L’ANRS MIE et DZIF ont organisé le symposium « Façonner l’avenir de la recherche sur le virus du Nil occidental en Europe » dans le cadre de l’ESCMID Global 2026 à Munich
Dernière mise à jour le 24 avril 2026
Le virus du Nil occidental (WNV pour West Nile virus, en anglais) est à l’origine d’une zoonose : la fièvre du virus du Nil occidental. Il a été isolé pour la première fois en 1937 chez une femme dans le Protectorat de l’Ouganda (l’actuelle République d’Ouganda), dans la province du Nil occidental.
C’est dans les années 1960 que le virus aurait été introduit en Europe. La France a été le premier pays européen où ont été rapportés des infections humaines par le WNV entre 1962 et 1964.
Après quelques épidémies sporadiques, la première épidémie majeure en Europe a eu lieu en 1996 en Roumanie. Depuis 2010, les épidémies et les foyers épizootiques se sont multipliés, surtout en Europe centrale et en Méditerranée orientale où le virus est endémique.
L’année 2018 a été particulièrement remarquable, avec la plus importante épidémie décrite en Europe. Des cas humains ont été signalés pour la première fois en Allemagne en 2019 et 2020 et aux Pays Bas en 2020.
En 2024, 19 pays européens ont signalé des cas humains autochtones d’infection par le WNV.
A l’occasion de l’ESCMID Global 2026, l’ANRS MIE organise avec le DZIF un symposium consacré à l’avenir de la recherche sur le WNV en Europe.
L’organisation scientifique du programme repose sur Marylyn Addo du Centre médical universitaire de Hambourg-Eppendorf (UKE), Centre allemand de recherche sur les infections (DZIF) ; Eric D’Ortenzio de l’ANRS MIE ; Anna Papa-Konidari de la Faculté de médecine de l’Université Aristote en Grèce.
Le symposium réunit des experts en virologie, entomologie, écologie et recherche sur le climat, recherche clinique et santé publique, avec pour objectif global de définir un agenda de recherche commun capable de soutenir une détection plus précoce, d’approfondir les connaissances mécanistiques et d’améliorer la préparation aux épidémies en Europe.
Seront abordés notamment le développement de stratégies de recherche communes et des études comparatives sur les maladies à transmission vectorielle.
Le programme comporte quatre interventions :
Marion Koopmans étudie les virus à l’interface humain-animal ainsi que les processus conduisant à l’émergence des maladies infectieuses au Centre médical Érasme (Pays-Bas).

La présentation de Marion Koopmans a servi d’introduction au colloque. Elle a fourni un aperçu de l’état actuel des connaissances, des lacunes existantes et des recherches en cours sur les facteurs à l’origine de l’émergence, de la propagation et de l’impact des épidémies de virus du Nil occidental.
Transmis majoritairement par des femelles moustiques du genre Culex, le WNV se retrouve actuellement en Afrique, au Moyen-Orient, en Amérique du Nord, en Asie occidentale et en Europe. Les oiseaux sont le principal réservoir du virus : les oiseaux migrateurs en provenance d’Afrique l’ont introduit dans le sud et l’ouest de l’Europe, tandis que les oiseaux résidents européens peuvent être porteurs du virus pendant l’hivernage. Les humains et les chevaux sont des hôtes accidentels.
Marion Koopmans nous rappelle qu’aux Pays-Bas, les premiers cas autochtones d’infection identifiés chez les animaux et les humains l’ont été pour la première fois en 2020. Cette identification est le résultat d’activités multidisciplinaires de surveillance et de recherche sur le virus axées sur les moustiques, les oiseaux, les chevaux et les humains. Le premier cas humain autochtone a été identifié 35 jours après la découverte de l’oiseau infecté. Dès lors, entre 2021 et 2023, des projets de recherche ont été menés sur des animaux et ont permis la mise en évidence d’une circulation enzootique locale persistante du WNV.
Le réchauffement climatique, entre autres, et ses conséquences (comme les pluies abondantes, les températures plus élevées), ainsi que l’irrigation ou les réserves stagnantes d’eau favorisent la prolifération de la maladie du Nil occidental.
Marion Koopmans, à la fin de sa présentation, a conclu que la surveillance des hôtes et des vecteurs du WNV pouvait contribuer à une détection précoce de la circulation du virus, et que cette détection précoce pouvait faciliter la mise en place rapide de mesures de santé publique et laisser davantage de temps pour sensibiliser les professionnels de santé.
