Maladie Ebola à virus Bundibugyo

Maladie causée par le virus Bundibugyo, un orthoebolavirus pathogène pour l’homme.

Dernière mise à jour le 11 août 2026

Épidémiologie

La maladie Ebola à virus Bundibugyo a été identifiée la première fois en 2007 dans le district de Bundibugyo, à l’ouest de l’Ouganda. L’épidémie, qui a probablement débuté en août 2007 et s’est prolongée jusqu’en janvier 2008, a conduit à 56 cas confirmés et 37 décès, provoquant un taux de létalité de 24,8 %.1

Une deuxième épidémie a été signalée en août 2012 dans la région d’Isiro, au nord-est de la République démocratique du Congo, à environ 400 km au nord-ouest de Bundibugyo.1,2 Au total, 36 cas confirmés ont été déclarés. Cette épidémie a provoqué 34 décès et le taux de létalité a atteint 54,8 %.1

Des analyses génomiques et épidémiologiques ont suggéré une origine zoonotique indépendante de cette épidémie par rapport à celle de 2007 en Ouganda.1

Depuis mai 2026 sévit une épidémie de forte mortalité en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda.

Selon l’OMS, au 1ᵉʳ août 2026, 3 626 cas confirmés ont été recensés (3 605 en RDC, 20 en Ouganda, 1 en France), pour 1 589 décès (dont 2 en Ouganda). Au 30 juillet, au moins 654 patients étaient rétablis : 651 en RDC et 18 en Ouganda directement sur place, ainsi que 3 cas pris en charge et guéris hors zone d’épidémie (deux aux États-Unis rapatriés en Allemagne, un en France).3 Sur le cas importé en France, il s’agissait d’un médecin humanitaire, revenu d’une mission dans une zone de circulation active du virus en RDC, pris en charge immédiatement à son arrivée sur le territoire national.

Cette épidémie est désormais la plus importante épidémie de maladie à virus Ebola jamais enregistrée en RDC, dépassant celle qui s’est produite de 2018 à 2020 et qui avait entraîné 3 317 cas confirmés.3

Le taux de létalité de la maladie Ebola à virus Bundibugyo varie entre environ 25 % et 36 %, ce qui est nettement inférieur à celui de l’ébola du Zaïre (60 à 90 %).4 Toutefois, le taux de mortalité varie d’une épidémie à l’autre en fonction de la rapidité de la détection et de l’isolement, de l’accès à des soins de soutien (hydratation, surveillance intensive…), de la solidité des systèmes de santé et de la réponse apportée à l’épidémie, ainsi que de l’implication de la population et du respect des mesures de lutte.4

Ces flambées ont permis d’établir que le virus Bundibugyo est un orthoebolavirus pathogène pour l’homme, capable d’une transmission interhumaine durable.1

Virus

Le virus Bundibugyo (BDBV) appartient au genre Orthoebolavirus. Il se distingue sur les plans génétique et antigénique du virus Ebola et du virus Soudan.1 Ces différences sont particulièrement marquées au niveau de la glycoprotéine, la principale cible antigénique de beaucoup de vaccins et anticorps monoclonaux.1

Transmission

Le virus Bundibugyo est un agent pathogène zoonotique. Les chauves-souris frugivores (famille des Pteropodidae) sont son principal réservoir naturel. Des transmissions croisées pourraient se produire par le biais d’interactions humaines avec des animaux sauvages infectés, en particulier les chauves-souris et les primates non humains.4

Transmission de l’animal à l’être humain

Elle se produit par contact direct avec le sang, les tissus ou les fluides corporels d’animaux infectés lors de la chasse, de l’abattage ou de la consommation de viande de brousse.4

Transmission interhumaine

Elle se fait principalement par contact direct avec des fluides corporels infectieux, notamment le sang, les vomissures, les selles, l’urine, la salive, le lait maternel et le sperme. La transmission peut également se produire par :4

