun un prix de 1 000 euros.
Moréna Gasparine : J’ai suivi un BUT en agronomie à l’Université de Bordeaux, site de Périgueux (2016–2018), avant de poursuivre avec une licence en écologie et biologie des organismes à l’Université de Poitiers (2018–2019). J’ai ensuite intégré le master Biologie, Écologie et Évolution (BEE), parcours Émergence des maladies parasitaires et infectieuses (EPI), à l’Université de Montpellier (2019–2021).
J’ai découvert le monde de la recherche lors de mon stage de deuxième année de master, réalisé à l’IHU de Marseille sous la direction de Sébastien Briolant et Albin Fontaine. Ce travail portait sur l’effet de la co-infection par un flavivirus spécifique d’insecte (AEFV) et le virus Zika (ZIKV) chez le moustique tigre (Aedes albopictus). Cette expérience a été déterminante et m’a donné l’envie de poursuivre dans la recherche.
Riccardo Vernuccio : J’ai commencé par une licence en biotechnologies pharmaceutiques à l’Université de Milan. Ensuite, attiré par la biochimie, j’ai poursuivi avec un master en biochimie et biologie structurale à l’Université de Gand, où j’ai découvert la biologie structurale. Cela m’a poussé à entreprendre un doctorat en biologie structurale à l’Institut Pasteur, au sein du laboratoire du Dr. Pablo Guardado-Calvo.
L’aspect scientifique des choses m’a toujours intéressé : il était donc assez naturel de m’orienter vers un cursus scientifique. Au fur et à mesure que j’apprenais et découvrais le monde de la recherche, je me suis convaincu de poursuivre avec un doctorat, puis un post-doctorat.
MG : Mes travaux de thèse portent sur l’identification des mécanismes écologiques, épidémiologiques et évolutifs qui conditionnent le maintien, la circulation et la dynamique spatio-temporelle du virus de la fièvre hémorragique de Crimée-Congo (CCHFV) en Corse. Ce territoire insulaire méditerranéen est considéré comme une zone sentinelle pour l’émergence des maladies vectorielles. Je me suis intéressée tout particulièrement au rôle du principal vecteur, la tique Hyalomma (H.) marginatum, dans un contexte de pré-émergence du virus.
RV : Ma thèse en biologie structurale appliquée à la recherche sur les poxvirus (comme Mpox), intitulée « Structural studies of poxvirus envelope proteins », s’articule autour de deux thèmes principaux. Le premier concerne l’étape qui permet la sortie du virus des cellules infectées, et donc la dissémination du virus dans l’organisme avec le développement consécutif de la maladie. Le second visait à étudier les mécanismes de fusion virale, qui permettent au virus d’infecter de nouvelles cellules dans le même organisme et de nouveaux hôtes.
En particulier, concernant la sortie virale, j’ai étudié une phospholipase virale appelée F13, responsable du « wrapping » (enveloppement) viral, qui permet justement la dissémination du virus. Cette protéine est importante car elle est la cible du principal antiviral disponible aujourd’hui sur le marché, le técovirimat. Découvert en 2002, son mécanisme moléculaire restait inconnu. L’objectif de ma thèse était de découvrir comment le técovirimat fonctionne et pourquoi les souches résistantes du virus résistent à son activité, permettant ainsi de développer de meilleures thérapies et de surmonter la résistance.
Concernant le second thème, j’ai étudié un complexe protéique appelé A16/G9, qui est le sous-complexe le plus grand et le plus conservé d’une machinerie moléculaire plus vaste et complexe appelée Entry Fusion Complex (EFC), que les poxvirus utilisent pour l’entrée et la fusion virale, et donc pour infecter les cellules de l’hôte.
Ce complexe est connu pour être la cible d’un autre complexe protéique produit par le virus, appelé A56/K2, également connu sous le terme de suppresseurs viraux. En interagissant avec A16/G9, A56/K2 empêche la surinfection et régule le timing et la localisation de la fusion. L’objectif de la thèse était de déterminer comment A56/K2 interagit avec A16/G9 et supprime la fusion virale. Un autre objectif était d’obtenir des anticorps à domaine unique VHH contre A16/G9 qui soient neutralisants.
Tout ceci pour nous aider à mieux comprendre le processus de fusion virale et pour étudier l’immunogénicité d’A16/G9. Enfin, il s’agissait d’évaluer s’il peut être utilisé dans des vaccins de nouvelle génération et de découvrir de nouvelles régions d’A16/G9 pertinentes pour le développement de nouveaux inhibiteurs de fusion.
MG : À mon sens, le résultat le plus marquant de ce travail de thèse est l’intensification de la circulation du CCHFV à l’échelle de l’ensemble de l’île. En effet, la proportion d’animaux porteurs d’au moins un pool de tiques positif est passée de 1,6% en 2022–2023 à 2,8% en 2024–2025. Par ailleurs, ces travaux ont mis en évidence la possibilité d’un réseau vectoriel plus large et plus complexe que celui initialement envisagé. Celui-ci ne serait potentiellement pas limité à H. marginatum, remettant ainsi en question certaines connaissances établies sur la dynamique de circulation du virus (saisonnalité, hôtes et zones à risque).