Laura Pezzi est chercheuse au Centre national de référence (CNR) pour les arbovirus à Marseille. Ses recherches portent sur le diagnostic, la découverte et la caractérisation des virus chez l’être humain et les moustiques.

En juillet 2025, le virus du Nil occidental a fait son apparition à Paris et dans le nord de la France, avec les premiers cas humains jamais recensés. L’épisode francilien concernait deux patients sans antécédents ni facteurs de risque, ayant développé une forme neurologique.
À partir d’échantillons prélevés dans le cadre de la surveillance des humains, des animaux et des moustiques entre 2022 et 2025, Laura Pezzi et son équipe ont retracé la dynamique spatiale et temporelle de la circulation du virus en France, caractérisant ainsi la lignée responsable de cette émergence et identifiant la source d’importation la plus probable.
Seule la lignée 2 a été détectée. L’analyse phylogénétique a établi un lien entre les souches virales méditerranéennes et celles qui avaient circulé dans la région de la Nouvelle-Aquitaine (Atlantique Sud) les années précédentes. Elle a également révélé que l’épidémie de 2025 à Paris avait été causée par des souches virales provenant elles aussi de la sous-lignée de la « région Atlantique Sud ».
Historiquement, le virus du Nil occidental a été signalé dans la région méditerranéenne orientale comprenant la majeure partie de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur et la Corse (1) et dans la région méditerranéenne occidentale incluant la côte de l’Occitanie (2), reliées par la zone humide de la Camargue, qui s’étend sur les deux régions. Les détections les plus récentes ont eu lieu dans la région de l’Atlantique Sud, plus précisément la zone côtière de la Nouvelle-Aquitaine (3) et, en 2025, en région parisienne (4).

Répartition du WNV en France en 2025 (Genomic epidemiology of West Nile virus in Paris. Klitting R, et al. JAMA Network Open. 2026;9(2):e2559588)
Pour Laura Pezzi, étant donné que la circulation du WNV en Europe repose sur plusieurs mécanismes distincts qui ne peuvent être déterminés sur la seule base de données liées à la présence du virus, les données génomiques sont indispensables pour établir un lien entre les souches virales en circulation d’une région à l’autre.
Elle soutient l’approche « Une seule santé » qui repose sur l’évaluation de la propagation du virus à partir de prélèvements sur plusieurs maillons de la chaîne de transmission (hôtes humains, équins, aviaires et moustiques). L’intégration intersectorielle des données, la mise en place de seuil d’alerte communs et d’enquêtes coordonnées sur les foyers épidémiques sont importantes pour mieux étudier les zoonoses émergentes et y répondre efficacement en Europe.
Christian Drosten, directeur de l’Institut de virologie de l’Hôpital de la Charité à Berlin, s’intéresse à l’écologie, l’épidémiologie et l’évolution des virus émergents. Il a codécouvert le SARS-CoV en 2003 et mis au point avec son équipe en 2020 le premier test de dépistage RT-PCR, recommandé par l’OMS. Il a également contribué à la compréhension du MERS-CoV.

Christian Drosten a présenté un résumé du travail du DZIF sur le virus du Nil occidental en Allemagne.
C’est en 2018 que le virus a été détecté à Berlin chez les oiseaux et à partir de 2019 chez l’être humain. Les équipes du DZIF ont pu identifier et caractériser génétiquement les infections du WNV chez l’humain et chez les moustiques, très majoritairement des moustiques du genre Culex pipiens. Les séquences virales issues des cas humains et de moustique présentaient une grande similitude. Les résultats ont montré que les infections associées à la lignée 2 du WNV étaient d’origine autochtone, le moustique infecté ayant établi un cycle de maintenance endémique du virus.
Pour Christian Drosten les infections par le virus du Nil occidental et les symptômes associés, y compris les complications neurologiques, devraient se multiplier à Berlin dans les années à venir. Comme cela a été observé en Italie et en Espagne, la multiplication des étés chauds et prolongés en Allemagne, conjuguée à l’aggravation de la sécheresse à Berlin et dans l’est du pays, devrait entraîner une augmentation de la transmission du virus du Nil occidental et des infections associées.