  • Des objets contaminés (la literie, le matériel médical…)
  • Des pratiques de soins de santé non sécurisées (la réutilisation d’aiguilles…)
  • Des rituels funéraires traditionnels impliquant un contact avec le défunt

 

Le risque de transmission augmente considérablement aux stades avancés de la maladie, lorsque la charge virale est à son maximum, et reste élevé lors de la manipulation des corps après le décès.4

Diagnostic et symptômes

Le diagnostic de la maladie se fait généralement par une RT-PCR ou une sérologie (test ELISA), utile aux stades avancés ou pour un diagnostic rétrospectif.4

Le tableau clinique de la maladie causée par le BDBV est globalement similaire à celui des autres formes de la maladie à virus Ebola, même si la caractérisation clinique spécifique à cette espèce reste insuffisante.1

La période d’incubation varie de 2 à 21 jours, après laquelle les personnes infectées présentent généralement de la fièvre, de la fatigue, des maux de tête, des myalgies, ainsi que des symptômes gastro-intestinaux, notamment des nausées, des vomissements, des douleurs abdominales et de la diarrhée.1 Les personnes ne sont pas contagieuses pendant la période d’incubation.4

Des difficultés respiratoires, des difficultés à avaler et une anorexie sont également fréquents, tandis que les manifestations hémorragiques ne surviennent que chez environ 10 % des individus dont l’infection par le BDBV a été confirmée par des analyses de laboratoire. Ceci confirme que les saignements ne sont ni systématiques ni indispensables pour établir le diagnostic.1

Une forme grave de la maladie peut évoluer vers un état de choc, une altération de l’état mental, une insuffisance rénale aiguë, une insuffisance hépatique, une coagulopathie, une insuffisance respiratoire et une défaillance multi-viscérale.1

Traitement et vaccination

À l’heure actuelle, il n’existe aucun traitement antiviral spécifique autorisé pour le BDBV.1,4

Les soins de support sont donc la pierre angulaire du traitement :1,4

  • réhydratation et rééquilibrage électrolytique pour compenser les pertes dues aux vomissements et à la diarrhée
  • prise en charge hémodynamique pour maintenir la pression artérielle et l’oxygénation
  • prise en charge des complications par transfusions sanguines ou traitement coagulant en cas d’hémorragie
  • traitement des co-infections (par exemple, paludisme, infections bactériennes)

Les pistes de recherche

  • Traitements

Parmi les candidats médicaments, le MBP134 est le plus avancé. Ce cocktail de deux anticorps monoclonaux à large spectre, capables de neutraliser plusieurs espèces virales d’Orthoebolavirus, a déjà été testé chez des primates non humains.5,6

Un essai clinique chez l’humain — l’essai PARTNERS (Platform Adaptive Randomised Trial for New and Repurposed Filovirus TreatmentS) — est en cours, qui évalue le MBP134 et le remdesivir. Il s’agit d’un essai randomisé, contrôlé, financé par l’OMS et coordonné par l’INRB (RDC), l’Institut de médecine tropicale de Belgique et l’Université d’Oxford, avec l’appui d’Africa CDC, d’ALIMA et de MSF.

Les traitements antiviraux sont administrés, seuls ou en association, afin de déterminer s’ils améliorent la survie des patients atteints de la maladie à virus BDBV et si la bithérapie apporte un bénéfice supplémentaire par rapport à chaque molécule prise isolément. Ces deux traitements ont été retenus par le groupe consultatif technique de l’OMS (TAG) à l’issue d’une revue des données précliniques, des données de sécurité et des enseignements tirés des précédentes épidémies, dans un contexte où aucun traitement n’est aujourd’hui homologué pour cette maladie et où aucune molécule n’a démontré d’efficacité constante sur l’ensemble des virus responsables de maladies à Ebola. Conçu comme un essai en plateforme adaptative, PARTNERS pourra intégrer de nouveaux traitements au fil du temps. Il inclut des patients de tout âge avec maladie Ebola à virus Bundibugyo confirmée, suivis pendant au moins 28 jours. L’inclusion des premiers patients a débuté en RDC début juillet 2026.7