RV : Le résultat le plus marquant de ma thèse est d’avoir découvert que le técovirimat inhibe le « wrapping » viral en ciblant l’interface dimérique de F13, se comportant comme une « colle moléculaire » qui stabilise les dimères de la protéine F13. Nous avons également montré que les mutants résistants portent des mutations à l’interface dimérique qui l’altèrent et diminuent l’efficacité de la dimérisation induite par le técovirimat. Ces résultats permettront de développer des médicaments plus efficaces et potentiellement capables de fonctionner contre les souches résistantes.
De plus, nous avons démontré qu’A16/G9 induit une réponse immunitaire neutralisante et, grâce aux techniques de biologie structurale, nous avons révélé des régions clés du complexe à prendre en considération à l’avenir pour le développement de nouvelles thérapies.
MG : Pour poursuivre ces travaux, plusieurs axes me paraissent essentiels. Tout d’abord, les collectes ont montré une faible présence de H. marginatum dans l’environnement, et l’ensemble des tiques environnementales analysées se sont révélées négatives pour le CCHFV. Il serait donc pertinent d’estimer la prévalence du virus chez des tiques non gorgées et gorgées, notamment prélevées sur les chevaux, dont la virémie est trop courte pour permettre la réinfection des tiques, afin d’approcher plus fidèlement la prévalence réelle du virus.
Par ailleurs, les collectes se sont limitées aux grands ongulés domestiques, conduisant principalement à l’échantillonnage de stades adultes. Or, des données de séroprévalence obtenues entre 2024 et 2025 montrent une forte circulation virale en Haute-Corse, non concordante avec les zones où des tiques positives ont été détectées (principalement au sud-ouest). Ce décalage pourrait s’expliquer en partie par un biais d’échantillonnage, mais aussi par un manque de connaissances sur les stades immatures du vecteur.
Ainsi, un enjeu majeur réside dans la compréhension du rôle des stades immatures dans le cycle épidémiologique du CCHFV : leur localisation, les conditions écologiques qui leur sont favorables et leurs hôtes. Mieux caractériser ces éléments permettrait de mieux appréhender les cycles enzootiques et sylvatiques du virus, et ainsi d’anticiper plus efficacement les zones et les périodes à risque, afin de mettre en place des actions de prévention ciblées.
Dans cette optique, le développement de collaborations avec des acteurs de terrain, notamment les chasseurs et les bagueurs, permettra de cibler des hôtes potentiels comme les lagomorphes (lièvre, lapin) et les oiseaux, souvent décrits comme hôtes préférentiels des stades immatures. En complément, le déploiement de pièges à CO₂ dans l’environnement permettra de collecter des tiques non gorgées et d’obtenir des estimations de prévalence plus robustes et représentatives.
RV : Je proposerais d’utiliser les données et les méthodes développées pendant le doctorat pour concevoir de nouveaux médicaments ou vaccins. Surtout à la lumière d’études cliniques récentes qui ont démontré que le técovirimat n’est pas efficace chez les patients atteints de Mpox (la maladie causée par le virus Monkeypox). De plus, les vaccins actuels sont efficaces mais difficilement produisibles à large échelle en cas d’épidémie à propagation rapide. Considérant le potentiel pandémique du virus Monkeypox et le risque que le virus de la variole (Variola virus) soit utilisé comme arme biologique, je trouve que ces avancées sont nécessaires pour avoir une réponse rapide et efficace en cas d’épidémies diffuses.
MG : Après ma thèse, je souhaite poursuivre une carrière dans la recherche en éco-épidémiologie des arboviroses, un domaine qui me passionne particulièrement. Mon objectif est de continuer à développer mes compétences dans cette discipline, notamment à travers des projets de recherche appliqués. Je souhaite également m’engager dans des travaux menés dans les pays du Sud, en particulier au Cameroun, où j’ai déjà eu l’opportunité de travailler dans le cadre du projet TroHika. Ce projet visait à évaluer l’émergence du CCHFV dans la région du Centre, dans le district d’Akonolinga, selon une approche One Health.
RV : Actuellement, j’effectue un post-doctorat dans la même unité de recherche sur un projet de drug discovery. Par la suite, j’aimerais continuer à faire de la recherche dans le domaine de la découverte et du design de médicaments.
Le Programme Start a pour vocation de soutenir et accompagner la prochaine génération de chercheuses et chercheurs (notamment étudiant.e.s en Master, doctorant.e.s, post-doctorant.e.s) sur les thématiques de recherche de l’ANRS MIE (VIH/Sida, hépatites virales, tuberculose, IST, maladies infectieuses émergentes).
Lancé en 2024, il rassemble tous les dispositifs de financement, de formation et d’accompagnement suivants, proposés ou coordonnés par l’ANRS MIE :
Contact : start@anrs.fr
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