Christian Drosten souligne que la détection de cas de patients atteints de la fièvre du Nil occidental et la persistance locale du virus suggèrent que ces cas sont sous-diagnostiqués. Une surveillance renforcée, combinée à la lutte contre les vecteurs dans les zones à risque et à des efforts de sensibilisation des médecins et des vétérinaires, s’avère nécessaire pour surveiller et limiter les cas de WNV.
Luisa Barzon est affiliée au Laboratoire de référence de l’UE pour la santé publique sur les virus à transmission vectorielle en Italie. Ses activités cliniques et de recherche portent principalement sur l’épidémiologie, la génétique, la pathogenèse et le diagnostic des agents pathogènes émergents, la modélisation in vitro des maladies, les réponses immunitaires innées et adaptatives aux infections virales et aux vaccins, et l’application des nouvelles biotechnologies en microbiologie diagnostique.
Le virus du Nil occidental (WNV) est transmis par des moustiques vecteurs entre les oiseaux sauvages et domestiques, qui servent d’hôtes amplificateurs ou de réservoirs. Les humains et les équidés sont infectés de manière accidentelle par la piqûre du moustique du genre Culex et peuvent développer une maladie neurologique grave, mais ils constituent des impasses épidémiologiques, car le faible niveau de virémie ne permet pas de maintenir la transmission de la maladie.
L’infection chez l’être humain est généralement asymptomatique. Moins d’1 % des patients développent des complications neurologiques (méningite, encéphalite, paralysies flasques), entrainant parmi les formes graves une létalité entre 10 à 20 %.
Luisa Barzon nous a indiqué qu’en Italie, les régions qui présentaient le plus grand nombre de cas humains d’infection étaient la Vénétie, la Lombardie, l’Emilie-Romagne, le Piémont et la Sardaigne.
Elle a présenté les résultats des surveillances entomologiques, vétérinaires et humaines menées en Vénétie en 2022 et 2023 pour le WNV et le virus de l’Ussuri (USUV), un virus à ARN appartenant, comme le WNV, au genre Orthoflavivirus. Les analyses virologiques et/ou sérologiques ont montré la forte circulation des virus dans la région ces deux années. En 2022, la circulation précoce du virus a été associée à une infection plus précoce des oiseaux sauvages et une apparition précoce d’un nombre élevé de cas humains et de cas équins de WNV. Cette année, la lignée 2 endémique de WNV était en circulation avec la lignée 1, nouvellement arrivée dans la région. Les oiseaux sédentaires présentaient un taux de positivité plus élevé que les oiseaux migrateurs. En 2023, les résultats étaient inverses.
En 2023, la circulation du virus a été plus faible qu’en 2022, de même que les taux d’infection chez les moustiques et les oiseaux et le nombre de cas d’infection chez les humains. Il n’existe pas actuellement de traitement curatif pour l’espèce humaine. Dans le cas de formes neuro-invasives, des soins de soutien sont administrés aux patients, impliquant une hospitalisation, une assistance respiratoire et une surveillance étroite des fonctions vitales.
En Europe, un hiver plus sec, des températures printanières élevées et une sécheresse estivale sont associés à une circulation plus précoce et plus importante du WNV dans les vecteurs, les oiseaux et les humains.
Pour Luisa Barzon, les résultats obtenus en Vénétie confirment l’efficacité de l’approche « One Health » (‘Une seule santé’) pour la surveillance du WNV. Dans cette approche, la médecine humaine, l’entomologie et les disciplines vétérinaires sont étroitement liées et se complètent mutuellement.
Ce symposium commun ANRS MIE / DZIF a mis en évidence la nécessité urgente d’étendre et de coordonner la surveillance génomique à l’échelle européenne, en particulier dans les régions historiquement endémiques et les zones récemment touchées. Lors de la discussion qui a suivi les présentations des différents intervenants, il a été souligné qu’il n’existait pas actuellement de traitement curatif chez l’humain. En termes de prévention, il n’y a pas non plus de vaccins encore disponibles. Toutefois des vaccins, qui ont montré leur efficacité chez les chevaux, pourraient servir de modèles pour l’élaboration de vaccins humains.
Le Dr Solène Denolly, dont les travaux sont soutenus par l’ANRS MIE, commente une étude alliant recherches clinique et fondamentale.
22 avril 2026