  • Prophylaxie post-exposition

L’obeldesivir, ou encore le remdesivir, deux antiviraux à large spectre, ont montré une activité en prophylaxie post-exposition (PEP) contre le BDBV mais les données restent limitées.1

Depuis le 14 juillet 2026, l’essai EBO-PEP évalue, dans le cadre d’un sous-potocole intitulé EBO-PEP ODV-BDBV, l’antiviral expérimental obeldesivir comme PEP contre la maladie Ebola causée par le Bundibugyo ebolavirus (BDBV).

  • Vaccination 

Le 3 juillet 2026, la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies (Coalition for Epidemic Prepardness Innovations ou CEPI) a activé son plus haut niveau de réponse face à l’épidémie d’Ebola causée par le BDBV. Elle a adopté une approche de portefeuille, finançant en parallèle trois plateformes vaccinales distinctes afin de maximiser les chances et la rapidité d’obtenir un candidat efficace. Les trois approches reposent sur des technologies déjà validées sur d’autres filovirus (Ebola Zaïre, Soudan, Marburg) :

  • un vecteur viral rVSV(vesicular stomatitis virus) : cet axe de recherche s’appuie la même plateforme que le vaccin homologué contre Ebola Zaïre, en tirant parti des données précliniques les plus solides mais pas encore testées chez l’humain pour Bundibugyo
  • un vecteur viral ChAdOx : l’approche repose sur la technologie du vaccin Oxford/AstraZeneca développé contre la Covid-19, ce qui procure un avantage de rapidité de fabrication. Cependant, les données précliniques sur Ebola Bundibugyo sont encore limitées
  • une plateforme ARNm: la technologie mise à contribution est celle utilisée pour les vaccins développés contre la Covid-19. Le potentiel de développement est très rapide mais les données spécifiques au BDBV sont également limitées.

Deux essais cliniques de phase 1 ont d’ores et déjà été lancés à partir de ces plateformes.

Le candidat ChAdOx1 BDBV de l’Université d’Oxford (essai BD-Ebov, 50 volontaires, doses fabriquées par le Serum Institute of India) a ouvert la voie le premier, avec l’administration de sa première dose le 24 juillet 2026.8 Il a été suivi, le 4 août 2026, par le candidat ARNm, mRNA-1469 de Moderna, dont la première dose a été administrée dans le cadre d’un essai mené sur trois sites au Canada incluant environ 80 volontaires.9

CEPI soutient par ailleurs deux candidats rVSV supplémentaires (IAVI/Hilleman Laboratories et Public Health Vaccines) et continue d’explorer d’autres options vaccinales.10

Actions de recherche de l’ANRS Maladies infectieuses émergentes sur la maladie Ebola à virus Bundibugyo et les filovirus

Direction du CORC sur les filovirus

Début 2025, l’ANRS MIE a été désignée pour diriger le Consortium de recherche ouverte collaborative (CORC) sur les filovirus. L’agence est devenu un centre collaborateur de l’OMS.

Activation d’une cellule émergence

En mars 2025, le pôle « Veille et Réponse aux épidémies » de l’ANRS MIE a activé une cellule émergence de niveau 1 sur les filovirus.

Action coordonnée sur les fièvres hémorragiques virales

L’Action coordonnée sur les fièvres hémorragiques virales est consacrée notamment à la recherche scientifique sur les filovirus. Les groupes de travail s’intéressent à l’approche thérapeutique, la vaccination et la faune sauvage. L’objectif est de faire émerger des projets de recherche dans le cadre de collaborations internationales, principalement avec nos partenaires en Afrique.

Projet de recherche EBO-PEP

L’ANRS MIE finance le projet de recherche EBO-PEP, un essai en plateforme, préparé depuis 2024, coordonné par ALIMA et porté par un consortium international incluant également l’Institut national de recheche biomédicale (INRB), l’Africa CDC et plusieurs partenaires académiques et humanitaires.

EBO-PEP vise à évaluer différentes stratégies de prophylaxie post-exposition (PEP) chez les personnes contacts à haut risque de maladie à filovirus dans plusieurs pays d’Afrique subsaharienne (RDC, Ouganda, Guinée, Libéria, Sierra Leone).

Ouverte à l’inclusion depuis le 14 juillet 2026 en Ituri (RDC), EBO-PEP évalue l’obeldesivir — un antiviral oral expérimental développé par Gilead Sciences, qui a montré une efficacité préclinique contre plusieurs filovirus dont le virus Bundibugyo — administré aux adultes et enfants de plus de 12 ans ayant eu un contact direct à haut risque avec un cas confirmé dans les cinq jours précédents et ne présentant aucun symptôme. Le suivi quotidien s’étend sur 21 jours et la visite finale a lieu à 42 jours.

Un second volet, à usage compassionnel, prévoit d’administrer du remdesivir aux enfants de moins de 12 ans et aux femmes enceintes ou allaitantes en contact à haut risque, faute de données suffisantes sur l’obeldesivir dans ces populations. L’objectif recherché est de disposer, en l’absence de vaccin disponible contre le virus Bundibugyo, d’une stratégie de prévention post-exposition qui viendrait compléter la prise en charge des cas déjà symptomatiques et contribuer à freiner la transmission pendant l’épidémie.

Références

  1. Kuppalli K, et al. A review of Bundibugyo virus and the 2026 outbreak: lessons for epidemic preparedness. Lancet Infect Dis 2026: S1473-3099(26)00414-7.
  2. Burk R, et al. Neglected filoviruses. FEMS Microbiol Rev 2016;40(4):494-519.
  3. OMS : Ebola disease caused by Bundibugyo virus – Democratic Republic of the Congo. https://www.who.int/emergencies/disease-outbreak-news/item/2026-DON614 (consulté le 10/08/2026)
  4. Africa HealthKnowledge Hub : Bundibugyovirus disease fact sheet. https://khub.africacdc.org/records/resource/bundibugyo-virus-disease-fact-sheet (consulté le 10/08/2026)
  5. Bornholdt ZA, et al. A two-antibody pan-ebolavirus cocktail confers broad therapeutic protection in ferrets and nonhuman primates. Cell Host Microbe 2019;25:49-58.e5
  6. Patel A & Weiner DB. It Takes a Matured mAb to Treat Ebolavirus Infection. Cell Host Microbe 2019;25:10–12
  7. OMS : Le processus d’inclusion des patients débute dans le cadre d’un essai scientifique visant à identifier les premiers traitements efficaces contre la maladie à virus Bundibugyo. https://www.who.int/fr/news/item/02-07-2026-patient-enrolment-begins-in-a-scientific-trial-to-identify-the-first-effective-treatments-for-bundibugyo-virus-disease (consulté le 10/08/2026)
  8. NIHR : University of Oxford launches trial of new Ebola vaccine. https://oxfordbrc.nihr.ac.uk/university-of-oxford-launches-trial-of-new-ebola-vaccine/#:~:text=Conducted%20in%20Oxford%2C%20the%20Phase%20I%20clinical%20trial%2C,underway%2C%20where%20they%20will%20then%20attend%20screening%20visits  (consulté le 10/08/2026)
  9. CEPI : Moderna’s Bundibugyo ebolavirus vaccine candidate enters first human trial, backed by CEPI. https://cepi.net/modernas-bundibugyo-ebolavirus-vaccine-candidate-enters-first-human-trial-backed-cepi (consulté le 10/08/2026)
  10. CEPI : Three vaccine designs in the race to contain Bundibugyo Ebola. https://cepi.net/three-vaccine-designs-race-contain-bundibugyo-ebola (consulté le 10/08/2026)